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ECONOMIE

Adil Douiri commente le ralentissement de l’inflation : il faudra éviter de l’alimenter en interne

Les chiffres de l’indice des prix à la consommation à fin mars montrent un ralentissement de l’inflation dans toutes ses composantes, confirmant l’hypothèse de la détente des prix sur les prochains mois. Une tendance qui se poursuivra sous certaines conditions. L’éclairage de Adil Douiri.

Casablanca medina maroc
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Le 20 avril 2023 à 11h49 | Modifié 20 avril 2023 à 13h58

A la veille de l’Aïd, le HCP vient d’apporter une bonne nouvelle pour les Marocains. L’inflation, comme attendu, ralentit à fin mars. De plus de 10% en février, elle passe à 8,2%. La raison de ce ralentissement, comme on le prévoyait dans plusieurs de nos articles, réside dans l’effet de base : la hausse des prix au Maroc a commencé en mars 2022 avec le déclenchement de la guerre en Ukraine.

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Ralentissement de l’inflation en mars (8,2%)

Industriel et banquier, Adil Douiri avait prévu ce scénario lors d’un débat organisé la semaine dernière par l’Alliance des économistes istiqlaliens, dont il est le fondateur. Après la publication des chiffres du HCP ce jeudi matin, il nous confirme que cet effet de base va continuer d’opérer et que l’inflation continuera de baisser de mois en mois.

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L’inflation industrielle est derrière nous et le taux d’intérêt ne doit plus augmenter (Adil Douiri)

"Dans la mesure où l’inflation de base, hors produits alimentaires volatiles (pommes de terre, tomates…), est descendue à 3%, elle va continuer de baisser par effet de base. Dans deux ou trois mois, elle sera à zéro", prévoit-il.

Toutefois, cette prévision optimiste mais "réaliste", précise-t-il, ne peut se tenir qu’à deux conditions : éviter des hausses de salaires, dans le public comme dans le privé, et surveiller les prix des services.

Augmenter les salaires, l’erreur à ne surtout pas commettre

"Une hausse des salaires va nous faire entrer dans une spirale inflationniste auto-entretenue. C’est le scénario qu’il faut éviter à tout prix. Si on enclenche la spirale salaires/demande/prix, la Banque centrale sera obligée de monter son taux directeur à 3,5%, à 4% voire à 4,5%. Cela va impacter à la hausse la courbe des taux des bons du Trésor, renchérir le coût de financement de l’Etat, renchérir le crédit bancaire pour les ménages, les entreprises et nous faire entrer dans une inflation endogène", explique Adil Douiri.

Surtout, ajoute-t-il, que le gouvernement et la CGEM ont déjà consenti l’année dernière à une hausse du SMIG et du SMAG, dont la moitié a déjà été appliquée.

"On a déjà fait des augmentations de salaires pour le SMIG, aussi bien dans la fonction publique que dans le secteur privé. Une première augmentation de 5% a été déjà appliquée et une nouvelle hausse de 5% interviendra dans quelques mois. A cela s’ajoute le déblocage fait par le gouvernement de l’avancement dans la fonction publique et les augmentations de salaires de certains corps de métiers comme les enseignants et les médecins… L’erreur à ne surtout pas faire aujourd’hui, c’est d’accorder de nouvelles hausses de salaires", souligne M. Douiri.

Tout économiste confirmera qu’en période inflationniste, la hausse des salaires conduit de manière mécanique à entretenir la surchauffe et à pousser les banques centrales vers plus de resserrement dans les conditions monétaires. La logique économique est là. Mais il faudra l’assumer politiquement, surtout en cette période du mois d’avril qui coïncide avec le dialogue social entre le gouvernement, les syndicats et le patronat.

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Un nouveau round de dialogue social s’ouvre ce vendredi 14 avril

Un dialogue que vient justement d’enclencher le chef du gouvernement en recevant les syndicats les plus représentatifs, dont les revendications convergent tous vers un seul point : la hausse des salaires et du pouvoir d’achat. A dix jours du 1er mai, et au vu des enjeux de ce dialogue qui va conditionner l’aboutissement par la suite de grandes réformes, comme celles de la loi sur la grève, le Code du travail et les retraites, le gouvernement se retrouve dans une situation pour le moins compliquée. Dans quelle mesure arrivera-t-il à tenir bon face à la pression sociale pour en finir avec le monstre de l’inflation, surtout que l’on commence à peine à entrevoir le bout du tunnel ?

"Oui, il faut tenir bon et ne pas céder face aux syndicats. Ça sera difficile, certes, mais le gouvernement a une responsabilité politique qu’il doit assumer. Les syndicats seront mécontents, mais le gouvernement a cette responsabilité d’expliquer les choses et de demander aux syndicats de reporter les discussions sur les salaires quand le problème de l’inflation sera derrière nous, surtout, comme je l’ai dit, que des hausses de salaires ont déjà été consenties en 2022 et qu’une nouvelle hausse de 5% du SMIG est programmée pour les prochains mois. La priorité aujourd’hui, c’est de désamorcer l’inflation", insiste Adil Douiri.

Les services, l’autre poste qui doit rester sous surveillance

Avec la détente de l’inflation industrielle (3% pour les produits non alimentaires) et le ralentissement de l’inflation alimentaire (passée de plus de 20% à 16,1% à fin mars), l’autre point à surveiller, en plus de celui des salaires, est le prix des services, ajoute M. Douiri.

Par "services", le patron du groupe Mutandis et président du conseil d’administration de CFG Bank désigne tout ce qui est restauration, cafés et hôtelleries, secteurs qui ont déjà connu d’importantes hausses de prix.

"L’inflation qui vient des services est un point important à surveiller. Car ce secteur est confronté à une problématique différente de celles des autres secteurs de l’économie. Les services font face à la fois à un problème d’offre et de demande. Ils ont eu une inflation sur les produits alimentaires qu’ils ont répercutée sur les prix, mais ont eu aussi une demande post-Covid très forte qui les a autorisés à augmenter encore leurs prix. Ils ont souffert d’une inflation des intrants et d’une pression de la demande. Et c’est cela qu’il faudra désormais continuer de surveiller, car c’est le seul poste qui peut continuer encore à alimenter l’inflation, si on exclut d’éventuelles hausses de salaires", nous explique Adil Douiri.

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