On en sait plus sur la première implantation d'une pompe cardiaque électrique au Maroc
Une équipe marocaine a réalisé récemment la première implantation réussie du dispositif Heart-Mate 3 LVAD à Casablanca. Le Dr Mohamed Amrani, chirurgien cardiologue qui dirige le staff médical, expose à Médias24 les enjeux de cet exploit qui ouvre la voie à une évolution du traitement de l'insuffisance cardiaque.
Un staff médical dirigé par le Dr Mohamed Amrani, chirurgien cardiologue fort d'une expérience de vingt-cinq ans en Grande-Bretagne, a accompli cet exploit à l'Hôpital privé international de Casablanca (HPIC). L'opération a consisté à implanter une pompe cardiaque dans le ventricule gauche d'un patient âgé de 68 ans qui était atteint d'insuffisance cardiaque avancée.

Une alternative viable à la transplantation cardiaque
Lors de l'échange, le Dr Mohamed Amrani tient à distinguer entre le dispositif Heart-Mate 3 LVAD (Left Ventricular Assist Device) et la transplantation cardiaque. "Ce nouveau dispositif est une alternative d’une réalisation capitale, parce que jusqu’à il y a cinq ou dix ans, la transplantation cardiaque était pratiquement la seule option viable. La mise en place d'un dispositif d'assistance ventriculaire gauche, permanent ou temporaire, était en général utilisée comme pont vers la transplantation ou Bridge to transplantation".
Selon le Dr Amrani, cette nouvelle technique s’est imposée à cause de la rareté du don d’organes. "Un certain nombre de patients qui avaient bénéficié de ce système, dans le but d’aboutir à la transplantation, n’ont jamais pu recevoir des organes, et on s’est rendu compte entre-temps que ces appareils pouvaient durer beaucoup plus longtemps que prévu. Ce dispositif s'est donc transformé de Bridge to transplantation à Destination therapy (thérapie définitive)".

La vie des patients cardiaques ne dépendra plus du don d'organes
Les implications de cette nouvelle avancée sont majeures, particulièrement pour le patient marocain, souligne le Dr Amrani. "Si la transplantation est tributaire d’une disponibilité d’organes, celle-là engendre des problèmes d'ordre logistique évidents. En d'autres termes, il n’est plus tributaire du décès d’autrui. Au Maroc où la transplantation est particulièrement difficile pour toutes les raisons que l’on connaît, la possibilité d’avoir une alternative est capitale".
Concernant la situation du don d'organes, le Dr Amrani fait observer qu'elle est préoccupante comme partout ailleurs. "Au Maroc, elle est probablement plus aiguë parce que la notion du don d’organes n’est pas entrée dans les mœurs. Le fait que cette pénurie est d’autant plus douloureuse rend la technique du LVAD d’autant plus précieuse".
"Il faut garder en vue qu’un grand nombre de patients qui attendent et espèrent un don d’organes décèdent avant la transplantation. Cela se vérifie davantage au Maroc car ils sont tributaires d’une liste d’attente à l'étranger. Donc, en résumé, le fait d’avoir une alternative qui est disponible on the shelf (sur étagère) permet un traitement immédiat et sans aucune dépendance de contingence, comme le don d’organes".
Un dispositif à 2 millions de dirhams
Interrogé sur le prix du dispositif, le Dr Amrani précise que, dans l'absolu, il est coûteux, de l'ordre de 2 millions de DH. "Mais lorsqu'on compare la transplantation cardiaque avec le LVAD, et qu'on évalue la globalité des coûts des deux options, on s'aperçoit que le LVAD reste plus intéressant que la transplantation".
Le chirurgien cardiologue rappelle que les patients marocains sont très souvent envoyés en France pour se faire transplanter et sont obligés de faire des allers-retours en cas de complications. "Il y a fort à parier que le prix du système LVAD va diminuer de manière significative comme on le voit en Hongrie, en Grande-Bretagne et ailleurs, où le prix avoisine les 100.000 euros."
Face à l'indisponibilité d’organes, à tous les inconvénients de se faire opérer à l’étranger, ainsi qu'aux effets secondaires de la transplantation, en particulier les problèmes immunologiques qu’il faut monitorer au Maroc, le LVAD deviendra probablement la voie thérapeutique de choix pour l'insuffisance cardiaque terminale.

Un nouvel espoir pour les malades souffrant d'insuffisance cardiaque
Les premières versions du Heart-Mate, qui étaient encombrantes, nécessitaient en permanence une sacoche pour être transportées. Aujourd'hui, le Heart-Mate 3 est très discret et beaucoup plus pratique. "Avec un recul de dix ans, ce dispositif a réellement fait ses preuves en matière de biocompatibilité et de fiabilité", affirme le Dr Amrani.
Le dispositif comporte 3 batteries avec 17 heures d'autonomie chacune et une durée de chargement de 2 heures. Le seul inconvénient est que le câble de recharge traverse la peau. De ce fait, la plaie doit être régulièrement soignée pour éviter toute infection, mais le patient qui voit sa santé s'améliorer tend à s'y adapter. "Nous souhaitons que le chargement puisse bientôt se faire sans câble, et que les batteries disposent de plus d'autonomie".
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