Comment dynamiser l’écosystème des startups tech selon Meriem Zairi

B.B | Le 26/4/2022 à 20:31
Le monde du numérique a pris un tournant depuis l’émergence de la crise sanitaire au Maroc et les startups tech bénéficient d’une bonne conjoncture. Mais l’écosystème connaît encore des carences fortes. Meriem Zairi, managing director du fonds Seaf Morocco livre sa vision des actions à mettre en place pour dynamiser le secteur tant sur le volet de l’accès aux talents que sur la fiscalité et le renforcement de l'accès financement.

La crise sanitaire survenue il y a deux ans a permis de catalyser certaines activités numériques, mais également de faire prendre conscience de leur importance dans le paysage économique.

Depuis l’éclatement de la pandémie, les professionnels du secteur ont témoigné d’une amélioration des profils des entrepreneurs dans l’industrie. Ayant été obligés de s’adapter aux aléas de la crise, les entrepreneurs les plus agiles ont pu survivre et faire perdurer leur activité. Certains se sont d’ailleurs servis de la crise et ont profité du besoin croissant de services numériques.

Cependant des faiblesses persistantes dans l’écosystème des startups numériques sont toujours là. En 2019 déjà, peu avant les assises de la fiscalité, la CGEM avait proposé une série de mesures fiscales et d’accompagnement visant à faire décoller les startups marocaines et faciliter la naissance de l’écosystème.

Différentes propositions avaient été émises notamment concernant le plafonnement de l’IR sur les salaires au taux de 20% libératoire ou encore l’instauration d’un crédit d’impôts. Reléguée au second plan par la crise sanitaire, la situation n’a toujours pas évolué aujourd’hui. D’autres problématiques majeures pourraient être levées. Contactée par LeBoursier, Meriem Zairi, Managing Director du fonds d’investissement Seaf Morocco décrypte les différents leviers à actionner pour dynamiser l’écosystème.

Les entrepreneurs peinent à trouver des talents faute de formation adaptée

Malgré le fait que peu de choses aient bougé depuis les dernières revendications, notre interlocutrice reconnaît que « la conjoncture est désormais plus favorable. Nous avons des gens face à nous qui sont plus à l’écoute des problématiques spécifiques de la startup ou de l’innovation en général ».

Pour Meriem Zairi, l’un des chantiers fondamentaux à mener concerne celui de la formation et de la création de ressources qualifiées pouvant contribuer au développement de l’écosystème. « Le pilier même d’un écosystème innovant performant, c’est d’abord les talents » explique-t-elle. Pour elle, cela se doit d’être réalisé par une forte synergie public-privé pour mener à bien cette mission.

Car si l’entrepreneuriat dans le domaine tech a été boosté par la crise, le recrutement des salariés dans le milieu technologique tel que les développeurs, data analystes, ou data scientists est un véritable casse-tête qui freine le développement. « Il faudrait massifier la production de talents dans le secteur du numérique. Tant que ce vivier ne sera pas là en quantité et qualité, un frein majeur sera toujours persistant. Il est triste de voir des startups performantes avec un vrai marché, faire face à des difficultés monstres de recrutement au Maroc. Ils font parfois appel à des développeurs étrangers basés en Asie, ce qui est une aberration » déplore notre interlocutrice.

Qui plus est, le Maroc dispose d’une carte à jouer pour satisfaire son marché mais également devenir un hub pour les écosystèmes plus matures à la recherche de talents. « Il faut voir comment ça se passe dans les écosystèmes évolués sur le sujet des recrutements de talents. C’est une guerre, au vrai sens du terme. Devenir une terre de talents est un enjeu fondamental car pour ces gens-là, le Maroc détient une proximité culturelle, géographique, et une bonne qualité de ressource. Nous n’en produisons juste pas assez et pas dans les profils hautement recherchés aujourd’hui » explique Meriem Zairi.

L’un des autres points cruciaux à améliorer pour faciliter l’émergence de l’écosystème est l’argument fiscal.

Des efforts dans les aides et incitations fiscales pour dynamiser l’écosystème

L’un des leviers qui reste à améliorer concerne, pour notre interlocutrice, la fiscalité du travail. Lors des assises de la fiscalité en 2019, la CGEM avait poussé différentes mesures, notamment plafonner l’IR sur les salaires au taux de 20%, libératoire pour les recrutements durant les 3 à 5 ans suivant le démarrage de l’activité, exonérer les indemnités de stage d’IR et instaurer un abattement/exonération sur les stock-options des fondateurs de startup.

« Même s’il y a des efforts enregistrés, il y a un énorme travail qui reste à faire. En France, par exemple, si vous avez le statut de jeune entreprise innovante, vous ne payez pas de charges sociales. Les équipes de R&D y sont également totalement financées. Nous n’avons pas de cadre incitatif clair » explique Meriem Zairi. Un effort avait été observé sur la fiscalité de l’investissement il y a quelques années où le plafond de la prise de participation ouvrant droit à la réduction d’impôt est passé de 200.000 dirhams à 1 million de dirhams.

D’autres aides peuvent être mises en place pour faciliter l’aspect opérationnel des jeunes entreprises, parfois confronter à des barrières basiques au quotidien. « Au jour le jour, quand vous expliquez à ces startups qu’ils ne peuvent pas payer leur Facebook Ads car ils sont des limitations de dépenses à l’international en devises, c’est assez difficile à entendre » explique Meriem Zairi.

Au-delà de l’incitation fiscale, les aides de l’Etat peuvent aussi passer par l’accès aux décideurs publics. « Il y a un manque de crédit impôt recherche, mais également un manque d’accès à la commande publique. L’un des plus gros donneurs d’ordre sur les sujets d’innovation et de digitalisation reste l’Etat. Si ces startups n’ont pas accès à ces marchés-là parce qu’elles sont disqualifiées juste sur le dossier, nous n’y arriverons pas » explique la gestionnaire de Seaf Morocco.

Une amélioration de la chaîne de financement a été réalisée

Alors qu’elle a été un bémol durant de nombreuses années, l’amélioration de l’accès au financement a été perceptible durant les dernières années. Pour notre interlocutrice, la chaîne du financement devient de plus en plus cohérente. « Il y a des programmes de financement qui ont été lancés et qui permettent un meilleur accès aux ressources financières et ce, sur les différents stades de vie de la startup » explique-t-elle.

Au Maroc c’est sur la partie pré-seed et seed qu’il y a une offre consistante avec de nombreux acteurs positionnés sur ce segment. « C’est un segment important qui est plus risqué et chronophage, donc il y a un enjeu majeur à consolider les entreprises correctement à ce stade et d’avoir des programmes de qualité dans l’accompagnement » explique notre interlocutrice. Désormais, l’effort doit être mis sur le continuum d’investissement et d’accompagnement après la série A.

« Le travail que nous avons fait à l’échelle du fonds, est de se focaliser sur la pré-série A, qui correspond à des montants d’investissements entre 7 et 15 MDH, parce que jusque-là il n’y avait pas de série A au Maroc pour être honnête. Aujourd’hui cela commence à être plus abouti » explique notre interlocutrice.

L’idée est donc de renforcer l’accompagnement du financement de l’idée jusqu’à la série A. « Aujourd’hui, c’est là que la valeur va commencer à se créer, c’est là que la startup va scaler. C’est dommage que l’on ne puisse pas conserver un continuum de financement marocain car si un investisseur étranger se charge de ce round, le focus marocain sera dilué » conclut-elle.

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