1,5 milliard de dirhams pour développer l'agriculture biologique
D'un budget de 1,5 milliard de dirhams, le contrat-programme qui lie le gouvernement à la Fédération interprofessionnelle de la filière biologique (Maroc Bio) a pour objectif d'assurer le développement de la filière, notamment en s'aidant de la recherche agronomique.
Si le développement de l’agriculture biologique représente un des enjeux majeurs de la stratégie agricole du Royaume, le potentiel que recèle cette agriculture au Maroc est insuffisamment exploité. En ce sens, la stratégie Génération Green (2020-2030) ambitionne d’atteindre 100.000 ha de superficie cultivée en agriculture biologique, à l’horizon 2030.
Un contrat-programme a été signé à cet effet le jeudi 4 mai 2023, en marge du Salon international de l'agriculture. Le coût global de sa mise en œuvre s’élève à près de 1,5 milliard de dirhams (MMDH). Un budget auquel contribueront à parts égales l'Etat et Maroc Bio.
Valorisation de la biomasse végétale résiduelle
En plus de l’extension de la superficie cultivée, de l'adaptation réglementaire et procédurale, de la valorisation des produits biologiques et de leur commercialisation au niveau national et international, le développement de la filière biologique passera aussi par la recherche scientifique.
Un axe placé sous l'ombrelle de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). “Plusieurs mesures sont prises par l’INRA à cette fin, notamment en matière d’optimisation du recyclage et de valorisation de la biomasse végétale résiduelle”, précise l’Institut à Médias24.
Concrètement, l'implication de l'INRA s'articule autour de l’élaboration de formulations de compost à forte valeur agronomique, à partir des résidus horticoles organiques mélangés avec des boues phosphatées. Il sera également question de l'identification des doses les plus adaptées de ces composts aux cultures maraîchères biologiques en condition saline.
Par exemple, "l’application d’un compost à base de grignons d’olive, de fumier de dinde et de paille, à une dose de 15 t/ha, a donné des résultats satisfaisants sur une culture de lentille", se félicite l'INRA. Au regard du besoin identifié d’un système de coordination et de concertation entre les différents acteurs de l'agriculture biologique, l’INRA pilote la mise en place d’un Centre technique pour le développement de l’agriculture biologique (CETAbio).
Coordination, formation et transfert technologique
Les principales missions de ce centre sont la coordination de la recherche, de la formation, du conseil et du transfert de technologies. À ce titre, Maroc Bio assure qu'elle mettra à la disposition de la recherche, des unités de production pilotes encadrées par des conventions.
De son côté, l’Etat s’engage à appuyer la conclusion de conventions entre les chercheurs et l’interprofession pour mettre à leur disposition des unités de production pilotes afin de conduire des essais de recherche sur l’agriculture biologique.
Les programmes de recherche & développement spécifiques à la filière biologique portent sur les thématiques suivantes :
- l'adaptation des obtentions variétales de l’INRA à la production biologique des céréales, légumineuses alimentaires, cultures maraichères, agrumes et arboricoles ;
- l'amélioration de la productivité des cultures biologiques ;
- la valorisation des déchets organiques (végétal/animal) par compostage, vermicompostage, biométhanisation et pyrolyse pour la production des amendements organiques et de l’énergie renouvelable ;
- la prévention et la protection des cultures biologiques vis-à-vis des maladies et bioagresseurs.
100.000 hectares à l'horizon 2030
L'axe recherche et développement va concourir à pérenniser et améliorer l'écosystème de la filière biologique. En matière de production, les priorités pour Maroc Bio et le gouvernement se déclinent comme suit :
- augmenter la superficie cultivée certifiée biologique de 10.300 ha (2020) à 100.000 ha (2030), tout en adoptant l'irrigation localisée ;
- produire environ 600.000 t, dont 114.000 t destinées à l’export, et ce à travers l’accompagnement des producteurs à la conversion vers le mode de production biologique.
Pour ce faire, l’Etat s’engage à maintenir l’octroi de l’aide d’appui à la certification et à la conversion des unités de production. De surcroît, le gouvernement promet de mettre en place une prime à l’hectare à la reconversion en agriculture biologique, dont le montant sera défini prochainement.
En termes de valorisation, les parties prenantes dans le contrat-programme s'engagent à développer la valorisation des produits biologiques, en respectant les bonnes pratiques. Cela passera par les actions suivantes :
- identifier et référencer les unités de valorisation de la production biologique ;
- procéder à la mise à niveau des unités de valorisation pour l’obtention de l’agrément ou l’autorisation sanitaire de l’ONSSA.
Pour ce qui est de la commercialisation et de la consommation des produits biologiques au niveau du marche local, le contrat-programme prévoit l’organisation du marché local, à travers la mise en place de mécanismes innovants pour contrôler le marché et garantir la fidélité des débouchés de la production nationale biologique.
Dans ce cadre, Maroc bio mènera une étude pour l’instauration d’une procédure d’agrément ou de certification des magasins et des points de vente de produits biologiques et conclura des accords avec les magasins spécialisés pour leur approvisionnement en produits biologiques. Au même titre que des contrats de vente directe avec les hôtels, les cantines scolaires, les restaurants et les hôpitaux.
Stimuler la demande par l’aval et adapter la réglementation
L’Etat et les professionnels placent de grands espoirs dans la mise en place d'outils de promotion des produits biologiques sur le marché international. Le but étant de stimuler la demande par l’aval et d'induire un effet d'entraînement sur la conversion et l’investissement dans la filière. Cette promotion peut être axée sur la diversification de la production et la prospection de nouveaux marchés.
Pour y parvenir, Maroc bio et l'Etat s’engagent à élaborer des études de benchmark sur les principaux pays concurrents et les marchés cibles, ainsi que la mise en place d’un observatoire de veille stratégique pour la surveillance des marchés des produits biologiques.
Afin d'éviter les fraudes en renforçant le contrôle et la traçabilité des produits bio, c'est l'ensemble de la chaîne qui sera dans le viseur des contrôleurs. Le système sera renforcé et les laboratoires d'analyse mis à niveau. Par ailleurs, pour répondre aux besoins de l’agriculture biologique, des mesures sont à entreprendre pour assurer la disponibilité des intrants dans le marché local.
Pour y parvenir, l’Etat s’engage à adapter la réglementation et les procédures liées à la production et la commercialisation des intrants biologiques.
Dans le cas des semences et plants :
- réviser l’arrêté "n° 966-93 du 20 avril 1993 fixant les conditions d’importation et de commercialisation des semences à cultiver au Maroc" pour permettre l’importation et la commercialisation des semences bio dans le marché local ;
- réviser l’arrêté "n° 863-75 du 22 septembre 1977 fixant les conditions de tenue du catalogue officiel des espèces et des variétés des plantes cultivables au Maroc, ainsi que les modalités d’expérimentation préalable à l’inscription de nouvelles variétés sur ledit catalogue" en mettant en place une dérogation relative à la production et la circulation des semences bio, notamment les semences paysannes et locales.
Dans le cas des bio fertilisants :
- élaborer la réglementation relative aux bio fertilisants en incluant la notion du bio fertilisant au niveau du projet de loi "n° 53-18 relative aux matières fertilisantes, à leurs adjuvants et aux supports de culture" ;
- réviser la taxation des bio fertilisants importés, à l’instar des fertilisants utilisés dans l’agriculture conventionnelle.
Dans le cas des bio pesticides :
- élaborer la réglementation relative aux bio pesticides en incluant la notion du bio pesticide au niveau du projet de loi "n° 34-18 relative aux produits phytosanitaires".
Enfin, dans l'optique de promouvoir l’agrégation dans la filière biologique et encourager la commercialisation des produits biologiques, l’Etat s’engage à :
- revoir les conditions d’accès des produits biologiques aux marchés de gros qui sont régies par la loi "n° 37-21 édictant des mesures spéciales relatives à la commercialisation directe des fruits et légumes dans le cadre de l’agrégation agricole".
D’autres mesures et adaptations réglementaires vont être menées sur ce même volet, dont la réglementation de la vente sur internet des produits biologiques et la révision de la circulaire conjointe "n° 005/97 du 11 juillet 1997 relative aux denrées alimentaires et compléments alimentaires" pour distinguer les aliments et les compléments alimentaires.
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