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Éducation au Maroc : taux de redoublement alarmant, enseignants peu qualifiés et écoles peu équipées

L’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique a présenté, ce mercredi 9 février, les résultats du rapport national PISA 2018. Trois principaux défis ont été soulignés pour améliorer le niveau de compétences des élèves marocains, estimé médiocre : l'inclusion, la qualité de l'enseignement ainsi que l'équité et l'égalité. Détails.

Éducation au Maroc : taux de redoublement alarmant, enseignants peu qualifiés et écoles peu équipées

Le 9 février 2022 à 17h33

Modifié 9 février 2022 à 18h50

L’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique a présenté, ce mercredi 9 février, les résultats du rapport national PISA 2018. Trois principaux défis ont été soulignés pour améliorer le niveau de compétences des élèves marocains, estimé médiocre : l'inclusion, la qualité de l'enseignement ainsi que l'équité et l'égalité. Détails.

PISA (Program for international student assessment) est une évaluation basée sur une enquête de l’OCDE. Il s’agit de tester les capacités des élèves de 15 ans, en compréhension de l’écrit, en sciences et en mathématiques, à la veille de l’âge adulte, afin de comprendre les facteurs qui affectent le rendement scolaire, d’orienter les politiques publiques en éducation et de comparer les résultats au niveau international. Le programme évalue également la manière dont les compétences des élèves sont mobilisées pour résoudre des problèmes de la vie réelle.

Notons qu’il s’agit de la première participation du Maroc, aux côtés de 78 autres pays et économies. Au total, 7.218 élèves répartis sur 180 établissements ont pris part aux tests.

Le fait de se concentrer sur cette catégorie d’âge s’explique par la nécessité d’évaluer l’apprentissage des élèves avant la fin de la scolarité obligatoire. Une étape clé durant laquelle ils sont censés acquérir un ensemble de connaissances et de compétences qui leur permettront de poursuivre leurs études et de réussir leur vie, aux niveaux professionnel, social et personnel.

Un système éducatif non inclusif

Les résultats de ce rapport relèvent que le niveau des élèves au Maroc est médiocre, en particulier les plus défavorisés, en milieu rural, et dans le secteur public.

Cette étude a couvert 64% des étudiants âgés de 15 ans et scolarisés au moins en 1re année du collège. 36% n’y ont pas pris part, soit parce qu’ils sont encore au primaire, ou parce qu’ils ont décroché, « ce qui constitue un obstacle devant l’inclusion », estime Amina Benbiga, chef du projet Évaluation des acquis à l’Instance nationale d’évaluation (INE). « Tous les élèves devraient pouvoir acquérir les compétences nécessaires pour se préparer à la vie réelle et intégrer le marché du travail. »

Moins du quart des élèves ont un niveau minimal de compétences

De nombreux problèmes ont été relevés par ce rapport, notamment le taux de redoublement, le niveau de compétences, le niveau socio-économique, entre autres.

D’après les résultats présentés ce mercredi, « moins du quart des élèves marocains de 15 ans ayant participé à l’enquête ont un niveau minimal de compétences. Le reste n’ayant pas réussi à acquérir les connaissances fondamentales pour compléter leurs études et contribuer au développement du pays », souligne Amina Benbiga.

Ainsi, 73% des élèves n’ont pas le niveau minimal de compétences en compréhension de l’écrit. Un taux qui s’élève à 76% en mathématiques et à 69% en sciences. Le taux d’étudiants jugés très compétents en sciences et en mathématiques s’établit à peine à 7%, contre 6% pour la compréhension de l’écrit.

L’enquête a également relevé que les élèves issus des milieux défavorisés, scolarisés en milieu rural ou dans les établissements publics ont un niveau de compétence inférieur à celui des élèves évoluant dans un contexte plus favorable.

Cependant, 13% des élèves marocains issus de milieux défavorisées se montrent résilients. Ils arrivent à surmonter les difficultés socio-économiques et réussissent à être parmi les 25% les plus performants en compréhension de l’écrit, au niveau national.

Un taux de redoublement alarmant

Le PISA relève également que le système éducatif marocain est marqué par le redoublement. En effet, 49% des jeunes âgés de 15 ans ont redoublé au moins une fois, soit le pourcentage le plus élevé parmi tous les pays et économies participant à l’enquête. « Il s’agit d’un taux très alarmant », déplore Amina Benbiga.

Le redoublement est particulièrement répandu chez les garçons, les élèves désavantagés sur le plan socio-économique, ceux étudiant en milieu rural, et dans le secteur public.

En effet, le taux de redoublement s’élève à 63% chez les enfants désavantagés, contre 26% pour les plus avantagés. Il est de 51% dans le secteur public contre 22% dans le privé.

Par genre, 58% des garçons âgés de 15 ans ont déjà redoublé contre 39% des filles. Il a aussi été démontré que les filles performent mieux que les garçons en compréhension de l’écrit et en sciences, avec des différences de 26 et 9 points respectivement, mais ont le même niveau que leurs pairs masculins en mathématiques.

Enfin, 63% des élèves du milieu rural ont déjà redoublé une fois durant leur cursus scolaire, contre 45% en milieu urbain.

Les redoublants ont un niveau de compétence nettement inférieur à celui des non-redoublants, avec des écarts de scores de respectivement 82, 76 et 72 points, en compréhension de l’écrit, en mathématiques, et en sciences.

30% des élèves envisagent d’intégrer le marché du travail après le baccalauréat

Au-delà des résultats dans les domaines ‘compréhension de l’écrit, mathématiques, et sciences’, l’enquête PISA s’est intéressée à d’autres indicateurs cruciaux, tel le comportement des élèves à l’égard de l’apprentissage.

Il en ressort que « 58% des élèves pensent que leur intelligence est fixe et qu’elle ne peut se développer, alors qu’avoir un état d’esprit d’accroissement, ou penser que l’intelligence peut être développée, est positivement lié aux scores des élèves », fait savoir Amina Benbiga. Ainsi, seuls 42%, contre 63% en moyenne dans les pays de l’OCDE, ont un état d’esprit d’accomplissement. Cette proportion performe mieux que les élèves pensant que leur intelligence est fixe, avec des différences de scores de 24 points en sciences, et 26 points en mathématiques et en compréhension de l’écrit.

Pour ce qui est des aspirations éducatives et professionnelles, à peine 54% des élèves envisagent de poursuivre leurs études après le baccalauréat, car la profession qu’ils souhaitent exercer nécessite un diplôme (34%) ou parce qu’ils ne savent pas quoi faire plus tard (20%). Ce pourcentage est supérieur chez les non-redoublants, les plus avantagés sur le plan socio-économique, ou ceux étudiant dans le secteur privé et en milieu urbain.

Par ailleurs, 30% des élèves marocains déclarent envisager d’intégrer le marché du travail, parce que le métier qu’ils ont choisi ne requiert pas d’études supérieures (14%) ou pour être indépendants financièrement (17%).

Des enseignants peu qualifiés et des établissements insuffisamment équipés

Tous ces résultats « montrent que l’école marocaine ne prépare pas les élèves de 15 ans à poursuivre leurs études, ni à leur avenir. La question qui se pose est : ‘Est-ce qu’on leur donne les moyens pour avoir une bonne éducation ?’ Le Maroc figure parmi les pays et économies où les enseignants sont les moins qualifiés, si l’on se réfère au niveau d’éducation, à la durée de formation initiale et au développement professionnel », a indiqué la chef du projet Évaluation des acquis à l’INE .

L’enquête PISA démontre aussi que les conditions d’apprentissage des élèves restent discutables. « Nombreux sont les enfants marocains à étudier dans des classes qui dépassent 30 personnes, et ce constat est plus critique dans le secteur public », a-t-elle ajouté, notant que « l’école marocaine est également très affectée par le manque ou l’inadéquation de ressources humaines, matérielles et éducatives ».

Concernant le niveau des enseignants, seuls 10% détiennent un master, et 65% ont obtenu un certificat de qualification pédagogique délivré par les autorités chargées de l’éducation et de la formation, contre respectivement 42% et 82% dans les pays de l’OCDE. La part des enseignants ayant achevé un programme de formation d’une année ou plus s’élève à peine à 22%. 

Pour ce qui est de la formation continue, seuls 29% des enseignants ont pris part, au cours des trois derniers mois précédant l’enquête, à un programme officiel de développement professionnel portant sur l’enseignement, contre 53% dans l’OCDE.

Quant aux établissements scolaires, ils ne sont pas suffisamment dotés de ressources TIC :

  • 24% des élèves marocains sont scolarisés dans des établissements ne disposant pas d’ordinateurs contre 1% en moyenne dans les pays de l’OCDE ;
  • 38% des ordinateurs mis à leur disposition sont connectés à internet contre 96% en moyenne dans les pays de l’OCDE ;
  • près de 21 enseignants marocains doivent partager un seul ordinateur connecté à internet, alors que dans les pays de l’OCDE, en moyenne, chaque enseignant a accès à un ordinateur.

Le manque ou l’inadéquation des ressources humaines, matérielles ou éducatives est plus perceptible dans les établissements publics, accueillant des élèves désavantagés sur le plan socio-économique, comparativement à ceux relevant du secteur privé.

L’apprentissage des élèves fortement affecté par l’absentéisme et les retards

D’autres facteurs affectent l’apprentissage des élèves marocains. Il s’agit de l’absentéisme et du retard.

D’après les chiffres dévoilés par ledit rapport, 59% des élèves ont déclaré être arrivés en retard à l’école au moins une fois pendant les deux semaines précédant l’enquête, et 44% ont manqué une ou plusieurs journées de classe, contre 48% et 21% dans les pays de l’OCDE, respectivement.

Les élèves qui ont déclaré avoir manqué une journée entière de classe, au moins une fois durant les deux semaines précédant les épreuves PISA, ont obtenu des scores inférieurs à ceux des élèves ayant déclaré n’avoir jamais manqué de cours. Les écarts sont de 19 points en mathématiques, et 14 points en sciences et en compréhension de l’écrit.

L’indiscipline, un autre facteur perturbateur

L’autre facteur perturbant l’apprentissage des élèves a trait à la discipline dans les classes. Le rapport souligne que la totalité des cours de la langue arabe sont perturbés. Ce problème a été relevé par environ 40% des étudiants :

  • 38% des élèves n’écoutent pas ce que dit l’enseignant ;
  • 40% déclarent qu’il y a du bruit et de l’agitation ;
  • 37% disent que l’enseignant doit attendre un long moment avant que les élèves ne se calment ;
  • 32% estiment qu’ils ne peuvent pas travailler dans ce climat ;
  • 37% déclarent que les élèves ne commencent à travailler que bien après le début du cours.

Le harcèlement, obstacle à l’inclusion

Enfin, le dernier obstacle relevé par le rapport PISA est le harcèlement subi par les élèves dans les écoles. En effet, 44% des élèves au Maroc ont déclaré avoir été victime de harcèlement au moins une fois par mois (au cours des 12 derniers moins), contre 30% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Les écarts de scores entre les élèves les plus exposés et les moins exposés au harcèlement sont de l’ordre de 43, 30 et 31 points en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences respectivement. « Cela signifie que le harcèlement est négativement lié aux scores des élèves. Il n’affecte pas uniquement l’apprentissage cognitif, mais aussi leur bien-être », d’après Amina Benbiga. Elle ajoute que « l’enquête démontre également que les parents ne sont pas assez impliqués dans la scolarisation de leurs enfants », ce qui expliquerait leur niveau médiocre.

« Trois principaux défis sont donc à relever pour améliorer le niveau de compétences des élèves marocains :

  • L’inclusion est le premier problème auquel il faut remédier. Il faut scolariser tous les enfants et les garder à l’école le plus longtemps possible.
  • La qualité de l’enseignement : il faut également leur donner une éducation de qualité, pour acquérir les compétences nécessaires afin d’intégrer le marché du travail.
  • Équité et égalité : il faut offrir aux élèves marocains les mêmes chances de réussite, en mobilisant des moyens humains qualifiés et des ressources matérielles de qualité, qui répondent aux exigences du monde actuel », conclut Amina Benbiga.

Notons que le Maroc prépare sa deuxième participation à l’enquête PISA, qui se déroulera entre avril et mai 2022. « Cette évaluation ne va pas nous apporter de grandes surprises, elle va surtout nous renseigner sur les pertes d’apprentissage dues au Covid », fait savoir Fouad Chafiki, inspecteur général des affaires pédagogiques et directeur des curricula au ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et du sport.

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