Hydrogène vert : les défis économiques à relever au niveau mondial vus du Maroc
La concurrence internationale, la pénurie de main-d’œuvre, le manque de traçabilité et le vide règlementaire sont autant de défis économiques liés à l’hydrogène vert au niveau mondial, selon une présentation du professeur Philippe Tanguy faite le jeudi 18 mai 2023, qui estime que le Maroc est sur le même pied d’égalité avec les autres pays dans cette course déjà lancée.
Plusieurs défis sont à prendre en considération dans la production d'hydrogène vert, cette industrie naissante au Maroc. Selon une présentation de Philippe Tanguy, directeur général de la stratégie chez HTEC, une entreprise canadienne de solutions d’hydrogène, et membre associé de l’Académie Hassan II, plusieurs facteurs liés aux contextes concurrentiel et réglementaire mondiaux doivent être pris en considération pour mener à bien ce lancement.
Il estime que le Maroc a une chance de se faire une place à l'international dans ce secteur vu que les autres pays n'exportent toujours pas cette matière et ce, à condition qu'il la consomme au niveau local avant d'entamer son exportation.
Nombreuses annonces, peu d'investissements
Dans le cadre d’un panel intitulé "Modèles économiques de l’hydrogène vert et quelques initiatives à l’international", le Pr Philippe Tanguy a présenté à l’Académie Hassan II, les défis économiques liés à l’adoption de l’hydrogène vert au niveau international.
Le premier défi réside dans le fait que peu de décisions d’investissement sont prises par rapport aux nombreux projets déjà annoncés, en particulier au sein de l’Union européenne et en Australie. "Beaucoup de projets sont annoncés mais ça s’arrête là. Peu d’entre eux sont concrètement lancés", a déclaré Philippe Tanguy.
Deuxième défi : l’ambitieux positionnement de plusieurs pays du Moyen-Orient pour exporter de l’hydrogène en Asie doit être pris en considération. Face à la vague internationale de décarbonation, plusieurs pays du Moyen-Orient détenteurs de pétrole ou de gaz décident en effet de se lancer dans la production d’hydrogène bleu (l’hydrogène produit à partir de combustibles fossiles, mais associé à un procédé de capture et de stockage du carbone neutralisant leurs émissions de CO2), poursuit Philippe Tanguy.
Le troisième défi − le plus important selon l'orateur− est relatif à la stratégie agressive des Etats-Unis. Après l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, une aide massive a été accordée à la décarbonation de l’économie américaine. "Cette aide se manifeste en trois axes : le premier, ce sont les 8 milliards de dollars accordés aux Clean hydrogen hubs (des projets de développement de l’hydrogène vert aux Etats-Unis, ndlr). Le deuxième, c’est l’Inflation réduction act (IRA), un acte du Congrès américain doté d’un budget de 380 milliards de dollars pour décarboner l’économie américaine, dont une grande partie est accordée à l’hydrogène. Enfin, le Advanced clean fuel regulations, qui impose une mobilité décarbonée aux transports lourds à l’horizon 2042."
Philippe Tanguy estime cependant que "ces stratégies se font au profit des Américains... et au détriment des autres. Les Américains vont aspirer toutes les technologies et systèmes disponibles aux Etats-Unis, ce qui va avoir pour effet de réduire les équipements disponibles au niveau mondial et, probablement, de provoquer un effet inflationniste dans ce domaine".
Le quatrième défi est la "réalité économique encore ardue" : la maturité commerciale à grande échelle, la compétitivité tarifaire de l’hydrogène bas carbone sur la plupart des marchés et la bancabilité des projets difficiles, sont autant de défis à relever.
Autre enjeu : la pénurie de main-d’œuvre qualifiée − techniciens et ingénieurs en l’occurrence − et de l’expertise qui formera cette main-d’œuvre naissante.
Philippe Tanguy met également en exergue le cadre juridique et normatif qui n’est pas homogène à l’échelle internationale. Une harmonisation des politiques publiques est nécessaire selon lui.
Il cite enfin le problème de certification et de traçabilité de l’hydrogène, qui fait encore défaut au Maroc. Il faut, dit-il, garantir la "verdure" de l’hydrogène commercialisé à travers des certifications reconnues mondialement.
Utiliser l’hydrogène vert au niveau local avant de l’exporter
Par ailleurs, Philippe Tanguy souligne que le Maroc a certes pour ambition d’exporter de l’hydrogène vert, mais que le pays "n’est pas considéré comme un exportateur d’énergie jusqu’à présent. Il faut donc utiliser l’hydrogène vert au niveau local, après quoi le Maroc pourra en exporter".
La bonne nouvelle, c’est qu’aucun pays n’exporte de l’hydrogène vert pour le moment. Le Maroc est donc sur le même pied d’égalité avec les autres pays. Et la course est d’ores et déjà lancée.
Ces éléments ont été présentés à l’Académie Hassan II des sciences et techniques qui a célébré jeudi 18 mai, son 17e anniversaire, et a organisé à l’occasion une session plénière sur le thème "Verrous scientifiques et technologiques de l’hydrogène vert au Maroc".
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