Équité des genres : zoom sur le syndrome de l'imposteur chez les femmes avec We4She
Le syndrome de l'imposteur est un sentiment qui concerne beaucoup plus les femmes que les hommes, surtout en milieu professionnel. Qu'est-ce que ce syndrome ? D'où vient-il ? Et comment y faire face ?
We4She a lancé le 8 mars dernier "Moussawat", une campagne de sensibilisation visant à améliorer la représentation des femmes en entreprise. Cette campagne comprend trois capsules, dont la première traite du syndrome de l'imposteur chez la femme en entreprise.
Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur ?
Très répandu, le syndrome de l'imposteur donne à celui qui le vit le sentiment de ne pas mériter la place qu'il occupe, dans la vie en général comme en entreprise. Ce qui peut pousser le salarié à travailler excessivement, par exemple.
"Le sentiment de l'imposture donne à l'individu l’impression de tromper son entourage, de ne pas se sentir à la hauteur et de ne pas mériter sa situation. Une situation qui sera attribuée à des facteurs externes comme la chance, les autres. Il s’agit d’une peur irrationnelle", indique Salma Bennani, directrice générale de Wavestone au Maroc, cabinet de conseil spécialisé dans la transformation des entreprises et membre du bureau du réseau We4She.
Dans les faits, les femmes sont davantage concernées par ce syndrome. Elles ont tendance à remettre en question leurs capacités et leur façon de faire. Selon les chiffres relayés par les Assises de la parité de KPMG (édition 2021) pour étayer la problématique du syndrome de l’imposteur, 75% des femmes disent en être victimes contre 50% des hommes.
Par exemple, les femmes ont davantage tendance à trouver des "raisons de ne pas convenir à un poste et finissent par moins postuler ou demander une promotion par rapport aux hommes ", explique Salma Bennani.
"Quand le sentiment d'imposture n'est pas excessif, il n’est pas si dangereux que ça", rassure la directrice générale de Wavestone. Elle explique que ce sentiment "nous permet de rester humble, et nous pousse à travailler plus et mieux. Il faut juste que cela reste mesuré pour vivre avec".
Un syndrome accentué par plusieurs facteurs
Ce syndrome est alimenté par plusieurs facteurs. D'abord par la peur de l'échec, car "les femmes sont habituées à ne pas prendre de risque et à avoir peur du risque", souligne Salma Bennani.
Ce syndrome est également accentué par une difficulté à s’affirmer. "Les femmes ont tendance à anticiper la critique", d'où un haut niveau d’exigence lié au perfectionnisme.
Tous ces facteurs découlent d'un conditionnement culturel hérité qui impacte l’estime de soi.
"On n'éduque malheureusement pas les enfants de la même manière, et on croit beaucoup plus en les fils qu'en les filles. On va davantage encourager les garçons à faire des études techniques, des métiers complexes, etc.", rappelle Salma Bennani.
Le déficit de représentation des femmes en entreprise ou dans un métier particulier - et donc le sentiment de faire partie d’une minorité - est un autre facteur qui accentue ce syndrome. Seulement 11% des administrateurs sont des femmes, et à peine 13% des postes managériaux sont occupés par des femmes au Maroc, selon "Arab gender gap report 2020" des Nations unies.
"Il s'agit d'un ressenti et non d'un fait"
"La première étape est d’en prendre conscience et de savoir qu’on n'est pas la seule à se sentir comme ça", fait observer Salma Bennani. Elle ajoute qu'il est très important d’en parler, et de s’autoriser à lever le masque en partageant son sentiment.
Pour y faire face, selon elle, les femmes devraient apprendre à s'accorder le mérite de leurs réalisations de manière objective. Elles pourraient également avoir des "alliés", soit des personnes de confiance avec qui en parler. Enfin, les femmes devraient moins s'attarder sur leurs échecs, et les accepter sans en avoir peur.
Quant aux chefs d'entreprise, ils sont appelés à être plus vigilants en phase de recrutement, et à accompagner leurs collaboratrices en leur offrant les mêmes chances. Les résultats d'une étude de Lean in (une communauté mondiale dédiée à favoriser le leadership, l'avancement et l'inclusion des femmes sur le lieu de travail) montrent que pour 100 hommes recrutés dans des équipes et promus à des postes de direction, seules 72 femmes bénéficient de promotions équivalentes. Les hommes occupent ainsi 62% des postes d'encadrement, et les femmes 38% seulement.
"Il est important d'apprendre à vivre avec ce sentiment d'illégitimité, en réalisant qu'il s'agit d'un ressenti et non d'un fait. Les femmes doivent dompter ce sentiment sans le laisser prendre des dimensions trop importantes, ce qui pourrait les paralyser", conclut la directrice générale de Wavestone au Maroc.
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