Au Maroc, certains pollens d’abeilles ont démontré un effet anti-cancéreux significatif (étude)
Une récente étude menée par un laboratoire de la faculté des sciences Dhar El Mehraz de Fès révèle que certains pollens d’abeilles possèdent un réel effet anti-cancéreux, notamment contre le cancer du sein et celui du col de l’utérus.
L’étude a été réalisée par le Laboratoire de Substances naturelles, pharmacologie, environnement, modélisation, santé et qualité de vie (SNAMOPEQ) de la faculté des sciences Dhar El Mehraz de Fès, par la cheffe du laboratoire, le Pr Badiaa Lyoussi, et la chercheuse associée au laboratoire et docteure en biologie, Asmae El Ghouizi, en collaboration avec un laboratoire d’analyses portugais. Elle a été publiée le 13 janvier dernier sur le site de la Bibliothèque américaine de médecine (United States National Library of Medicine).
Cette étude s’inscrit dans le cadre de la standardisation et de la valorisation phytochimique et pharmacologique du pollen d’abeilles marocain, un "produit du terroir à pouvoir thérapeutique méconnu", nous explique le Dr Asmae El Ghouizi.
Un produit riche en antioxydants
Le pollen apicole, dit aussi bee pollen ou pollen d’abeilles, est la semence mâle produite par les étamines des fleurs et collectée par les abeilles.
"A ces grains de pollen collectés, les abeilles y ajoutent leurs propres sécrétions. Ce mélange fait du pollen apicole un produit riche et rempli de molécules bioactives qui lui confèrent un effet thérapeutique", nous explique le Dr Asmae El Ghouizi. C’est justement à ces molécules que l’étude s’est intéressée.
Le laboratoire a sélectionné huit échantillons de pollen prélevés dans différentes régions du Maroc. Cinq sont issus d’une seule fleur (pollen monofloral), tandis que les trois autres proviennent de plusieurs fleurs à la fois (pollen polyfloral). Ci-dessous leur répartition géographique.
| Localisation géographique | Origine florale |
| Larache | Coriandre |
| Khenichat | Choux, moutarde blanche, tamaris, chardon, pissenlits |
| Had Kourt | Scorsonère, petite marguerite, olivier, serpentine, eucalyptus |
| Kénitra | Olivier, tamaris |
| Fès | Ravenelle, moutarde blanche |
| Sefrou | Hélianthème, camomille, salicaire |
| Arfoud | Bugrane épineuse, camomille, chêne |
| Taza | Bugrane épineuse, camomille, chêne |
Source : Laboratoire de substances naturelles, pharmacologie, environnement, modélisation, santé et qualité de vie de la faculté des sciences Dhar El Mehraz de Fès.
L’analyse par la technique HPLC, ou chromatographie en phase liquide haute performance ou haute pression, a révélé la présence de 48 molécules actives. Une molécule active désignant un composé chimique doté d’une activité pharmacologique ou biologique, susceptible d’avoir une utilité thérapeutique.
Un test de pouvoir antioxydant total (TAC) a par ailleurs démontré que l’activité antioxydante des échantillons étudiés était élevée, précise le Dr Asmae El Ghouizi.
Les antioxydants sont nécessaires à notre organisme ; ce sont eux qui neutralisent les radicaux libres, ces molécules instables que notre organisme produit en faible quantité grâce à l’oxygène respiré. Et en faible quantité justement, les radicaux libres participent à lutter contre les virus et les bactéries, alors qu’en surnombre, ils accélèrent la détérioration des cellules.
La quantité d’antioxydants présente dans les échantillons prélevés au Maroc est plus importante que celle découverte dans les échantillons d’autres pays comme le Portugal ou l’Algérie, souligne notre interlocutrice. "Nous possédons les meilleures pollens du continent. Cela revient à la qualité de notre couverture végétale", ajoute-t-elle.
Un effet anti-cancéreux
Le pouvoir antitumoral des huit échantillons du pollen marocain a aussi été examiné. Une analyse in vitro a été réalisée sur des lignées de cellules cancéreuses de l’adénocarcinome gastrique (AGS), l’adénocarcinome colorectal épithélial (CaCo2), le carcinome cervical (cancer du col de l’utérus) (HeLa), l’adénocarcinome du sein (MCF-7), le cancer du poumon à petites cellules (NCI-H460), mais aussi des cellules non tumorales de l’ostéoblastique fœtale humaine (hFOB).
Deux échantillons sur huit ont démontré un effet anti-cancéreux très significatif contre deux types de cancer. Le pollen de coriandre de Larache a ainsi révélé un potentiel effet cytotoxique (qui peut détruire une cellule) contre les cellules cancéreuses du sein. Le pollen d’olivier de Kenitra, lui, a démontré un effet important contre les cellules cancéreuses du cancer du col de l’utérus.
"Il s’agit d’un effet préventif et non curatif", précise le Dr Asmae El Ghouizi qui estime néanmoins que ces résultats sont prometteurs. Ils ouvrent en effet la voie à de nouvelles pistes de recherche pour explorer davantage encore les effets pharmacologiques du pollen d’abeilles marocain.
Deux cuillères de pollen apicole par jour
"Le pollen apicole présente des bienfaits pour la santé que peu de personnes connaissent, indique le Dr Asmae El Ghouizi. Les experts recommandent d’en consommer l’équivalent de deux cuillères par jour à l’état frais".
"Au Maroc, la faible consommation de pollen apicole s’explique par la quasi-absence de sa production. Le miel reste le produit de la ruche le plus exploité par nos apiculteurs. Seuls quelques apiculteurs marocains formés en la matière s’intéressent au pollen d’abeilles et en produisent. Mais là encore, se pose le problème de sa commercialisation puisqu’il n’est pas disponible dans les grandes surfaces", conclut le Dr Asmae El Ghouizi.
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