Abdenbi Bioui et Omar Hjira blanchis en appel par la chambre criminelle
Poursuivis pour dilapidation de deniers publics, le président de la région de l’Oriental Abdenbi Bioui et le président de la commune d’Oujda Omar Hjira, ainsi que 15 autres personnes, ont été acquittés, vendredi dernier, par la chambre criminelle de la cour d’appel de Rabat.
Cet énième round judiciaire donne cette fois-ci raison aux prévenus. Le tribunal s’est attardé sur les carences du dossier d’inculpation, et plus précisément sur l’étude qui a alimenté le rapport de la Cour régionale des comptes à l’origine de l’action publique. Petit rappel des faits…
En 2010, la Cour régionale des comptes de l’Oriental avait publié un rapport accablant sur la gestion de la commune d’Oujda. Elle y pointait du doigt la mauvaise gestion de la commune et constatait des écarts dans la réalisation de travaux d’aménagements.
Présenté au parquet à l’époque par l’ancien ministre de la justice Mostafa Ramid, le rapport n’avait pas été jugé suffisamment probant pour lui donner une suite. Contacté par Médias24, l’ancien ministre n’a pas souhaité faire de commentaire. En effet, "le juge d’instruction a décidé de ne pas engager de poursuites", se souvient l’un des avocats de la défense, à l’encontre des 17 personnes impliquées, suivant les chefs d’inculpation requis par le procureur général, à savoir la dilapidation ou le détournement de fonds publics. Après consultation, la décision de poursuite a été maintenue, et le juge de première instance a fini par déclarer les prévenus innocents.
Interjetant appel en mars 2018, le parquet a obtenu, un an plus tard, la condamnation de 11 personnes, dont Omar Hjira et Abdenbi Bioui, à des peines d’emprisonnement fermes allant de un à deux ans.
"Le dossier de l’accusation était entaché d’irrégularités"
Ces condamnations concernent à l’origine l’exécution, non conforme à la loi selon la décision en appel, de 27 marchés publics attribués par la commune urbaine de la ville d’Oujda. Les personnes condamnées ont évité la case prison grâce au versement de lourdes cautions judiciaires, dont certaines ont frôlé le million de dirhams, comme l’indique un des avocats.
Après s’être pourvus en cassation, les mis en cause ont fini par obtenir gain de cause ; l’affaire a été renvoyée à la chambre criminelle de la cour d’appel pour être rejugée dès le mois de janvier 2023.
Après plusieurs reports, le tribunal a finalement rendu son verdict le 7 juillet 2023. Les 17 mis en cause sont désormais blanchis.
Contacté par téléphone, l’avocat principal de la défense, Me Mohamed Tchiche, a déclaré, à l’issue du jugement victorieux : "Le dossier de l’accusation était entaché d’irrégularités. Il s’est basé entièrement sur le rapport d’expertise d’une entité qui n’a pas été régulièrement désignée."
Même son de cloche chez un autre avocat de la défense, mandaté par Mohamed Rochdi, responsable légal de la société D&CRB, attributaire de 15 des 27 marchés objets du contentieux. Me Khalid Kramda, rencontré par Médias24, précise : "LPEE a pris d’elle-même l’initiative de choisir les endroits des prélèvements des échantillons."
Des conclusions "sans fondement"
Ce rapport révèle en effet des anomalies liées à la nature et à la composition de matériaux servant à l’entretien de routes dans le périmètre de la commune urbaine d’Oujda.
A en croire notre source, les conclusions du rapport sur lequel se base l’accusation sont sans fondement : "L’expertise se base sur des données désuètes, car ce qu’il faut savoir, c’est que pour les besoins de l’analyse, l’asphalte doit être prélevé à une certaine température, dans des conditions précises, à un moment précis du mélange pour qu’il puisse révéler des résultats exploitables. Alors que dans ce cas, les prélèvements ont été effectués des années plus tard. Ce que nous avons démontré, c’est que ce rapport se base sur des informations infondées et approximatives."
L’avocat révèle également un certain nombre de confusions. "Le cabinet de conseil LEEGI dirigé par Noureddine Samlani (autre personne poursuivie dans cette affaire, ndlr) était tenu, selon le cahier des charges, d’effectuer des tests sur les matériaux et non pas d’évaluer l’avancement des travaux, contrairement à ce qu’indique le rapport de la Cour régionale."
Pour l’avocat Me Kramda, cette affaire prend des "dimensions politiques" et "démontre l’impuissance de la Cour régionale des comptes et son incapacité à apporter des éléments de preuve tangibles".
Pour l’heure, les défendeurs et leurs avocats attendent la position du parquet, qui décidera ou pas de ramener l’affaire une fois de plus devant la Cour de cassation. Le procureur général dispose d’un délai de 30 jours pour former son pourvoi.
À découvrir
à lire aussi
Article : Sahara. Pourquoi le ralliement du Canada est plus disruptif qu’il n’y paraît
Le ralliement d’Ottawa au plan d’autonomie marocain intervient au moment où il était peut-être le moins attendu. Ni porté par ses intérêts économiques dans la région, ni dicté par sa culture politique interne, ce choix rompt avec l’attentisme canadien et devrait, par ricochet, faire évoluer davantage le rapport de force diplomatique au Sahara en faveur du Maroc.
Article : Batteries : le Chinois BTR accélère ses projets industriels au Maroc après un solide début d’année 2026
Le spécialiste des matériaux pour batteries lithium-ion prévoit dans le Royaume 60.000 tonnes de capacités d’anodes et 50.000 tonnes de cathodes, alors que son chiffre d’affaires trimestriel a progressé de 27 %, à 4,31 milliards de yuans.
Article : Tomate : après une chute brutale des prix, les exportations reprennent et soulagent les producteurs
Après plusieurs semaines de flambée des prix, le marché de la tomate connaît une chute brutale des cours, passant de 300 DH à 100 dirhams la caisse chez les producteurs. Face à cette situation, les exportations ont repris afin de rééquilibrer le marché et limiter les pertes des agriculteurs.
Article : Les prévisions météo de ce jeudi 30 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le jeudi 30 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie: - Pluies ou averses orageuses avec risque […]
Article : Grands barrages : 16 en cours de réalisation, 7 autres programmés
Le programme de construction des barrages se poursuit à travers plusieurs régions du Royaume, avec des niveaux d’avancement globalement élevés. Malgré des rythmes d’exécution différenciés, la majorité des projets a franchi le cap des 60 % de réalisation. L’investissement total mobilisé s’élève à 29,5 milliards de dirhams pour une capacité d'au moins 5 milliards de m³ supplémentaires.
Article : Valeurs. Après un rebond de plus de 16% depuis mars 2026, quel potentiel pour Label Vie en Bourse ?
Après un point bas atteint mi-mars 2026, le titre Label Vie a rebondi de plus de 16% pour revenir autour de 4.189 DH au 29 avril 2026. Malgré ce mouvement, les analystes continuent d’identifier un potentiel de revalorisation, avec des lectures qui varient selon les hypothèses retenues sur la croissance et les équilibres du modèle.