Entretien. Mohamed Bachiri. “Dans l’industrie, on doit être conscient que la rentabilité est à moyen et long termes”
En marge de la première Journée nationale de l’industrie, organisée par le ministère de l’Industrie et du commerce et la CGEM à Casablanca le 29 mars, Médias24 s’est entretenu avec Mohamed Bachiri, vice-président du patronat et président de sa commission Innovation et Développement industriel.
Dans un contexte où de plus en plus de filières de multinationales implantées au Maroc sont dirigées par des Marocains, mais où les entreprises à capitaux marocains sont très peu nombreuses à s’intégrer aux écosystèmes automobiles et aéronautiques, l’investissement dans ces secteurs peut être une importante source d’emplois et de valeur ajoutée. Pour Mohamed Bachiri – par ailleurs directeur de Renault Group Maroc et fin connaisseur de cette industrie, où il a effectué une grande partie de sa carrière au Maroc et à l’étranger –, les ingrédients sont là pour ce shift. Encore faut-il, selon lui, raisonner avec une vision entrepreneuriale et industrielle sur le moyen et long terme.
Médias24 : Comment envisagez-vous l’investissement à capitaux marocains dans l’industrie, et plus particulièrement dans le secteur automobile ?
Mohamed Bachiri : Le secteur industriel, comme les autres secteurs, est ouvert à l’investissement des différents acteurs, qu’ils soient à capitaux marocains ou étrangers. Nous avons réalisé d’énormes progrès au cours des vingt dernières années dans l’industrie, et plus particulièrement dans l’automobile.
Nous avons eu besoin d’acteurs étrangers pour nous accompagner, car nous n’avions pas de savoir-faire. Maintenant que nous l’avons, il faut aller chercher les acteurs locaux pour investir dans cette industrie et répondre aux standards internationaux, notamment en termes d’export. Pour renforcer ce capital marocain, il faut d’abord l’engagement, la motivation ; il faut aussi que les investisseurs entrent dans une logique de moyen et long terme. Car dans le domaine de l’industrie, nous ne sommes pas dans une logique court-termiste. Ce sont des investissements lourds, des savoir-faire, des marchés. A la CGEM, on travaille pour développer tout cela avec les divers acteurs.
- Pensez-vous que l’on ait une masse critique de compétences pour partir sur des investissements maroco-marocains, notamment dans l’automobile ?
- Oui, oui, oui ! Le Maroc a beaucoup travaillé au développement des compétences dans l’industrie. Je le vois dans le domaine de l’automobile ; nous avons, hamdoullah, de très très bons ingénieurs-techniciens qui nous accompagnent dans cette filière, que ce soit chez le constructeur ou dans la filière tout entière.
Je n’ai donc aucune inquiétude quant à la disponibilité de ressources humaines de qualité, surtout dans les métiers du futur en lien avec l’industrie 4.0. Je le vois dans l’entreprise dans laquelle je travaille. Nous avons pu développer des automates que l’on achetait auparavant de l’extérieur, avec trois fois moins le coût initial. C’est une grande fierté.
L’autre point que je voudrais souligner, c’est que durant la période du Covid, le Maroc a beaucoup innové grâce à nos ingénieurs-techniciens, notamment sur la partie gestion sanitaire, sur les respirateurs... On a même fabriqué une machine qui produit des masques sanitaires.
- Quels seraient les besoins des constructeurs automobiles qui peuvent être adressés par des entreprises marocaines ?
- On est dans un marché libre, c’est la concurrence. Au final, c’est le client qui choisit son fournisseur. Plusieurs produits peuvent intéresser les entreprises marocaines. Les constructeurs ont déjà organisé des journées portes ouvertes pour présenter les potentialités d’investissement dans le secteur. Elles ont été ouvertes à tout le monde, à la fédération de l’automobile, à l’AMICA... Il y a un potentiel, mais il faut que les entreprises soient motivées et engagées pour entrer dans ces démarches, qu’elles aient le savoir-faire, qu’elles puissent répondre aux cahiers des charges...
- Au niveau du financement, des salariés du secteur peuvent-ils entreprendre des démarches entrepreneuriales avec les nouveaux outils financiers mis à la disposition par l’Etat, comme le Fonds Mohammed VI par exemple ?
- Le financement est important, mais ce n’est pas le plus important. Le plus important, c’est la motivation de l’entrepreneur. C’est le projet. C’est l’idée. C’est le savoir-faire. Après, sur le financement, avec la nouvelle Charte de l’investissement, il y a des choses très intéressantes qui sont proposées, en particulier pour les projets en dehors de l’axe Casablanca-Tanger, afin de drainer les investissements dans les autres régions du Maroc. Nous avons aussi le Fonds Mohammed VI, qui va proposer des choses, de même que le secteur financier qui propose des financements.
Pour moi, le financement est un point important, mais ce n’est pas cela qui fait la différence. C’est d’abord la qualité du projet industriel, l’engagement de l’entrepreneur et le savoir-faire.
Et je le rappelle encore une fois : l’industrie, c’est de la rentabilité sur le moyen et long terme.
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