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TOURISME

Tourisme : risques de faillites dans l'hôtellerie après la fermeture des frontières

Depuis l'annonce de la suspension des lignes aériennes et maritimes, le secteur s’attend à passer les pires fêtes de fin d’année en termes d’arrivées étrangères. Malgré le renfort du tourisme interne mis en avant par la ministre de tutelle, un membre de la CNT prédit une perte de 1 milliard de dirhams pour la seule dernière semaine de décembre.

Tourisme : risques de faillites dans l'hôtellerie après la fermeture des frontières
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Le 29 novembre 2021 à 20h16 | Modifié 29 novembre 2021 à 21h13

Avec 500.000 employés, 8 milliards de dollars de recettes en devises et une valeur ajoutée représentant jusqu'à 5% du PIB, le tourisme s'apprête à clore, en mars 2022, deux années d’une crise historique dont personne n’est capable de prédire la fin. Sans autre proposition qu’un soutien financier rapide de l’État, la profession met en garde contre un risque de faillite quasi générale.

« Le pire des scénarios se profile à court terme »

Sachant que la mobilité géographique est vitale pour un secteur qui fonctionne avec des programmations saisonnières, la fermeture générale des frontières entrée en vigueur ce lundi 29 novembre, sans aucune date précise de réouverture, ne manquera pas d’aggraver sa situation et d’éloigner encore une fois la reprise tant attendue.

Sollicité par Médias24 pour envisager l’avenir,  un grand opérateur nous confie qu’un soutien gouvernemental s’impose sous peine de devoir affronter, dès janvier prochain, de très nombreuses faillites dans toutes les branches du secteur (hôtellerie, restauration, transport, agences…).

« Au moins 1 milliard de dirhams de pertes pour la dernière semaine de décembre »

"Pour vous donner une idée du manque à gagner qu’aura provoqué la décision des autorités, un hôtel 5 étoiles de Marrakech, qui avait entrepris de gros travaux de rénovation pour bien accueillir ses clients, a été confronté à un taux d’annulations étrangères de 100% qui va lui coûter 3 millions de dirhams.

"Entre les hôteliers qui travaillent avec le marché français (40% du tourisme du Maroc) et ceux qui accueillaient les clients anglais, allemands et hollandais (60% au total), le secteur va perdre au bas mot un milliard de dirhams pour les fêtes de fin d’année", déplore l’expert. Il tient à rappeler que les 100.000 touristes étrangers qui devaient venir auraient dépensé un minimum de 10.000 DH/ personne.

« La reprise reportée a minima jusqu'à l’été prochain »

Notre source, qui a requis l’anonymat, affirme que "la profession est encore sous le choc des dernières décisions gouvernementales, qui ont fait le choix de privilégier l’avis des ministres de la Santé et de l’Intérieur, sans prendre en compte la situation déjà sinistrée du secteur qui va s’aggraver".

"En effet, avec la dernière décision de verrouiller jusqu’à nouvel ordre toutes les entrées étrangères pendant quinze jours, il faudra attendre au moins l’été prochain pour espérer rebondir", regrette notre opérateur. Ce dernier juge d'ailleurs utopique l'idée d'une reconversion vers le tourisme domestique durant toute l’année.

"Le tourisme domestique ne pourra jamais combler les arrivées étrangères"

"Malgré la volonté ministérielle de booster le tourisme local avec des promotions spéciales, cela ne sera jamais suffisant pour combler les 100.000 arrivées étrangères qui étaient attendues. Partant de là, il est évident que la saison hivernale, qui avait bien démarré en termes de réservations, est d'ores et déjà morte et enterrée."

"Sachant que la majorité des nationaux voyagent durant les deux mois d’été, saison qui pèse 50% du tourisme local annuel, et que la moitié restante vient du tourisme d’affaires local (congrès…), il ne restera donc que quelques week-ends", résume l’opérateur. Il ajoute que les locaux représenteront, pour 2021, pas plus de 10% de l’activité annuelle, contre 30% en 2019 soit avant l’avènement de la pandémie.

Sur un éventuel rebond du tourisme interne, encouragé par le ministère de tutelle pour combler partiellement l'absence d'arrivées étrangères, notre témoin répond que l’annulation durable des grands événements (Festival Mawazine, Festival Gnaoua d'Essaouira, matchs de football…) n’incitera pas les touristes nationaux à voyager dans le Maroc.

"Si les frontières rouvrent et nos partenaires étrangers nous refont confiance pour retrouver un niveau d’activité satisfaisant, il ne faut cependant pas espérer un début de reprise avant juin ou juillet prochains."

« Une politique qui fera fuir les prescripteurs étrangers »

Selon lui, la politique d’ouvertures-fermetures des frontières va pousser les compagnies aériennes et les tour-opérateurs à se méfier et à ne pas revenir rapidement en cas de nouvelle ouverture.

"En effet, la plupart des transporteurs (EasyJet…) ont déjà annulé leurs vols, et comme cette dynamique va s’aggraver avec leurs programmes aériens établis jusqu’à avril, ils préféreront affecter leur flotte à d’autres destinations moins restrictives comme la Turquie ou Dubaï", prédit l’hôtelier.

« Sans plan Marshall d’urgence, ce sera la faillite quasi générale d’ici l’été 2022 »

Concernant les scénarios de reprise avant l’été prochain, notre interlocuteur ne perçoit aucune solution sans la mise en œuvre immédiate d’un plan Marshall national et aussi régional.

"Concrètement, l’État devra mettre la main à la poche pour aider les nombreux opérateurs qui se sont endettés plusieurs fois, avec l’idée qu’ils pourraient commencer à rembourser leurs crédits en deux ans à partir de mars 2020.

Sachant que ce délai sera écoulé dans 3 mois et que l’activité est toujours à l’arrêt total, sans aide financière publique, personne ne sera capable de rembourser et on se dirige vers une faillite quasi générale du secteur", annonce l’expert.

Il révèle que la plupart des hôteliers auront beaucoup de mal à rembourser les clients qui ont annulé leurs réservations pour les fêtes, après la récente fermeture du marché français. Pour lui, le secteur risque de payer le prix fort sachant que de nombreux hôteliers avaient embauché des saisonniers et effectué des travaux d’entretien coûteux.

« Une décision qui instille le doute sur l’efficacité du vaccin »

"Malgré nos nombreuses désillusions précédentes, la fermeture totale des frontières marocaines, même durant une période donnée, est le pire des cauchemars que personne dans la profession n’avait anticipé, en particulier la décision du gouvernement de fermer le marché français qui est vital pour notre industrie."

"En effet, aucun pays concurrent n’a fermé ses frontières aux touristes étrangers qui sont doublement ou même triplement vaccinés. Au contraire, nous nous attendions à l’assouplissement du dispositif et, in fine, à un changement de paradigme comme toutes nos destinations concurrentes (Égypte, Dubaï…)."

"Ainsi si la fermeture de nos frontières avec l’Afrique du Sud est tout à fait compréhensible, la décision de fermer tous nos marchés émetteurs l’est beaucoup moins, sachant que nous demandons uniquement à accueillir des touristes totalement vaccinés qui soient en plus testés au départ et à l’arrivée au Maroc", réclame notre source pour qui le débat n’a pas lieu d’être, à moins de remettre en question l’efficacité du vaccin.

Sur la perspective de voir la pandémie devenir endémique, il assure que les récentes restrictions des autorités marocaines vont à l’encontre de l’image d’efficacité du vaccin vendue dans le monde entier.

Interrogé sur les chances d’obtenir satisfaction de la part de la ministre de tutelle, l’hôtelier se désole du fait qu’elle ne soit pas la véritable décisionnaire.

"En réalité, c’est ses collègue de la santé  et de l'intérieur qui prennent ces décisions, sans aucune concertation avec elle et encore moins avec les représentants de la profession", insiste notre interlocuteur.

"Encore une fois, nous ne remettons pas en cause le principe de précaution, mais si on devait écouter toutes les recommandations de notre médecin, nous arrêterions de vivre."

Une stratégie de relance complexifiée par l’apparition d’un nouveau variant

"Du côté du gouvernement, on clame que le tourisme est essentiel pour l’économie nationale mais, en réalité, on fait comme si ce secteur pouvait encore résister des années avant la reprise", conclut l’hôtelier.

D'après lui, le seul scénario viable de pérennité passe par une aide publique financière conséquente, à l'instar de la France qui a injecté près de 2 milliards d’euros à la trésorerie de ses opérateurs privés en difficulté.

Il faudra donc patienter jusqu’à l’été prochain pour savoir si la reprise aura lieu, et pour découvrir la stratégie de relance mise en œuvre par l’État, mais également par les opérateurs du secteur privé.

En effet, sachant qu’avec le nouveau variant Omicron, un retour au confinement mondial n’est pas exclu, il paraît encore prématuré de se projeter avec un scénario de reconversion qui limiterait les dégâts ou enclencherait un retour progressif vers la 'normale', en référence à l'année 2019 .

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Le 29 novembre 2021 à 20h16

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