Expectative autour du financement des besoins supplémentaires du Budget
Le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaâ, a annoncé dimanche dernier, sur les ondes de MFM Radio, que le gouvernement allait mobiliser plus de 15 milliards de dirhams supplémentaires pour protéger le pouvoir d’achat des ménages, sans couper dans les investissements ni toucher aux équilibres macroéconomiques, en omettant d'expliquer par quel mécanisme. Face au mutisme du gouvernement, le mystère reste entier...
Les propos de Lekjaâ ont suscité un grand intérêt dans les milieux politiques et d'affaires. Et également des interrogations, voire des spéculations.
Dans une sortie médiatique sur les ondes de MFM Radio, le dimanche 13 mars, le ministre délégué chargé du Budget a révélé que le gouvernement allait mobiliser plus de 15 milliards de dirhams pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages et amortir la hausse des prix de certaines matières de première nécessité.
Pour le gaz butane, 10 milliards de dirhams seront injectés dans la Caisse de compensation.
Le soutien du prix de la farine subventionnée coûtera 3 milliards de plus.
A cela s'ajoutent les 2 milliards d’aides au secteur du tourisme. Soit un total de 15 milliards de dirhams que le gouvernement doit rechercher et mobiliser cette année.
Ce montant n’inclut pas les aides que le gouvernement compte octroyer aux transporteurs, comme déclaré par Fouzi Lekjaâ, pour empêcher ces derniers de répercuter la hausse des prix du carburant sur les prestations de transport, que ce soit de personnes ou de marchandises.
Les 15 milliards de dirhams dont parle Fouzi Lekjaâ correspondent donc à un montant plancher susceptible d'évoluer au fil des jours et des semaines, en fonction du contexte international.
Les investissements maintenus et les équilibres macroéconomiques préservés !
Comment le gouvernement compte-t-il mobiliser ce montant ? Fouzi Lekjaâ a donné une réponse assez intrigante. Car il n’y aura pas, selon lui, de coupe dans les investissements, comme on aurait pu s'y attendre. En effet, la loi de finances 2022 autorise le gouvernement à geler jusqu’à 14% du budget de l’investissement, ce qui couvrirait de manière automatique ces nouveaux besoins.
Et cette mobilisation de 15 milliards ne passera pas non plus par la dégradation des équilibres macroéconomiques, a-t-il ajouté. Ce qui signifie que le gouvernement ne creusera pas le déficit budgétaire qu’il pourrait financer par de la dette.
Comment donc l’exécutif compte-t-il mobiliser ces 15 milliards ? Fouzi Lekjaâ n’a donné aucune indication, ouvrant la porte aux interrogations, voire aux spéculations ou aux devinettes.
Contacté par Médias24 pour plus de précisions à ce sujet, le ministre délégué chargé du Budget ne nous a pas répondu. La ministre de l’Economie et des Finances, Nadia Fettah, n'a pas non plus souhaité répondre à cette question.
Si on ne touche ni aux investissements ni au déficit budgétaire, les seules solutions envisageables sont le recours à des financements innovants, à travers la monétisation de nouveaux actifs de l’Etat, ou la mobilisation d’aides extérieures auprès des pays du Golfe par exemple. On peut également tabler sur la hausse des droits de douane, générée mécaniquement par la hausse des importations ; ainsi que sur une hausse plus ou moins volontariste des recettes fiscales. Enfin, des observateurs évoquent la privatisation.
Mais face au mutisme des principaux responsables, Nadia Fettah et son ministre délégué au budget, Fouzi Lekjaâ, cela reste pour l’instant de la pure spéculation.
Une solution mystère que personne n’arrive à déchiffrer pour l'instant
Pour savoir si le gouvernement a des options, outre les coupes budgétaires ou le creusement du déficit, nous avons contacté un économiste chevronné proche de la majorité gouvernementale, ainsi que le député USFP et membre de la commission des Finances, Mehdi Mezouari, aujourd’hui dans l’opposition.
Les deux nous confient ne pas comprendre comment le gouvernement compte s’y prendre.
Notre source proche de la majorité estime que le seul moyen possible pour couvrir ces nouvelles dépenses, que Fouzi Lekjaâ a évaluées à 15 milliards de dirhams, consiste soit en des coupes dans l’investissement, soit en un creusement du déficit avec un recours à la dette externe et interne.
A notre question de savoir si l’exécutif compte sur de probables aides extérieures, il nous lance cet aphorisme : « Anne ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? », en référence à la célèbre adjuration du conte La Barbe bleue de Charles Perrault paru avec « Les Contes de ma mère l'Oye » en 1697. Une adjuration à laquelle le personnage Anne répondit : « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie. ». Une réplique qui veut tout dire…
Au sein de l’opposition, Mehdi Mezouari ne dit pas autre chose à propos de cet « argent magique » promis par Fouzi Lekjaâ. Pour lui, il y a "un manque de clarté, et un manque de courage et d’audace".
« Je me demande d’abord pourquoi le gouvernement n’a pas le courage de passer par une loi de finances rectificative. Nous sommes dans une situation exceptionnelle qui a chamboulé tous les paramètres économiques et sociaux. Et cette loi rectificative me paraît indispensable. Il n’y pas de honte à couper dans les investissements, c’est quelque chose que l’on peut discuter au Parlement. Benkirane l’avait fait en 2013, et je trouve que c’est le seul moyen pour financer ces nouvelles subventions sans toucher aux équilibres macroéconomiques », explique le membre de la commission des Finances de la première chambre.
Pour lui, il n’y pas d’autres choix, car il ne voit pas comment l’Etat peut mobiliser plus de 15 milliards de dirhams, sauf, nous dit-il, s’il y a des aides externes qui vont tomber. Mais, dans ce cas, « le gouvernement doit nous le dire ». « On ne peut pas nous laisser dans le flou dans ce contexte », ajoute-t-il.
Hormis des aides externes, Mehdi Mezouari pense que l’équation présentée par Fouzi Lekjaâ est intenable. Ce qui lui fait dire que « le gouvernement fera fort probablement des coupes budgétaires masquées dans l’investissement, car il est impossible de mobiliser 15 milliards de dirhams sans toucher au déficit ni aux investissements ».
En tous les cas, la situation des finances publiques est tellement affectée par la crise actuelle qu'une communication officielle, détaillée, précise, s'impose. L'opinion publique le vaut bien.
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