Au cœur de la réforme de l'Education, les enseignants contestent-ils leurs nouvelles obligations ?

Les manifestations des enseignants se poursuivent contre le statut unifié des enseignants. Contestent-ils leurs nouvelles obligations? Que veulent-ils changer dans ce statut ? Eléments de réponse.

Réunion tenue le 20 octobre avec les syndicats signataires de l'accord du 14 janvier pour reprendre le dialogue.

Au cœur de la réforme de l'Education, les enseignants contestent-ils leurs nouvelles obligations ?

Le 2 novembre 2023 à 14h54

Modifié 2 novembre 2023 à 14h56

Les manifestations des enseignants se poursuivent contre le statut unifié des enseignants. Contestent-ils leurs nouvelles obligations? Que veulent-ils changer dans ce statut ? Eléments de réponse.

Malgré la dernière réunion tenue lundi 30 octobre par les quatre syndicats représentatifs du secteur de l’enseignement, signataires de l’accord du 14 janvier, avec le chef du gouvernement, et la promesse de réexamen du statut, les enseignants ne se démobilisent pas.

Les manifestations, grèves et sit-in se poursuivent encore ce mercredi 1er novembre au niveau national, et ceux programmés dans les jours à venir sont maintenus.

Ils protestent contre les dispositions du nouveau statut unifié, lequel, selon les syndicats, n’a pas pris en considération certaines de leurs revendications.

Ce que veulent changer les syndicats

De quelles revendications s'agit-il? Et que veulent-ils changer dans ce nouveau statut ?

"Les principales modifications qui doivent être effectuées sont relatives au statut des enseignants, aux fonctions qui leur sont assignées et aux indemnisations", nous répond Youness Firachine, secrétaire générale du Syndicat national de l'enseignement relevant de la CDT.

Il insiste sur la terminologie utilisée pour désigner les enseignants dans le décret : "l’article 1 parle des fonctionnaires du ministère et des fonctionnaires des Académies. Il faut que cette distinction soit supprimée".  Une formulation que le ministère explique par des contraintes juridiques pour préserver les acquis.

Sur le volet des fonctions ou missions des enseignants en classe, Firachine explique : "On ne doit pas rajouter aux enseignants d’autres fonctions. Un enseignant enseigne, évalue et se charge des examens. Dans le nouveau statut, il doit également suivre des formations, et effectuer des heures supplémentaires obligatoires et non rémunérées. En dehors de leurs fonctions principales, les enseignants doivent avoir le choix, et doivent être indemnisés", nous explique-t-il.

Ci-dessous l'article 15 qui détaille les missions des enseignants :

"Par ailleurs, la distribution de ces indemnisations doit être revue. Le tableau d’indemnisations qui a été joint au statut unifié adopté démontre que les directeurs et inspecteurs en ont bénéficié, contrairement aux enseignants en classe. Cela doit être changé", poursuit-il.

Des changements dans les heures de travail ?

Dans un passage sur 2M, mercredi 2 novembre soir, le représentant syndical a détaillé son propos en parlant également des heures d’enseignement ou des activités parascolaires.

"Le nombre d'heures d'enseignement est très élevé", estime-t-il. "Un enseignant du primaire enseigne 30 heures par semaine dans le secteur public, et on veut lui ajouter d'autres fonctions en dehors de sa classe".

Ce point n'est pas tranché. Le statut publié ne fait aucune mention des heures de travail. Au ministère de l'Education, on nous explique que cette question doit être abordée dans un arrêté qui est toujours en cours. "Aujourd'hui, ces questions sont gérées par des circulaires ne faisant aucune référence à des textes juridiques. Il a été convenu avec les syndicats qu'aucun changement n'interviendrait sur ces points et que les acquis seraient préservés lors de l'élaboration des arrêtés", précise-t-on au ministère.

"Nous savons que l'enseignant doit aussi préparer ses cours. On ne peut donc pas le charger, en plus, des activités parascolaires. Il peut, peut-être, aider sur ce volet, mais il y a des catégories recrutées par le ministère qui doivent s'en charger, notamment les spécialistes sociaux, qui sont censés faire de l'accompagnement social".

Ce qu’explique Firachine dans un jargon de revendications syndicales, une enseignante l’a exprimé en des termes concrets et directs au micro de Hit Radio cette semaine. Une séquence devenue virale :

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"Nous supportons des classes encombrées, des classes sans tables et sans électricité, nous achetons les marqueurs de nos poches… (…) Mais ce nouveau statut, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Ils veulent nous enlever nos acquis du statut de 2003", avance-t-elle.

"Ils nous ont dit que nous n’allons plus travailler 21 heures (par semaine/ndlr) mais c’est le ministère qui décide en fonction du besoin. C’est cela leur définition de la réforme. Je vais avoir à travailler chez un directeur qui doit me noter alors qu’il ne comprends rien à la matière que j’enseigne… Les vacances mi- trimestrielles seront consacrées à des formations… Pour les vacances annuelles, nous n’aurons plus que 22 jours et c’est le ministère qui décide donc…  Il se peut que je travaille jusqu’à la première ou deuxième semaine du mois d’aout".

Les obligations de l’enseignant au coeur du débat

En un mot : ce que contestent les enseignants et les syndicats ce sont les nouvelles obligations de l’enseignant dans ce nouveau statut.

Si le point se rapportant aux indemnisations est d’abord et avant tout une question de négociations entre les parties, ceux relatifs à la formation continue et à l’évaluation du travail des enseignants sont cœur de la réforme.

L’amélioration des apprentissages des élèves est liée au travail de l’enseignant en classe. Un travail qui dépend de ses compétences également. Il est donc nécessaire d’évaluer le travail et les compétences de l’enseignant et renforcer ces dernières par des formations quand c'est nécessaire, à la lumière des résultats de son travail sur le niveau d’apprentissage des élèves. C’est l’essence même du changement attendu dans nos écoles.

Si le gouvernement cède sur ce point, c’est que l’on videra la réforme de sa substance. 

Ce que dit le statut unifié sur les obligations des enseignants

La réforme garantit la préservation des principaux acquis des enseignants, revendiqués par les syndicats, leur maintien est conditionné à une évaluation annuelle qui prend en considération plusieurs facteurs, notamment la formation continue, l’engagement et le rendement, qui représentent les principales obligations exigées aux enseignants par ce statut.

Consulté par Médias24, ce statut unifié précise que ses dispositions s’appliquent à tous les enseignants du ministère de l’Education nationale. Ses fondements tels qu'expliqués à maintes reprises par le ministère comprennent  :

- rendre le métier d'enseignant attractif en adoptant un système d’accès au métier d’enseignant basé sur une formation de base dans l’éducation, et la réussite d’un concours de recrutement et la poursuite de la formation de spécialisation.

- Rendre obligatoire la formation continue et l'intégrer comme indicateur d'évaluation et de promotion.

- La motivation à travers  la promotion, des incitations financières liées à la performance et le rendement, la révision des montants des indemnisations complémentaires.

- La mise en place d’un mécanisme d’évaluation du rendement, selon des indicateurs mesurables qui prennent en considération la nature de la fonction de chaque fonctionnaire du ministère ;

Concernant le volet de l’évaluation, le statut précise que cette dernière sera annuelle et prendra en considération plusieurs facteurs, notamment la formation continue, l’impact des enseignants sur l’apprentissage des apprenants, la qualité de l’enseignement, la réalisation des fonctions assignées aux enseignants et la participation à l’amélioration du rendement de l’établissement. Des exemples de cartes de notes et de rapports d’évaluation, fixant les indicateurs qui seront pris en considération dans cette évaluation, ainsi que ses modalités, seront fixés par un arrêté des autorités gouvernementales chargées de l’Education nationale, et visés par celles chargées de la fonction publique.

Cette évaluation sera par ailleurs réalisée par des inspecteurs et des encadrants, ainsi que par le directeur de l’Académie régionale d’éducation et de formation (AREF) et le directeur provincial, chacun en ce qui le concerne, selon les textes législatifs en vigueur.

"L’enseignant est le principal moteur du processus d’apprentissage"

"La feuille de route 2022-2026, pour une école publique de qualité, se concentre essentiellement sur la qualité des apprentissages, la maîtrise des acquis fondamentaux par les élèves, la réduction de la déperdition scolaire et la promotion des activités parascolaires", précise le ministère de l'Education nationale.

Dans ce cadre, "les enseignants doivent s’approprier les méthodes pédagogiques adéquates qui leur permettent de transmettre leurs savoirs aux élèves. Au sein du système éducatif, l'élève, l'établissement scolaire et l’enseignant occupent la position la plus importante. L’enseignant est considéré comme le principal moteur du processus d’apprentissage. Il utilise toute ses connaissances scientifiques et atouts pédagogiques pour transférer le contenu approprié à ses élèves, en prenant en considération leurs niveaux de maîtrise des apprentissages", ajoute notre interlocuteur.

"La transformation que connaissent actuellement nos établissements scolaires se fait avec les enseignants et non pas contre eux, ils sont les acteurs du changement de l'école publique au Maroc".

"Pour y arriver, le Ministère de l'Education nationale œuvre pour que le métier de l'enseignant attire les meilleurs profils. Dans cette optique, le gouvernement mène une refonte profonde du modèle de formation des enseignants. La formation des enseignants s'étalera, désormais, sur cinq ans: après le bac, 3 années de formation initiale de base dans une filière du cycle de licence d'éducation, suivies d'une année de qualification professionnelle dans l'un des 12 centres régionaux des métiers de formation et d’éducation (CRMEF) et d'une année de stage encadré en établissement scolaire".

L’amélioration de la qualité de l’enseignement ne peut se faire sans l’amélioration du rendement de l’enseignant

Et d'ajouter : "l’objectif principal de la réforme de notre système éducatif est d’améliorer la qualité de l’enseignement. Nous pouvons dire que la généralisation de la scolarisation n’est plus un souci au Maroc. Certes, le taux de déperdition scolaire est encore élevé, mais nous avons atteint un taux de scolarisation de 100% en primaire, de près de 80% en secondaire collégial et un taux aussi élevé au préscolaire".

"Ce qui manque, réellement, à notre éducation, c'est d'assurer la qualité requise des apprentissages, que l’on ambitionne d’améliorer par la réforme engagée. Le classement de notre système éducatif dans le cadre des études internationales qui évaluent l'apprentissage en lecture, en mathématiques et en sciences n’est pas satisfaisant, d’où les objectifs stratégiques fixés par la feuille de route, pour une école publique de qualité, à l’horizon 2026 : Doubler le taux des élèves en primaire maîtrisant les apprentissages fondamentaux, doubler le taux des élèves bénéficiant d'activités parascolaires et réduire la déperdition scolaire d'un tiers".

"L'atteinte de tels objectifs passe inévitablement par jeter les fondations de l'école publique de demain, basée sur une approche participative répondant aux attentes des élèves, de leurs parents et des cadres pédagogiques. Le modèle des 'Ecoles Pionnières' (EP), qui repose sur l'engagement volontaire de l'équipe pédagogique et la mise à disposition de ressources pédagogiques, numériques et matérielles au service de la réussite des élèves, répond parfaitement à cette ambition. Il donne également droit à des incitations matérielles pour tous les membres de l'équipe pédagogique sous forme d'une indemnité de 10.000 DH net/an".

La mise en œuvre de ce modèle a démarré en septembre 2023, avec 628 écoles pionnières. Cette expérience sera sera généraliser à l’horizon 2026.

En effet, le statut unifié indique qu’à partir de janvier 2024, une somme de 10.000 DH sera octroyée aux membres de l'équipe pédagogiques des établissements qui auront le label d’"Ecoles pionnières" à condition de :

- disposer d’un certificat de participation aux formations programmées et accomplir toutes les étapes de celles-ci ;

- adopter l’approche pédagogique apprise lors des formations ;

- évaluer l’impact sur l’apprentissage de l’apprenant et son niveau scolaire ;

- participer à mettre en œuvre des activités parascolaires ;

- participer aux activités de soutien programmées en dehors des heures de travail.

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