Comment les opérateurs marocains veulent profiter du boom de l’industrie textile portugaise
Véritable champion européen de l’industrie textile, le “made in Portugal” renaît de ses cendres. Les opérateurs marocains veulent en profiter, en développant des synergies et un partenariat gagnant-gagnant avec leurs homologues portugais.
Les opérateurs marocains du secteur du textile et de l’habillement veulent renforcer leur partenariat avec leurs pairs portugais afin de bénéficier des opportunités de synergie entre les filières, des deux côtés de la Méditerranée.
Ils pourraient ainsi tirer profit de leur complémentarité. Car les acteurs marocains du textile sont plus compétitifs à l'aval de la filière, notamment dans la confection, alors que les Portugais ont un amont performant, avec de grandes capacités de production - ce qui fait toujours défaut au Maroc.
Dans le but de bâtir les ponts de cette relation, l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) a signé une convention de partenariat avec la Chambre de commerce, d’industrie et des services du Portugal au Maroc (CCISPM), en présence de leurs présidents respectifs, Anass El Ansari et Jose Maria Teixeira, lors d’une cérémonie ce mercredi 21 septembre 2022 à la Casa Moda Academy.
Cette convention prévoit également de relancer le projet de création d’un centre technique au Maroc en partenariat avec les Portugais. Celui-ci proposera des services liés à la certification de produits, au conseil technique et technologique, à la recherche et développement (R&D), à l’innovation, à la formation, à la mode et au design.
“Le Portugal méconnaît encore beaucoup les potentialités du Maroc, et inversement. On a déjà ciblé les étapes à suivre. Si l’on arrive à concrétiser les idées qui sont sur la table, on pourra faire avancer énormément ces potentialités de rapprochement”, a déclaré le président de la Chambre de commerce portugaise.
Anass El Ansari souligne que le choix du Portugal n’est pas un hasard, compte tenu de la façon dont le textile portugais a pu renverser la situation dans laquelle il se trouvait il y a une quinzaine d’années avec la concurrence asiatique, pour revivre un nouvel âge d’or.
Le Portugal a l’un des salaires minimums les plus faibles en Europe, mais il reste trois fois supérieur à celui du Maroc. Quel est le secret de ce miracle portugais ? Pour le président de l’AMITH, il réside dans l’investissement en amont de la filière, qui n’est pas aussi dépendant du coût de la main-d’œuvre que les activités de confection.
La vision de l’AMITH consiste à renforcer les différents maillons de la chaîne de valeur du textile au Maroc, notamment au niveau de l’amont, d’où la volonté de s’inspirer de l’expérience portugaise et de créer un partenariat gagnant-gagnant. De par la proximité géographique, les deux filières pourront facilement s’intégrer l’une à l’autre sans pour autant impacter les délais.
Au micro de Médias24, le président de l’AMITH explique comment les opérateurs de part et d’autre peuvent être complémentaires.
Complémentaires, les opérateurs marocains et portugais ont tout intérêt à s’allier pour renforcer leurs positions
Adil Boudess, secrétaire général de la CCISPM et membre de l’AMITH, a contribué à la mise en place de ce partenariat. A Médias24, il explique que les Marocains, aujourd’hui dépendants des donneurs d’ordre, gagneraient à développer un produit fini pour les marques européennes, au lieu de se charger uniquement de la confection, avec une faible valeur ajoutée.
Or, le Maroc a encore des faiblesses au niveau de l’amont de la filière, y compris dans le design et la R&D. Le Portugal, très performant sur ce segment, dispose de surcapacités de production. "Les Portugais ont besoin des Marocains, comme les Marocains ont besoin des Portugais", précise Adil Boudess.
L’idéal pour lui est de convaincre des opérateurs de l’amont textile portugais de s’installer au Maroc ou d’accompagner des acteurs marocains pour y investir. La Chambre de commerce portugaise va intervenir dans ce sens pour établir les contacts.
D’autre part, le Portugal produit aujourd’hui pour toute l’Europe, notamment parce qu’il maîtrise l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur. Les entreprises portugaises ont besoin de la compétitivité qu’apportent les entreprises marocaines en matière d’assemblage et de confection pour renforcer cette position. Adil Boudess révèle qu’une centaine d’entreprises marocaines sont déjà exportatrices pour des clients portugais, qui livrent le marché européen.
Par ailleurs, les Portugais disposent d’un centre technique de renommée mondiale, SITEV, dont l’AMITH veut s’inspirer. Les Marocains sollicitent également l’accompagnement des Portugais dans la production de tissus techniques (tissus hors habillement), notamment pour le marché de l’automobile.
Les Portugais sont aussi des champions en matière de process de production. “Aujourd’hui, vous pouvez produire un t-shirt en vingt minutes, comme vous pouvez le produire en deux minutes, si vous avez la maîtrise des process et si vous disposez des dernières technologies en termes de machinerie”, souligne-t-il.
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