Financement de l’investissement productif : les banques tiennent le haut du pavé
Le nerf de la guerre, qui n’est autre que le financement, a fait l’objet d’un panel dédié lors de la Journée nationale de l’industrie qui s’est déroulée le 29 mars à Casablanca.
Le financement a toujours occupé une place centrale dans les différentes stratégies industrielles, lesquelles ont permis au Maroc de s’ériger en une destination mondiale dans des secteurs de pointe, pour ne citer que l’aéronautique et l’automobile.
C’est à ce titre que la programmation du panel sur le financement de l’investissement productif lors de la première édition de la Journée nationale de l’industrie, qui s’est déroulée le 29 mars dans la capitale économique, est judicieuse.
Les discussions ont porté principalement sur les obstacles liés à l’accès au financement, l’inventaire des mécanismes de financement existants ainsi que la nécessité de massifier ceux-ci. D’ailleurs, il est ressorti des échanges que les efforts doivent en priorité être concentrés sur le renforcement des différents mécanismes de financement existants.
Un cocktail détonnant
Sur la question des difficultés de l’accès des entreprises au financement, Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM, explique : "Il existe des problématiques endogènes liées à la structure financière des entreprises, notamment leur sous-capitalisation et l’existence d’une partie informelle. Les facteurs exogènes renvoient à la conjoncture actuelle marquée par la hausse du taux directeur, l’inflation traduite par la hausse des prix des intrants et la baisse de la demande", explique le numéro 2 du patronat marocain.
Et d’ajouter en substance : "Les entreprises font face au renchérissement de leurs crédits bancaires (Damane Oxygène et Damane Relance) à taux variables, contractés lors de la période du Covid-19". Suite à la hausse du taux directeur effectuée par la Banque centrale, les établissements bancaires ont revu à la hausse certains taux des crédits accordés aux entreprises, explique également Mehdi Tazi.
Le renchérissement du coût de financement intervient dans un contexte toujours pollué par "l’éternelle" problématique de l’allongement des délais de paiement. D’ailleurs, Mehdi Tazi indique un délai de paiement supplémentaire de l’ordre de 12 jours pour les PME et de l’ordre de 66 jours pour les TPE.
Face à cette situation difficile pour les entreprises, Youssef Alaoui, président du groupe CGEM à la Chambre des conseillers, suggère la mise en place d’un mécanisme de financement prenant en compte les nouvelles réalités des TPME.
Le financement bancaire règne en maître
Tout en rappelant le rôle contracyclique joué par le mécanisme de garantie des crédits bancaires de Tamwilcom lors de la période du Covid-19, Hicham Zanati Serghini, directeur général de Tamwilcom, a mis en exergue les efforts déployés dans le cadre du partenariat public-privé entre le bras étatique de garantie et les banques pour accroître le financement destiné aux TPME.
"Il y a dix ans, les crédits octroyés aux TPME représentaient 23% de l’ensemble des crédits accordés au secteur privé. Aujourd’hui, ce chiffre atteint 45%, rapprochant davantage le Maroc des pays de l’OCDE, qui affichent une moyenne de 50% contre 23% pour les pays de la région MENA", a révélé le patron de Tamwilcom, une structure dont la vocation est d’investir les segments mal ou peu servis par le système financier.
Mohamed El Kettani, vice-président du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), a mis en évidence le rôle crucial du système bancaire pour le financement des entreprises. "Le Maroc a une économie basée sur l’endettement et non sur des fonds propres. Les entreprises sont majoritairement financées par les banques. A fin décembre 2022, l’encours des crédits accordés aux entreprises a totalisé près de 504 MM DH (dont 108 MM DH de crédits à l’équipement). Ce qui représente une hausse de 12% par rapport à la même période de 2021", explique le PDG du Groupe bancaire marocain et panafricain.
Le banquier a fait le parallèle avec les fonds d’investissement encore cantonnés dans un périmètre à capacité de financement limitée. Pour avoir un ordre de grandeur, ces véhicules d’investissement ont financé, sur une décennie (2011-2021), près de 240 entreprises avec un cumul d’investissement de l’ordre de 10 MM DH. Ce qui demeure timide au regard des énormes besoins de financement des entreprises marocaines.
L’enjeu de l’accès d’un grand nombre d’entreprises industrielles au marché des capitaux a été largement abordé par Kamal Mokdad, président du Conseil d’administration de la Bourse de Casablanca. "Dans l’optique d’encourager les entreprises industrielles à faire le pari de l’introduction en Bourse pour le financement de leur croissance, plusieurs actions de proximité au niveau régional ont été initiées", a assuré Kamal Mokdad. Le directeur général du Groupe Banque Populaire n’a pas manqué de rappeler la longue histoire entre les sociétés industrielles et la place boursière de la capitale économique.
Pour rappel, 24 entreprises industrielles sont cotées à la Bourse de Casablanca. Celles-ci représentent environ un tiers de la capitalisation boursière. Ces chiffres doivent évoluer pour permettre au Maroc d’atteindre les objectifs du Nouveau Modèle de développement, lequel table, entre autres, sur 300 entreprises cotées et une capitalisation boursière située autour de 70% du PIB à l’horizon 2035.
Au final, pour Mohamed El Kettani, l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, couplée au mécanisme de garantie de Tamwilcom et à l’engagement du système bancaire, permettra de créer une dynamique vertueuse en faveur du financement de l’investissement productif au Maroc.
À découvrir
à lire aussi
Article : Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca
Pratt & Whitney Canada a officiellement inauguré, ce mardi 21 avril 2026, sa nouvelle installation au cœur de la zone Midparc à Nouaceur. Détails.
Article : Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère
Porté par un cuivre désormais autour de 13.100 dollars la tonne sur le LME et plus de 6 dollars la livre sur le COMEX, le secteur minier marocain entre dans une phase d’accélération. Entre la montée en puissance de Tizert, les ambitions de Managem (jusqu’à 182.000 tonnes en 2026) et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux tel KGHM, le Royaume se positionne comme un relais stratégique dans un marché mondial sous tension, où transition énergétique et dépenses de défense redessinent la hiérarchie des producteurs. Décryptage.
Article : Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage
Le groupe OCP met en avant, à l'occasion du 18e Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) qui se tient du 20 au 28 avril à Meknès, sa vision intégrée des systèmes agricoles, illustrant le rôle central du phosphore dans l'articulation entre fertilité des sols, production végétale et alimentation animale.
Article : Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes
Réuni en visioconférence le 21 avril 2026 à l’initiative de Bahreïn, le Conseil ministériel a examiné les répercussions des tensions régionales. De son côté, le Maroc a réaffirmé son soutien aux États concernés et au respect du droit international.
Article : En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises
Paraphé lors d’entretiens avec le ministre de la Justice Gunnar Strömmer et les responsables policiers du pays nordique, le dispositif inclut des canaux rapides de coopération opérationnelle et d’assistance technique.
Article : Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD
C’est l’une des investitures les plus commentées de ce premier round PJDiste. En propulsant Samir Chaouki, journaliste de renom et président du think tank OMEGA, dans la circonscription de Hay Hassani, le PJD envoie probablement, comme il l'avait fait par le passé, un signal d'ouverture. Entre rupture avec les méthodes classiques et volonté de transparence, le candidat se confie à Médias24 sur ce nouveau défi.