À la Chambre des conseillers, des employées de nettoyage perçoivent des salaires inférieurs à leurs contrats
Mardi 7 décembre 2021, à la Chambre des conseillers. En marge de la séance des questions orales, consacrée à la violence faite aux femmes, la parlementaire Fatima El Idrissi (UMT) a révélé les salaires perçus par les femmes de ménages travaillant au Parlement, qui selon elle, ne dépassent pas la moitié des montants qui figurent sur leurs contrats. Les détails.
Après une présentation par la ministre de la Solidarité et de la famille, Aawatif Hayar, portant sur la situation de la femme marocaine, à l’occasion de la Journée nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la parlementaire Fatima El Idrissi (UMT) a pris la parole pour dénoncer les conditions de travail des femmes de ménage au Parlement, notamment à la Chambre des conseillers.
Entamant son intervention par des données générales, elle a indiqué que "57% des femmes marocaines ont déjà subi des actes de violence. La majorité, notamment de celles s’activant dans le secteur agricole, vit dans la précarité, et travaille dans de mauvaises conditions, en l’absence des services nécessaires de base, tels que la santé et l’éducation".
Elle a rappelé que "les femmes sont les plus sujettes aux différents abus, aux licenciements, ainsi qu’à la réduction de salaire. Et que seules 30% d'entre elles sont déclarées à la CNSS".
"Pour ce qui est du secteur du nettoyage, les femmes de ménage dans les institutions publiques perçoivent des salaires inférieurs au Smig", qui s’élève à 2.828,71 DH.
"Prenons l’exemple des femmes de ménages travaillant notamment à la Chambre des conseillers. Elles perçoivent un salaire mensuel de 1.600 DH, alors qu’elles ont signé des contrats de 3.000 DH/mois. La société de sous-traitance en charge du nettoyage au Parlement en fait donc un business."
"D'autres touchent à peine 800 DH/mois"
Jointe par nos soins, Fatima El Idrissi nous confie que "l’UMT, en tant que syndicat, a été saisi par les femmes de ménage travaillant à la Chambre des conseillers".
"Elles ont soulevé la problématique, nous demandant de les aider à trouver une solution. Elles nous ont ainsi révélé qu’elles signaient des contrats prévoyant un salaire mensuel de 3.000 DH, alors que certaines touchent 1.600 DH/mois, et d'autres, à peine 800 DH, ce qui est scandaleux."
"Celles qui touchent 1.600 DH travaillent de 7h du matin à 16h, tandis que les autres travaillent à mi-temps."
"Les femmes travaillant de 7h à 16h nous ont également fait savoir que, lors des séances dédiées à la présentation et à la discussion du Projet de loi de Finances par exemple, il leur arrivait de continuer à travailler jusqu’à minuit, soit après la clôture desdites séances, pour le même salaire."
"Après ma déclaration à la Chambre des conseillers, l’une de ces femmes m’a interpellée pour me notifier qu’elle était payée 800 DH par mois. Sachant que ses charges de transport s’élèvent à 300 DH, il ne lui reste donc que 500 DH pour survivre tout le mois."
Fatima El Idrissi a précisé que "ces femmes sont recrutées par une société de sous-traitance", dont elle ignore l’identité. "Celle-ci a été choisie à l’issue d’un marché lancé par la Chambre".
"En temps normal, le Conseil doit créer une commission, et y désigner un président et des membres, qui se chargent du suivi et de l’évaluation de ces marchés, comme cela se fait dans les sociétés publiques. Cette commission doit étudier le cahier des charges dudit marché et le comparer avec les prestations de la société retenue, pour voir si tout est conforme. Elle doit également s’assurer que toutes les personnes recrutées perçoivent au moins le Smig. Si cette commission existait, il n’y aurait jamais eu ce problème. C’est de l’argent public. Il doit être contrôlé et suivi."
Malgré les révélations de la parlementaire, aucune action n’a été entamée pour régler ce problème. Du moins, jusqu'à la mise en ligne de cet article. Selon notre source, "une réunion des membres de la Chambre est prévue lundi ou mardi prochain. Nous verrons si le sujet sera abordé".
Un fléau national, dont les autorités doivent prendre conscience
"Ce fléau existe partout au Maroc et touche de nombreux métiers, notamment les agents de sécurité, les sociétés de brancardage et de restauration. Ils signent avec les sociétés de sous-traitance des contrats avec des salaires mensuels précis, mais perçoivent en réalité d’autres montants", dénonce Fatima El Idrissi.
Contacté par Médias24, Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’UMT confirme ce constat. "Le groupe parlementaire de l’UMT, par la voie de sa conseillère parlementaire Fatima El Idrissi, a évoqué un grand problème qui touche tous les salariés dans le secteur de la sous-traitance, et particulièrement les femmes."
"La situation est presque générale dans tout le Royaume. Les salariés de ce secteur sont payés moins que le Smig et ne sont malheureusement pas déclarés à la CNSS."
"Ils signent des contrats de six mois à répétition, et ils peuvent être licenciés à tout moment. Pire, certaines sociétés ne livrent à leurs employés qu’un complément de salaire, en se basant sur les allocations familiales. Elles ne recrutent donc que les salariés ayant deux ou trois enfants."
"Nous savons que les allocations familiales s’élèvent actuellement à 300 DH par enfant. Ces sociétés de sous-traitance comptabilisent ainsi les allocations versées par la CNSS et donnent le complément comme salaire pour atteindre les 2.800 DH du Smig, ce qui est encore plus grave."
"Cette catégorie de personnes souffre ainsi d’instabilité totale au travail. Après plusieurs années, elles se retrouvent toujours dans la précarité."
"Selon les statistiques, ce fléau concerne plus de 200.000 personnes travaillant dans le secteur de la sous-traitance. L’UMT a déjà adressé plusieurs correspondances dans ce sens à l’ancien chef du gouvernement et à l’ancien ministre du Travail, en vain. Nous avons également évoqué le sujet dans le cadre du dialogue social, mais malheureusement il n’y a eu aucune réaction de la part du gouvernement."
"Nous avons même créé un syndicat national des employés et cadres de la sous-traitance, qui a commencé à porter ses fruits, en obligeant les entreprises à respecter la loi du travail."
"À présent, le problème a explosé et c’est une bonne chose. Cela attirera davantage l’attention des pouvoirs publics. Dans l’institution législative (Chambre des conseillers, NDLR) qui doit être un modèle dans le respect des lois, et notamment des lois sociales, celles-ci ne sont pas respectées par la société de sous-traitance chargée du nettoyage. C’est grave qu’une institution législative viole et ne contrôle pas la réglementation du travail."
"Les femmes qui se chargent du nettoyage dans la Chambre peuvent travailler jusqu’à 12 à 14 heures par jour, et parfois, même après les séances parlementaires qui durent certains jours jusqu’à minuit, pour un salaire de 1.600 DH. Je ne pense pas non plus qu’elles soient déclarées à la CNSS ou qu’elles soient assurées contre les accidents de travail."
"Comme je l’ai mentionné, ce problème n’est pas propre à la Chambre des conseillers. C’est un fléau national, dont les autorités publiques doivent prendre conscience. Nous refusons que les employés de la sous-traitance soient réduits à de l’esclavage", conclut-il.
Malgré de nombreuses tentatives pour les contacter, le président de la Chambre des conseillers et ses vice-présidents sont restés injoignables au moment de la publication de cet article.
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