Tests Covid : les marges des laboratoires analysées par le Conseil de la concurrence
Selon une étude du Conseil de la concurrence relative à l'analyse et au suivi de l'évolution de la situation du marché des tests Covid, les marges restent confortables, malgré l'intervention de l'Etat pour fixer les prix à des niveaux plus bas que ceux pratiqués au début de la pandémie.
Les marges bénéficiaires des tests Covid-19 restent importantes, malgré la fixation des prix par l’Etat. Voici l'une des principales conclusions de l’analyse du fonctionnement concurrentiel du marché des tests Covid-19 effectuée par le Conseil de la concurrence.
L'étude publiée ce vendredi 27 mai analyse l’aspect concurrentiel du marché des intrants, de leurs sources d’approvisionnement et de leurs circuits de distribution.
Elle a montré que "les laboratoires privés continuent de réaliser des marges bénéficiaires confortables en dépit de la fixation des prix par l’Etat. Ces marges varient en fonction de la taille du laboratoire, du nombre de tests réalisés et du choix d’investissement adopté pour chaque laboratoire", conclut le Conseil.
Après plusieurs mois où le tarif d'un test PCR oscillait entre 600 et 800 DH, le gouvernement est intervenu en septembre 2021 pour fixer les prix par catégorie :
- PCR classique : 400 DH.
- PCR rapide : 600 DH.
- Antigénique : 200 DH.
- Sérologique : 120 DH.
Les calculs réalisés par les services d’instruction du Conseil ont permis de constater que les résultats nets annuels des laboratoires privés (uniquement par l'activité PCR) peuvent varier de plus de 952.000 dirhams, si le laboratoire ne réalise que la prestation de PCR conventionnelle, à plus de 1,7 MDH en cas de réalisation simultanée de tous les types de tests.
Calcul estimatif des possibles marges bénéficiaires générées par la prestation des tests de diagnostic du Covid-19 (en DH HT)
|
Type de test |
Marge bénéficiaire moyenne/test |
moyenne de tests/jour |
moyenne de tests/mois |
Profit net sur une année |
|
PCR conventionnelle |
63,5 |
50 | 1.250 | 952.500 |
|
PCR rapide |
39,45 | 25 | 625 | 295.875 |
|
Antigénique |
51 | 25 | 625 | 382.500 |
| Sérologique qualitatif/quantitatif | 13,5 | 25 | 625 | 101.250 |
| Sérologique automatisé | 42,5 | 25 | 625 | 318.750 |
| TOTAL | 1.732.125 | |||
Dans son rapport, le Conseil signale que le calcul du prix de revient reste sous-estimé, dans la mesure où les charges communes (personnel, amortissement, équipements, charges divers...) ayant été comptabilisées pour chaque type de test n’ont pas été réparties par type de test, faute de clé de répartition adéquate.
De plus, de l’avis de certaines sociétés auditionnées, "certains laboratoires privés ont dégagé des marges encore supérieures, en optant pour des réactifs moins chers et des équipements de diagnostic, des fois gratuits, accordés dans le cadre des négociations d’achat avec certains importateurs".
Le Conseil de la concurrence tranche donc une fois pour toutes sur la question des marges réalisées par les laboratoires privés en les jugeant "confortables" et "élevées", contrairement à ce que cherchaient à véhiculer les opérateurs en affirmant qu'à 400 DH, ils opéraient à perte.
Un marché avec plusieurs contraintes à la concurrence
Dans son analyse du marché, le Conseil de la concurrence relève également d'autres problématique qui entravent le jeu concurrentiel.
>> Un système national de santé dépendant des chaînes de production et d’approvisionnement mondiales
Le Maroc ne dispose pas d’une industrie nationale, à grande échelle, des réactifs et des équipements nécessaires au diagnostic. Le pays compte à peine trois fabricants au niveau national. "Cette situation a eu comme conséquence, d’une part, la rupture d’approvisionnement au cours des périodes de pics record et, d’autre part, l’augmentation des prix de certains produits, notamment des réactifs de tests de diagnostic, ce qui explique en partie la réticence de certains laboratoires privés à intégrer le réseau de diagnostic du Covid-19."
>> Un cadre législatif entravant la mise sur le marché des réactifs des tests de diagnostic du Covid-19, de manière accélérée
Au cours de la pandémie, la mise sur le marché des réactifs des tests de diagnostic du Covid-19 a été entravée par certains dysfonctionnements.
Il s’agit principalement des retards enregistrés au niveau de la procédure d’octroi des certificats d’enregistrement des réactifs de tests Covid-19, ou par rapport à la déclaration des établissements auprès du département chargé de la santé en tant que société importatrice de réactifs.
Le cadre législatif actuel a également suscité de vives critiques ayant trait à l’absence d’une procédure réglementaire claire pour les nouveaux réactifs produits localement.
>> Un marché d’importation de produits de tests Covid-19 fortement concentré
L’étude a permis de constater que la structure de marché d’importations des réactifs de tests Covid-19 demeure relativement concentrée au niveau d’un nombre limité d'opérateurs. La société leader Masterlab a ainsi accaparé une part prépondérante, passant de 25% en 2020 à 39% en 2021 concernant les tests à base de PCR.
Quant aux tests antigéniques et sérologiques, la société IM Alliance a enregistré une part de marché passant de 73% en 2020 à 86% à fin octobre 2021, soit une évolution de 4%.
Le marché des instruments et équipements de diagnostic est aussi marqué par une forte concentration ; un noyau restreint de 13 sociétés totalise une part de marché de près de 55% en 2020 et de 53% à fin octobre 2021.
Ce que recommande le Conseil de la concurrence
Partant de son analyse, le Conseil de la concurrence présente un certain nombre de recommandations :
1. Atténuer la dépendance du marché national à l'égard des chaînes d’approvisionnement mondiales en matière de réactifs de diagnostic du Covid :
- Définir un cadre législatif de référence pour la mise sur le marché de réactifs « 100% marocains ».
- Favoriser davantage l’innovation dans l’industrie de tests de diagnostic.
- Encourager la consommation de réactifs fabriqués localement.
2. Soutenir l’amont du marché des tests de dépistage du Covid-19
- Adapter la procédure d’approbation des réactifs et des dispositifs médicaux en lien avec le diagnostic du Covid à la situation d’urgence sanitaire.
- Rendre publique la liste des réactifs autorisés pour la mise sur le marché national.
- Mettre à jour et opérationnaliser la plateforme de soumission des demandes d’enregistrement.
- Accélérer la mise en place de l’Agence nationale du médicament et dispositifs médicaux.
3. Améliorer les conditions d’accès au réseau de diagnostic du Covid-19 pour encourager les laboratoires sur l’ensemble du territoire national
- Améliorer les conditions d’accès au marché.
- Réexaminer les barrières légales et réglementaires dont certaines demeurent inappropriées.
- Sécuriser l’approvisionnement des laboratoires privés d’analyses de biologie médicale.
4. Développer de nouveaux leviers pour améliorer la situation de la concurrence dans le marché des tests de dépistage du Covid-19 :
- Moduler la prise en charge des frais des tests Covid selon des critères à fixer au préalable.
- Repenser le régime fiscal appliqué au marché des réactifs et dispositifs médicaux nécessaires au diagnostic en cas de crise.
- Publier les prix des tests pratiqués par les entités autorisées pour le diagnostic du Covid-19.
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