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Le taux de scolarisation au préscolaire devrait atteindre 76% en 2022-2023 (Aziz Kaichouh)

Le programme de généralisation obéit à la feuille de route 2018-2028. L’objectif fixé pour 2021 a été dépassé.

Le taux de scolarisation au préscolaire devrait atteindre 76% en 2022-2023 (Aziz Kaichouh)

Le 8 septembre 2022 à 19h20

Modifié 8 septembre 2022 à 19h21

Le programme de généralisation obéit à la feuille de route 2018-2028. L’objectif fixé pour 2021 a été dépassé.

  • Le programme de généralisation du préscolaire en est à sa quatrième année.
  • A fin 2021, le taux de scolarisation a atteint 71%.
  • 5.000 salles de classe ont été créées pour la rentrée scolaire 2022-2023 et plus de 8.000 éducateurs ont été formés.
  • Au centre de la stratégie, la formation des éducateurs.

Le programme de développement et de généralisation du préscolaire a été lancé en 2018, avec pour objectif d’atteindre 100% en 2028. Le point sur ce programme avec Aziz Kaichouh, directeur général de la Fondation marocaine pour la promotion de l’enseignement préscolaire (FMPS).

Médias24 : Où en est le Maroc dans son programme de généralisation du préscolaire ?

Aziz Kaichouh : Le déploiement de l’éducation préscolaire se poursuit au Maroc, dans le cadre du plan national de son développement et de sa généralisation. Il suit la feuille de route tracée 2018-2028. Cette année, une nouvelle offre a été affectée, principalement dans le public, par le ministère de l’Education nationale, du préscolaire et des sports, qui crée chaque année des classes de préscolaire dans les écoles publiques primaires.

Nous avons également la troisième phase de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), qui permet de mettre en place des classes dans des endroits où il n’y a pas d’écoles primaires. Ce sont des programmes complémentaires qui servent aussi bien aux enfants des milieux urbains que périurbains.

– À combien s’élève actuellement le taux de scolarisation dans le préscolaire ?

– Pour la rentrée scolaire 2022-2023, environ 5.000 nouvelles classes ont été ajoutées, dont près de 3.000 par le ministère de l’Education nationale et près de 2.000 par l’INDH. Ces salles vont accueillir environ 100.000 enfants à partir d’octobre.

Nous en sommes à la quatrième année du programme de généralisation du préscolaire. Il nous en reste encore six autres, et nous avons déjà dépassé l’objectif fixé pour 2021, qui est de 65% du taux de scolarisation. Cette rentrée, nous prévoyons d’atteindre les 76%, contre 71% l’an passé. Avec les 5.000 nouvelles salles de classe installées cette année, nous pouvons facilement gagner 5 à 6 points.

La dynamique est maintenue par le ministère de l’Education nationale et l’INDH. Nous prévoyons également de mettre en place 5.000 autres salles de classe pour la prochaine rentrée scolaire, le but étant d’atteindre la généralisation attendue en 2028 sur le plan quantitatif. Avec les 100.000 nouveaux élèves qui rejoindront les bancs du préscolaire cette année, nous allons dépasser un million de bénéficiaires.

– À combien s’élève le nombre d’élèves par classe et par éducateur ?

– Ce chiffre varie selon le milieu. Le nombre d’élèves par classe et par éducateur dans le rural est inférieur à celui du milieu urbain. Nous n’avons pas encore les chiffres pour cette rentrée, mais concernant l’année passée, la moyenne se situait entre 18 et 20 élèves par classe et par éducateur. Chaque éducateur prend en charge une salle de classe.

– Quelles sont les nouveautés du préscolaire depuis l’arrivée du nouveau ministre, Chakib Benmoussa ?

– Il y a quatre changements majeurs. Le premier est lié aux éducateurs. Auparavant, le maximum de formation initiale réalisée était de 200 heures par éducateur. Il s’agit du programme mis en place par la fondation, en collaboration avec d’autres organismes de formation.

Avec M. Benmoussa, nous sommes passés à 950 heures de formation initiale cette année, plus six jours de formation continue pour chaque éducateur. Le changement majeur que connaît le préscolaire en lien avec l’éducateur, son profil, ses caractéristiques, ses capacités et ses formations initiale et continue.

Comme nous le savons, les ressources humaines jouent un rôle très important dans l’apprentissage des enfants. On peut avoir une très belle classe, des équipements et des outils pédagogiques de bonne qualité, mais si nous ne disposons pas de bons éducateurs, nous n’aurons aucun résultat.

C’est pour cette raison que la FMPS a été mandatée, cette année, par le ministère de l’Education nationale pour former plus de 8.000 éducateurs qui travailleront dans les 5.000 nouvelles classes, mais aussi d’autres éducateurs qui travailleront dans les associations, ainsi que ceux qui n’ont pas bénéficié d’une formation l’année dernière. C’est une correction de l’existant, et surtout, un changement majeur. Nous sommes en train de préparer des éducateurs avec un bon niveau de formation initiale et de formation continue.

Le deuxième changement qu’a enregistré le préscolaire est relatif à l’encadrement, au suivi et à l’évaluation des éducateurs. Nous n’allons pas les laisser sans supervision ni contrôle. Pour chaque 30 éducateurs, nous avons désigné un superviseur encadrant pédagogique, dont la mission, pendant toute l’année scolaire, est de suivre ces éducateurs et les encadrer. L’objectif n’est pas de dire si un éducateur est bon ou pas, mais de l’accompagner pour qu’il devienne meilleur. Dans le même cadre, un système d’évaluation des compétences des éducateurs a été mis en place par la fondation pour le compte du ministère.

Le troisième élément important est la mise en place d’un dispositif d’évaluation des compétences des enfants. Dans le préscolaire, nous n’avons pas de système d’examens. Chaque enfant est traité de manière individuelle. Il a une trajectoire de progression pédagogique pendant l’année scolaire. Pour l’évaluer, nous avons mis en place un système basé sur des méthodes scientifiques qui nous permettent de mesurer, toutes les deux semaines, l’évolution de l’enfant par rapport à l’ensemble de ses compétences. Ce dispositif est aujourd’hui généralisé à l’ensemble des classes gérées par la fondation. Il le sera ensuite dans tout le préscolaire à l’échelle nationale.

Enfin, le quatrième changement opéré dans le préscolaire après l’arrivée de M. Benmoussa concerne la mise en place d’un dispositif de labellisation, à travers lequel la fondation partagera son savoir-faire avec des associations locales. Celles-ci n’ont pas la possibilité d’investir dans les différents types de qualité. L’idée de ce dispositif est donc de permettre à tous les acteurs, sur le territoire national, d’être accompagnés pour améliorer l’ensemble de leurs outils de travail sur le plan administratif et pédagogique, mais aussi en termes d’encadrement des éducateurs.

A travers ces quatre éléments, le préscolaire est en train de subir des changements majeurs qui vont impacter l’apprentissage des enfants.

Par ailleurs, le ministère de l’Education nationale et du préscolaire a confié à la FMPS la gestion de 70% du préscolaire du public au Maroc. Une convention-cadre a été signée en 2022 dans ce sens entre la fondation, le ministère de l’Education et celui des Finances, en vertu de laquelle les quatre éléments cités précédemment nous ont été confiés.

Il s’agit de la nouvelle architecture du préscolaire. Au sein de la fondation, nous avons démarré avec la formation parce qu’il fallait former les éducateurs avant la rentrée. A fin septembre, la majorité des éducateurs auront complété leur formation et rejoindront les salles de classe en octobre. Les autres éléments sont en cours, notamment le dispositif de labellisation. Les études sont, elles aussi, en cours afin de finaliser et de lancer ce dispositif d’ici un ou deux mois.

– Quelle est la pédagogie en vigueur dans le préscolaire au Maroc ?

– En 2018, le ministère de l’Education nationale et du préscolaire a sorti le cadre curriculaire du préscolaire. Avant cette date, chacun faisait ce qui lui convenait. Le ministère n’avait pas d’outil qui encadrait le volet pédagogique. Cette même année, afin d’accompagner le lancement du programme de généralisation du préscolaire, le ministère a sorti un cadre circulaire. Ce dernier a permis à l’ensemble des éditeurs de collections de préscolaire d’être encadrés.

Suite à cela, le ministère a incité ces éditeurs à déposer leurs collections pédagogiques pour qu’elles puissent être autorisées. En 2019, quatre collections ont obtenu l’autorisation du ministère, dont une de la FMPS, intitulée “Idées et créativité”. Une dizaine de collections ont ensuite été autorisées en 2020, puis une vingtaine en 2021.

En 2023, le ministère pourrait mettre à jour son cadre curriculaire du préscolaire. Les éditeurs devront ainsi suivre, pour autoriser leurs collections.

– Vous avez annoncé un programme de formation d’environ 8.000 éducateurs pour cette rentrée. Quelle en est la nouveauté ?

– Le volume horaire est passé à 950 heures pour la formation initiale. L’architecture même de la formation a été revue, notamment en termes de contenu. La formation est plus pointue, avec un contenu dédié aux connaissances, mais aussi un grand volet pour les travaux pratiques et une mise en situation presque réelle pour les éducateurs.

Comme nous procédons à des recrutements en masse, ce sont des milliers de personnes qui sont formées. Avant, les acteurs du préscolaire et les associations recrutaient en fonction de paramètres très faibles. Aujourd’hui, nous sommes en train de mettre en place un métier d’éducateur du préscolaire.

– Quels sont les retours d’expérience depuis le démarrage du programme de généralisation du préscolaire ?

– D’un point de vue scientifique, on ne peut pas avoir de retour dans l’immédiat. C’est en quelque sorte là que réside la difficulté des décideurs dans le secteur. Ils doivent prendre des décisions pour impacter le futur alors qu’il est déjà difficile d’évaluer le présent. Mais comparé aux autres systèmes éducatifs du préscolaire dans des pays développés, je pense que nous avons fait un pas très important.

Dès sa prise de fonction en octobre dernier, M. Benmoussa a abordé le dossier du préscolaire de manière très sérieuse et professionnelle. D’ailleurs, les résultats commencent à être visibles. En tant que professionnels du préscolaire, nous sommes confiants quant à l’avenir.

– Comment la FMPS a-t-elle préparé la rentrée 2022-2023 ?

– En général, la rentrée scolaire se prépare au moins une année à l’avance. Nous connaissons les plannings prévisionnels. A partir du mois d’octobre, nous commencerons à préparer la rentrée scolaire 2023-2024.

Recruter des éducateurs nécessite un long processus. Nous devons également réaliser l’ensemble des achats en lançant des appels d’offres. Nous avons des délais de fabrication à respecter et des délais d’achats. La vérification de l’ensemble des outils pour pouvoir travailler prend du temps également.

La préparation de cette rentrée scolaire 2022-2023 a été entamée il y a plus d’un an. Nous avons pu recruter les éducateurs qu’il faut et les former à temps, mais aussi réaliser les achats nécessaires. Les classes ont été alimentées vers les mois de juin et juillet. Les fournitures, quant à elles, ont été vérifiées au niveau de la centrale d’achat vers le 25 août, puis acheminées vers les salles de classe.

Les ressources humaines, l’achat et la logistique, ainsi que l’inscription des enfants, sont lancés en parallèle pour pouvoir préparer une bonne rentrée scolaire.

– Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle année ? Et pour les années à venir ?

– Le principal objectif de la FMPS est de se maintenir en tant qu’acteur majeur du préscolaire au Maroc, d’investir encore plus dans la qualité de l’éducation et des ressources humaines, ainsi que dans le processus de travail. C’est notre but ultime afin de pouvoir être à la hauteur des ambitions du Roi Mohammed VI. Les enfants marocains méritent d’avoir un préscolaire de qualité, aussi bien dans le milieu urbain que rural.

– Quels sont les principaux défis du préscolaire au Maroc ?

– Notre principal défi est la ressource humaine en plus des difficultés géographiques. Quand on parle du rural, on parle du rural reculé, difficile à encadrer, à superviser et à suivre. Nous avons également le défi de la qualité.

– Quelles sont les actions à mettre en place afin de généraliser l’enseignement préscolaire au Maroc ?

– Sur le plan quantitatif, il faudra maintenir le cap. Rester concentré sur les prévisions et la planification et identifier les endroits où nous avons encore des enfants non scolarisés pour prévoir les classes nécessaires pour les accueillir.

Sur le volet qualitatif, il faut maintenir le cap pour pouvoir agir sur l’ensemble des ingrédients de la qualité (pédagogie, ressources humaines, financement, gouvernance…). La qualité est évaluée dans le temps. S’il n’y a pas de qualité dans le préscolaire, mieux vaut ne pas en faire. Car la qualité impacte les années futures. Comme je l’ai expliqué, l’effet du préscolaire n’est pas immédiat ; il n’est visible que quatre ou cinq ans après.

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