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Les nouveaux canaux technologiques, principale explication de la hausse des transferts des MRE

La hausse des fonds transférés par la diaspora marocaine vers le Royaume en 2021 a fait l’objet d’un débat organisé ce jeudi 16 juin à Casablanca, à l’occasion de la journée internationale des transferts de fonds familiaux. Des recommandations ont été proposées en vue d’une croissance durable.

Les nouveaux canaux technologiques, principale explication de la hausse des transferts des MRE

Le 17 juin 2022 à 9h24

Modifié 17 juin 2022 à 13h59

La hausse des fonds transférés par la diaspora marocaine vers le Royaume en 2021 a fait l’objet d’un débat organisé ce jeudi 16 juin à Casablanca, à l’occasion de la journée internationale des transferts de fonds familiaux. Des recommandations ont été proposées en vue d’une croissance durable.

Les fonds envoyés par les Marocains résidant à l’étranger (MRE) représentent la première ressource financière extérieure du Maroc. Jusqu’en 2020, la progression des transferts d’argent des MRE vers le Royaume se situait en moyenne autour de 5% par an.

Mais l’année 2021 a été marquée par une hausse spectaculaire. Les 93 MMDH de fonds transférés correspondent à une augmentation de l’ordre de 36,8% par rapport à 2020 (68 MMDH).

Les facteurs à l’origine de cette hausse ont été au cœur d’un débat organisé par H2O hub et Cap Unlimited, ce jeudi 16 juin à Casablanca, en présence de plusieurs acteurs gouvernementaux, accompagnés de représentants d’institutions financières.

Des pistes et recommandations ont été avancées pour que les hausses enregistrées en 2021, mais aussi au premier trimestre de 2022 (8,7%), soient durables. Ces recommandations, dont l’inclusion financière, devraient être présentées au ministère des Affaires étrangères.

La crise sanitaire a favorisé le circuit formel

« Les études empiriques ont montré que la croissance des fonds transférés par les diasporas étrangères est généralement provoquée par des crises (politiques, financières…) ; soit dans le pays d’accueil, soit dans le pays d’origine », a déclaré Laïdi El Wardi, vice-président de la 13e région des Marocains entrepreneurs du monde de la CGEM-MeM.

La hausse enregistrée en 2021 serait donc due à la crise sanitaire du Covid-19. Mais en partie seulement. Si l’on met de côté la solidarité familiale, qui n’est pas spécifique à cette période, les explications sont multiples :

– des fonds supplémentaires issus de l’épargne et des aides financières qui ont été accordées par plusieurs Etats européens à leurs citoyens ;

– la crainte provoquée par les discours de taxation des transferts émis lors des campagnes électorales européennes ;

– une reprise des investissements des MRE à cause d’une conjoncture peu dynamique dans les pays de résidence.

Hazim Sebbata, président de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP), a mis en avant la traçabilité des transferts. « Les fonds envoyés par les MRE sont davantage passés par les canaux formels et sont donc devenus traçables. »

Pendant la crise sanitaire, le circuit formel représentait en effet l’unique canal de transfert d’argent vers le Maroc, à cause notamment des restrictions de voyage. Cette formalisation des flux a concerné les circuits bancaires à hauteur de 30%, ainsi que les organismes de transferts de fonds.

Réduction des coûts de transferts 

Contre toute attente, les transferts d’argent de MRE ont poursuivi leur hausse lors du premier trimestre de 2022. Une augmentation de 8,3% (22,9 MMDH) contre 21,1 MMDH en 2021. Le mois de mars 2022 a d’ailleurs été marqué par un bond de 26,5% par rapport à mars 2021.

Cette tendance peut-elle être durable ? « Nous envisageons qu’une partie des flux réintégrera le circuit informel », prédit Hazim Sebbata. « Mais nous pensons qu’une grande partie des transferts de fonds passera par le circuit formel car les MRE ont été séduits par la fluidité et l’instantanéité de la digitalisation. »

Une prédiction aux allures d’ambition, dont la réalisation est dépendante de plusieurs facteurs. En l’occurrence, la baisse des coûts de transfert, qui se situent actuellement autour de 6%. « Il est possible de diminuer ce taux à 3% », a annoncé Laïdi El Wardi.

Comment ? En digitalisant non seulement le transfert, mais aussi le cash-in et le cash-out. Autrement dit, il faudrait que l’émetteur passe par le digital pour envoyer les fonds. Idem pour le récepteur. Cela réduirait ainsi les prix des transferts tout en augmentant la bancarisation.

De son côté, Abdelkrim Belguendouz, professeur universitaire et chercheur en migration, a souligné que face à un probable tarissement des MRE à l’avenir et un attachement moins fort des nouvelles générations envers le Royaume, « il faudrait renforcer les liens qui les unissent au Maroc ».

Il propose « d’intégrer les MRE à la vie sociale et politique marocaine, mais aussi d’instaurer des mesures incitatives pour qu’ils investissent encore plus dans le pays ». Une vision partagée par Aziz Senni.

Le président d’Impact Real Estate, une société d’investissement implantée à Paris, estime que le profil des MRE est en pleine mutation. « La diaspora marocaine a évolué socialement », observe-t-il. « En ce sens, il serait judicieux de proposer des investissements non seulement dans l’immobilier, qui est une valeur refuge, mais aussi dans des secteurs où l’investissement aurait une valeur ajoutée sociale », explique-t-il.

Pour l’heure, « 80% des transferts des MRE sont destinés à la consommation, 15% à l’investissement immobilier et seulement 5% sont investis dans des projets rentables », a informé Karim Amor, président de la 13e région des Marocains entrepreneurs du monde de la CGEM-MeM.

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