Mehdi Bensaïd : comment développer les tournages de productions étrangères au Maroc
Après l’adoption d’un projet de décret susceptible de drainer les producteurs étrangers, Médias24 a interrogé le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication. Selon Mehdi Bensaïd, la révision à la hausse de la détaxe fiscale et l’arrivée prochaine d'un nouveau studio de tournage devraient rendre le Maroc plus attractif.
Six mois après la nomination de Mehdi Bensaid à sa tête, le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication a fait approuver le jeudi 3 mars, en Conseil de gouvernement, un projet de décret qui devrait attirer au Maroc plus de productions cinématographiques étrangères, et ce à la faveur d'un taux de détaxe de 30% contre 20% auparavant.
« Une baisse de la fiscalité pour faire face à la concurrence internationale»
Interrogé au sujet de l'augmentation du dégrèvement fiscal, Mehdi Bensaïd la juge nécessaire, sachant que la concurrence internationale propose aux producteurs cinématographiques un taux minimal de détaxe de 40%, voire de 50%.
"Ce ne sont pas des subventions, mais des détaxes qui peuvent s’avérer très intéressantes pour les producteurs autant que pour les pays d’accueil qui ne les accordent qu’en échange d’investissements", précise le ministre à Médias24.
"C’est une véritable manne d’or pour des tournages qui durent six à neuf mois, avec beaucoup de dépenses et d’investissements sur place qui pourront parfois devenir pérennes et être utilisés par d’autres."
« Un taux de détaxe de 30% au Maroc équivaut à 40% ou plus ailleurs »
"L’intérêt de ce taux de 30% pour le Maroc est qu’il lui permet de devenir aussi concurrentiel que les autres pays qui proposent 40% ou plus, du fait qu’il possède l’infrastructure hôtelière nécessaire, des studios de tournage à Ouarzazate et, enfin, ses propres équipes de techniciens rodées aux tournages internationaux."
"Ainsi, si la Jordanie propose une détaxe de 45%, il faut préciser que ce pays, qui ne dispose pas de ses propres équipes de tournage, est obligé de faire appel à nos techniciens qui ont une longue expérience", indique Mehdi Bensaïd.
"La hausse de la détaxe évitera au Maroc d’exporter ses techniciens, et permettra aussi de les fixer localement en ramenant d’autres investissements de studios étrangers qui veulent s’installer chez nous."
« Dans moins de deux ans, un grand studio de tournage va s’installer au Maroc »
Cette mesure va nous permettre de passer d’un taux actuel de moins de 0,3% à 1% des 30 milliards d’investissements mondiaux dédiés à la production cinématographique, soit 3 milliards de dirhams d’investissements étrangers à partir de 2024, ou au plus tard en 2025 », avance Bensaïd. Ce dernier affirme que les producteurs qui s'étaient installés ailleurs, du fait de la crise sanitaire, vont revenir au Maroc.
Refusant d'en révéler davantage jusqu’à la signature du contrat définitif, le ministre nous annonce toutefois l’installation imminente au Maroc d’un grand studio de tournage, avec un actionnariat maroco-étranger.
"Les négociations sont bien avancées, et il faudra compter au maximum deux années avant l’arrivée physique de ce nouveau studio, qui doit d’abord réunir l’investissement nécessaire aux grands travaux."
Pour cela, il devra au préalable signer un contrat, en cours de discussion, avec une importante société de production étrangère, à même d'assurer au moins 20% de tous les tournages internationaux sur place.
« Des productions Netflix et Amazon travailleront à l’année au Maroc »
"En d’autres termes, ces studios ne seront jamais au chômage, car contractuels avec des producteurs qui leur fourniront des tournages de longs-métrages ou de séries", dévoile le ministre.
"L’idée est d’intéresser les nouvelles plateformes comme Netflix et Amazon pour multiplier le nombre de grosses productions, et les fixer durablement au Maroc au lieu de plier bagage à la fin d’un tournage."
"L’augmentation de la taxe n’est donc qu’un point parmi d’autres pour séduire ces nouveaux acteurs, qui sont à la fois producteurs de cinéma et diffuseurs à la télévision", ajoute Bensaïd qui table sur une croissance considérable de la production étrangère cinématographique au Maroc.
La nomination du successeur de Sarim Fassi-Fihri viendra après l’adoption de la réforme du CCM
Concernant la vacance, depuis plusieurs mois, du poste de directeur général du Centre cinématographique marocain (CCM), il indique que sa nomination ne pourra avoir lieu qu’après l’adoption d’une loi en cours de rédaction ; celle-ci portera sur une réforme du CCM, avec une nouvelle vision apte à le rendre plus crédible vis-à-vis des professionnels.
"Une fois que cette loi sera adoptée par le Conseil de gouvernement et le Parlement, elle devra être validée par le Secrétariat général du gouvernement, après quoi la nomination du nouveau directeur général ira très vite", conclut Bensaïd qui espère que cela ne prendra que quelques mois pour dénicher la perle rare.
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