Les taux de fret maritime chutent et approchent leur niveau d’avant-crise
Les prix du transport maritime de marchandises poursuivent leur tendance baissière. Ils pourraient bientôt atteindre leur niveau d’avant-crise, ou même plus bas en raison de la concurrence. Ces nouvelles sont globalement bien accueillies par les opérateurs.
- Les taux de fret à partir de la Chine vers le Maroc sont entre 5.000 et 6.000 dollars.
- Le Maroc économise 2 milliards de dollars en réserves de devises, rien que sur le coût du fret.
- Les prix des matières premières et des métaux industriels baissent également de 43%.
Les taux de fret maritime continuent de baisser, apprend Médias24 de sources professionnelles. À l’origine de la Chine, le prix se situe actuellement entre 5.000 et 6.000 dollars, selon les armateurs, pour le conteneur de 40 pieds, et à 4.000 dollars pour le conteneur de 20 pieds, contre plus de 18.000 dollars pendant la crise.
La même tendance est observée pour les origines méditerranéennes. Le taux de fret pour un conteneur de 40 pieds de la Turquie, par exemple, tombe à 1.000 dollars, contre 4.000 $ pendant la crise, assure Abdelaziz Mantrach, vice-président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), contacté par Médias24.
La situation revient progressivement à la normale
D’après lui, cette chute devrait se poursuivre jusqu’à revenir aux prix de 2019, soit près de 4.500 dollars pour le conteneur de 40 pieds. Il n’est pas exclu que les prix franchissent même des niveaux plus bas, tirés par la concurrence à laquelle se livrent les armateurs, qui sont actuellement en surcapacité.
Selon Abdelaziz Mantrach, cette baisse s’explique par plusieurs facteurs. Premièrement, la fin du choc de l’offre. L’activité dans les ports s’étant rétablie, et “les armateurs en quête de gigantisme et de leadership” ayant fortement investi dans de nouvelles capacités, la concurrence à laquelle ils se livrent fait que les prix ne peuvent que chuter. Seul élément qui déstabilise encore l’offre : la politique du 'zéro Covid', toujours menée par la Chine, qui cause la fermeture des ports à chaque propagation du virus.
Du côté de la demande également, les choses changent. La forte demande liée à la fin du confinement, et aux primes à la consommation accordées par les pays développés à leur population, s’est estompée. A l'opposé, l’inflation a provoqué une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, laquelle a tiré la demande vers le bas.
Une baisse qui devrait limiter l’inflation importée
C’est donc une bonne nouvelle pour les acteurs économiques. La hausse des prix du transport maritime a été l’une des premières causes du déclenchement de l’inflation. Ceci devrait naturellement stimuler l’activité commerciale.
Toutefois, le taux de change du dollar qui reste élevé et la perte de pouvoir d’achat des consommateurs en raison de l’inflation font que cette baisse aura des effets relativement moins importants sur les prix des produits, note le vice-président de l’ASMEX.
Par ailleurs, Abdelaziz Mantrach fait remarquer que la baisse des prix n’a pas touché seulement le fret maritime, mais également les matières premières, les métaux industriels et certains ingrédients qui entrent dans la fabrication de produits agro-alimentaires. Cette baisse est estimée à plus de 43% selon certaines études.
“D’une part le fret, d’autre part les matières premières qui entrent dans la fabrication industrielle. Ceci va avoir un impact sur l’inflation, mais encore faut-il que les autorités restent vigilantes, et que cette inflation ne devienne pas structurelle. C’est extrêmement important pour l’économie marocaine”, conclut-il.
La baisse des prix du fret va améliorer les réserves en devises du Maroc de 2 milliards de dollars
Contacté par Médias24, Najib Cherfaoui, expert portuaire et maritime, estime que ces changements auront pour effet d’améliorer les relations des commissionnaires de transport maritime avec leurs clients. Ces derniers s’étant habitués aux surprises désagréables, cette fois-ci, ils auront droit au contraire !
Najib Cherfaoui indique également que cette baisse aura un effet positif sur les réserves du Maroc en dollars. D’après lui, pendant la crise, le Maroc versait près de 4 milliards de dollars en coût de fret par an. Ce montant va être réduit de moitié pour revenir au niveau d’avant-crise, c’est-à-dire 2 milliards de dollars. Il est composé de 1,4 milliard de dollars en prix du fret, majoré de près de 600 millions de dollars de surestaries (indemnités causées par les retards de chargement ou de déchargement).
Dans ce sens, notre interlocuteur estime qu’il aurait été possible de réduire davantage cette charge en devises pour l’État marocain si le Maroc avait su garder ses armateurs. Pour lui, laisser tomber des acteurs tels que la Comarit, le groupe IMTC et la Comanav n’a pas été pertinent ; il aurait mieux valu les garder, même déficitaires, plutôt que les perdre.
Enfin, il recommande d'investir dans des navires pour les produits et les lignes qui peuvent présenter un intérêt stratégique ou de souveraineté, comme les pétroliers et les céréaliers vers les marchés principaux du Maroc.
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