Où en est l’investissement dans les cryptomonnaies au Maroc ?
L’usage mondial de l’argent numérique ne cesse de croître, et le Royaume est loin de déroger à ce constat. Où en est la cryptomonnaie au Maroc ? Médias24 apporte quelques éléments de réponse.
En 2021, le Maroc a été classé 24e utilisateur mondial de cybermonnaie, d’après le Global Cryptocurrency Adoption Index réalisé par Chainalysis, une plateforme fournissant de la data en relation avec la blockchain, le moteur technologique de la cryptomonnaie.
Selon une étude réalisée en 2021 par la société de paiements cryptographiques Triple A, le Royaume a enregistré un volume d’échanges de bitcoins (l’une des cryptomonnaies les plus courantes) chiffré à six millions de dollars – le plus élevé d’Afrique du Nord. Il s’est ainsi placé en 4e position sur le continent africain, derrière le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Kenya.
La dernière mise à jour, fournie par Coin.dance, un portail spécialisé dans les statistiques de bitcoin, date du 14 mai 2022. Elle montre que le volume hebdomadaire d’échanges de bitcoins s’est élevé à 1.143.660 DH.
Selon Badr Bellaj, directeur des nouvelles technologies chez Mchain, une entreprise développant la technologie blockchain au Maroc et en Afrique, la véritable estimation de ces échanges serait le double, si ce n’est le triple, du montant précité.
Sur 10.000 individus, 21% seraient détenteurs de cryptomonnaies
Sur un échantillon de 10.000 personnes, 21% seraient détentrices de cryptomonnaies, d’après une récente enquête réalisée par Mchain et dont les résultats ont été révélés en primeur à Médias24 ; cet échantillon étant représentatif de la population marocaine âgée de 18 ans et plus.
L’enquête indique par ailleurs que 63,36% des personnes sondées connaissent les cryptomonnaies, dont 8,32% auraient au moins entendu parler de l’argent numérique.

Source : Mchain
Sur les 21% détenteurs de cryptomonnaies, 57,35% ont déclaré avoir investi moins de 10.000 DH dans ces crypto-actifs ; 32,64% ont réalisé des investissements variant entre 10.000 et 100.000 DH, tandis que 5,8% ont investi entre 100.000 et 500.000 DH. Les investissements de plus de 500.000 DH représentent 4,2%, indique encore l’enquête réalisée par Mchain.

Source : Mchain
Les investisseurs sont en majorité des jeunes
Dans le détail, ce sont les particuliers qui investissent dans l’argent numérique, tandis que les entreprises marocaines privilégient l’investissement dans la technologie supportant ces crypto-actifs (blockchain), nous explique Badr Bellaj.
Au Maroc, les investisseurs dans les cryptomonnaies sont majoritairement des jeunes âgés en moyenne entre 20 et 30 ans, poursuit notre interlocuteur. Il s’agit généralement de pratiquants du e-commerce ou du trading qui optent pour la cryptomonnaie car elle permet un mode de paiement facile et accessible à tous.
En effet, l’argent numérique fonctionne de manière décentralisée. Autrement dit, sans aucune autorité pour l’émettre, le réguler ou le contrôler – à travers le régulateur –, ni intermédiaires assurant ses transactions – les banques. En optant pour la cryptomonnaie, ses utilisateurs évitent ainsi le processus classique des transactions, jugé très long et contraignant, précise Badr Bellaj.
Des investissements pas toujours aisés
Il faut dire aussi que les transactions en monnaie virtuelle continuent de remporter un grand succès malgré leur interdiction formelle au Maroc. La réticence des institutions financières marocaines n’a effectivement pas empêché la prolifération de ces investissements dans le Royaume, constate Badr Bellaj.
"On pourrait même parler d’un effet boomerang. Or, depuis la mise en garde formulée en 2017 par Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine du marché des capitaux sur les risques associés à l’utilisation des monnaies virtuelles, l’investissement dans ces dernières ne cesse d’exploser", relève-t-il. Des investisseurs auraient même quitté le Maroc et se seraient installés dans des pays où ces monnaies sont reconnues légalement afin d’y poursuivre leurs investissements, ajoute notre interlocuteur.
Les jeunes investisseurs ne semblent pas non plus contrariés par la volatilité de la cryptomonnaie. Pour notre expert, non seulement cette catégorie de personnes a conscience des risques liés à de tels investissements – qui comprennent notamment une absence de protection du consommateur et une faible convertibilité –, mais c’est justement cette volatilité qui les pousse à investir en premier lieu. Or, pour la grande majorité d’entre eux, la baisse de la valeur des actifs représente une occasion d’investir, dans l’espoir d’une remontée des cours.
La mode des NFT
De plus en plus de Marocains choisissent d’investir dans les NFT (Non fungible token ; en français : jeton non fongible), observe Badr Bellaj. Le NFT est un identifiant numérique unique et inviolable qui permet d’authentifier un fichier numérique (image, photo, vidéo, etc.). Un NFT peut revêtir d’infinies formes telles qu’une œuvre d’art, un single ou encore un simple mème.
Pour notre expert, l’investissement dans les NFT, au Maroc comme ailleurs, ne représente qu’une mode passagère qui, selon lui, finira par disparaître dans les années à venir.
"Investir dans les NFT s’avère également risqué par rapport à l’investissement dans la cryptomonnaie qui, contrairement à ces derniers, ne peut en aucun cas être dupliquée", poursuit Badr Bellaj.
Autre écueil : dans la pratique, les plateformes de NFT vérifient rarement si les émetteurs de jetons renvoyant à une œuvre sous-jacente en possèdent la propriété intellectuelle, en tant qu’auteurs ou licenciés. De nombreuses violations du droit d’auteur peuvent alors résulter de cette absence de contrôle, conclut Badr Bellaj.
à lire aussi
Article : Législatives : le PAM mise sur la continuité et les ralliements pour améliorer son score
La direction du PAM a dévoilé lors d’une réunion de son Conseil national, une liste de candidats combinant des ministres et élus sortants, deux ralliements de premier ordre qui ont rejoint son bureau politique avant de présenter les grandes orientations de son programme.
Article : TVA intérieure. Pourquoi le taux d’exécution net recule à 38,5% à fin juin
À fin juin 2026, la TVA intérieure affiche un taux d’exécution net de 38,5%, contre environ 45% un an auparavant. Cette baisse ne traduit pas un affaiblissement du recouvrement brut, qui continue de progresser. Elle s’explique essentiellement par l’accélération des remboursements de TVA, dont le montant avait déjà dépassé la prévision inscrite dans la loi de finances.
Article : Administration : pourquoi les réclamations des citoyens continuent d'exploser
Institution chargée de la médiation entre les usagers et l'administration, le Médiateur du Royaume a enregistré une hausse de 25% des saisines en 2025. Son rapport annuel met en évidence les dysfonctionnements qui continuent de compliquer les relations entre l'administration et les citoyens.
Article : Dépôts à terme : est-il encore intéressant de bloquer son argent pendant un an ?
La rémunération moyenne des dépôts à terme atteint 2,60% à douze mois, contre 2,16% à six mois en mai 2026. Alors que leurs encours reculent malgré la hausse globale des dépôts bancaires, le compte sur carnet et les OPCVM monétaires offrent des solutions plus liquides.
Article : Fouzi Lekjaa et Ynja Khattat rejoignent officiellement le PAM (vidéo)
La réunion du Conseil national du PAM, ce samedi matin 25 juillet 2026 à Salé, a vu la présence officielle et soulignée, de Fouzi Lekjaâ et de Yanja Khattat.
Article : Mohamed Tozy : “Les Marocains font de la politique, mais ailleurs”
EXCLUSIF. Invité du "12/13" de Médias24 à deux mois des législatives, le politologue explique pourquoi l’abstention ne signifie pas la fin du politique. Territoires, associations, ultras, élus locaux... il montre où se déplacent les mobilisations et ce que les partis ne captent plus.