Covid-19 : un nouveau variant sème l’inquiétude en Afrique du Sud, le Maroc menacé

L’apparition du nouveau variant B.1.1.529, détecté en Afrique du Sud, inquiète les scientifiques du monde entier. Quel risque représente-t-il pour le Maroc ? Les mesures anticipatives mises en place ce vendredi 26 novembre par le Royaume permettront-elles de retarder l’arrivée de ce variant ? Réponses d’experts.

Covid-19 : un nouveau variant sème l’inquiétude en Afrique du Sud, le Maroc menacé

Le 26 novembre 2021 à 18h23

Modifié 26 novembre 2021 à 18h53

L’apparition du nouveau variant B.1.1.529, détecté en Afrique du Sud, inquiète les scientifiques du monde entier. Quel risque représente-t-il pour le Maroc ? Les mesures anticipatives mises en place ce vendredi 26 novembre par le Royaume permettront-elles de retarder l’arrivée de ce variant ? Réponses d’experts.

Potentiellement très contagieux et aux mutations multiples, un nouveau variant du Covid-19 a été détecté en Afrique du Sud, pays le plus touché par la pandémie.

Baptisé « B.1.1.529 », et également appelé NU, il pourrait rejoindre la liste des variants jugés « d’intérêt » ou « préoccupants », établie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Le Maroc n’est pas à l’abri d’une éventuelle contamination »

Pour évaluer le risque que représente ce variant pour le Maroc, nous avons contacté le Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé, et le Dr Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, qui nous ont apporté les précisions suivantes.

D’après le Dr Hamdi, « nous n’avons pas encore assez de données pour nous prononcer sur la dangerosité de ce variant. Les seules informations dont on dispose actuellement sont celles annoncées par les médias. Ce que l’on peut interpréter via celles-ci, c’est qu’il serait très transmissible, d’une part à cause du nombre de cas qui augmentent en Afrique du Sud, mais aussi à cause des résultats des séquençages génomiques réalisés par le pays, qui démontrent que le variant se propage très rapidement. Je parle au conditionnel, puisque lorsque l’on a un variant dont la propagation est rapide, cela peut être dû à des facteurs intrinsèques au virus lui-même, mais aussi à une coïncidence de ce variant avec d’autres conditions qui ont facilité sa propagation ».

Par ailleurs, « les premiers signes fournis par les laboratoires (sud-africains, NDLR) suggèrent que ce variant contourne l’immunité acquise par le vaccin, ce qui affaiblira encore plus l’efficacité des vaccins existants, mais également l’immunité naturelle acquise par les personnes ayant contracté le Covid-19″.

Le Dr Marhoum estime également qu’il s’agit d’un variant « à surveiller de près, puisqu’il a des particularités inquiétantes. Le Maroc n’est donc pas à l’abri » d’une éventuelle contamination.

« On découvre tous les jours de nouveaux variants, mais on n’en parle pas lorsqu’ils ne sont pas inquiétants. La situation actuelle est assez remarquable, puisque ce nouveau variant diffère de sa forme initiale sur au moins une cinquantaine de mutations. Au moins une trentaine d’entre elles concernent la protéine spike, sur laquelle reposent tous les vaccins anti-Covid développés à ce jour. Les laboratoires se sont appuyés sur cette protéine pour développer leurs vaccins, étant donné que c’est la zone du virus qui paraissait être la plus stable. C’est donc inquiétant d’observer une trentaine de mutations sur cette protéine. Cela veut dire qu’elle va probablement changer et qu’elle risque de ne pas être reconnue par les anticorps, après vaccination. L’inquiétude principale face à ce nouveau variant est donc de le voir échapper à la vaccination. »

« D’un autre côté, il se trouve que le nouveau variant possède une mutation déjà connue chez le Delta, très contagieux. Cela signifie probablement que c’est un virus qui va se transmettre facilement. Si l’on combine ces deux facteurs, transmission facile et échappement aux vaccins, ce nouveau variant inquiète vraiment. Toutefois, à l’heure actuelle, personne n’en sait encore rien. Ce n’est que le début. »

Caractéristiques du nouveau variant

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi 25 novembre, chapeautée par le ministère de la Santé d’Afrique du Sud, le virologue Tulio Oliveira a en effet indiqué que le variant B.1.1529 « présente un nombre extrêmement élevé de mutations. Nous pouvons voir qu’il a un potentiel de propagation très rapide ». Il a également précisé que son équipe de l’Institut de recherche KRISP, adossée à l’université du Kwazulu-Natal, avait déjà découvert l’année dernière le variant Beta, très contagieux.

Les métamorphoses du virus initial peuvent potentiellement le rendre plus transmissible jusqu’à le rendre dominant, d’après les scientifiques. Cela a été le cas avec le variant Delta, découvert initialement en Inde. « Le nombre de cas détectés et le pourcentage de tests positifs augmentent rapidement », a confirmé le NCID (Institut national sud-africain des maladies transmissibles) dans un communiqué.

D’après les données quotidiennes de la Johns Hopkins University, le nombre de cas en Afrique du Sud a commencé à grimper à partir du 19 novembre. En une semaine, une moyenne quotidienne (sur 7 jours) de 3.655 nouveaux cas ont été enregistrés, après une baisse des indicateurs qui se poursuivait depuis mi-octobre.


Un variant résistant aux vaccins existants ?

À ce stade, les scientifiques sud-africains ne sont pas certains de l’efficacité des vaccins anti-Covid existants contre la nouvelle forme du virus. « Ce qui nous préoccupe, c’est qu’il pourrait non seulement être capable de se transmettre de façon accrue, mais aussi de contourner certaines parties de notre système immunitaire », a déclaré le professeur Richard Lessells lors de ladite conférence.

Selon l’OMS, le variant Delta avait réduit à 40% l’efficacité des vaccins anti-Covid contre la transmission de la maladie.

Par ailleurs, dans une déclaration à l’Agence France-Presse (AFP), BioNTech, allié à Pfizer, a indiqué ce vendredi qu’il « attendra au plus tard deux semaines de premiers résultats d’études, qui permettront de déterminer si ce nouveau variant est capable d’échapper à la protection vaccinale ». Et d’ajouter : « Nous avons immédiatement lancé les études sur le variant B.1.1.529, qui diffèrent des variants déjà connus, car ce dernier présente des mutations supplémentaires sur la protéine Spike. »

« Pfizer et BioNTech se sont préparés il y a deux mois à ajuster leur vaccin en moins de six semaines et à livrer les premières doses en 100 jours » si un variant s’avérait résistant.

22 cas signalés dans le monde, l’OMS temporise

Le B.1.1.529 a été détecté dans au moins neuf provinces sud-africaines. « NU » est également présent au Botswana voisin, où quatre cas ont été enregistrés, et à Hong Kong, qui compte deux cas. Un autre cas a été enregistré en Israël, chez une personne en provenance du Malawi, et deux autres cas supplémentaires revenus de l’étranger sont suspectés. Les trois personnes étaient vaccinées contre le Covid, a souligné dans son communiqué le ministère israélien de la Santé, sans toutefois préciser le nombre de doses ou le type de vaccin.

D’après le NICD, 22 cas au total ont été signalés à ce jour dans le monde, touchant principalement des jeunes. S’y ajoute un petit nombre de cas suspects, actuellement analysés, et qui pourraient venir grossir les rangs des personnes contaminées par ce nouveau variant.

À la demande de l’Afrique du Sud, et pour évaluer la dangerosité de ce variant, une réunion d’experts, convoqués par l’OMS, s’est tenue à huis clos, ce vendredi 26 novembre à Genève. À l’issue de celle-ci, le porte-parole de l’Organisation a déclaré qu’il « faudra plusieurs semaines » pour comprendre le niveau de transmissibilité et de virulence de ce nouveau variant », affirmant que « les premières analyses montrent qu’il présente un grand nombre de mutations qui nécessitent, et feront l’objet d’une étude plus approfondie ».

« Il nous faudra quelques semaines pour comprendre l’impact de ce variant. Les chercheurs travaillent pour mieux comprendre les mutations et ce qu’elles pourraient signifier en termes de transmissibilité ou de virulence du variant, et quels pourraient être les effets sur les outils de diagnostics, les traitements et les vaccins », a-t-il déclaré.

Le monde se ferme à l’Afrique du Sud

En dépit des recommandations de l’OMS, déconseillant la mise en place de restrictions drastiques à l’encontre de l’Afrique du Sud, de nombreux pays ont décidé de suspendre leurs vols en provenance et vers ce pays, dont le Maroc.

Le Royaume a décidé ce vendredi d’interdire l’accès de tout passager en provenance d’Afrique du Sud et de six autres pays d’Afrique australe (Botswana, Namibie, Lesotho, Eswatini, Mozambique et Zimbabwe). La Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas en ont fait de même.

Le Dr Marhoum estime que l’interdiction d’accès au Maroc de voyageurs en provenance d’Afrique du Sud, ou encore la suspension des liaisons aériennes avec ce pays, « n’empêchera pas le virus de passer d’une façon ou d’une autre. Les gens continueront de circuler en transitant par d’autres pays ».

« Ces restrictions nous donneront en revanche le temps de mieux connaître le virus. Des études seront réalisées pour avoir plus d’informations sur ce variant, ainsi que sur l’efficacité des vaccins. Cela nous donnera donc le temps de mieux réagir et de nous préparer. »

Quid d’une quatrième vague au Maroc ?

Le Dr Marhoum estime qu’une quatrième vague est inévitable au Maroc. D’après le Dr Hamdi, « jusqu’à preuve du contraire, il s’agira d’une vague liée au variant Delta« , qui est encore dominant au Maroc, puisque de nouveaux cas se déclarent chaque jour. « La quatrième vague aura donc lieu indépendamment de l’arrivée d’un nouveau variant de l’étranger.« 

Le Maroc ne va pas y échapper. « Notons toutefois que nous sommes dans un niveau vert, avec des indicateurs en amélioration. Il faut donc protéger ces acquis. Si une vague devait arriver d’ici quatre ou cinq semaines, il ne faut pas l’accélérer en important des cas de l’étranger, ce qui pourrait raviver l’épidémie. »

Même son de cloche auprès du Dr Marhoum. « Selon l’expérience que l’on a vécue avec les autres variants, une nouvelle vague va probablement arriver vers la fin du mois de décembre ou début janvier, d’autant qu’on est dans une saison froide, et que les maladies virales aiment bien ces températures. On n’est pas dans une cloche hermétique. » Et d’ajouter : « Il faut donc mettre à profit ce temps restant pour vacciner le maximum de personnes. »

Il insiste sur l’importance de la vaccination, notamment chez les personnes non ou incomplètement vaccinées, ainsi que sur l’importance de la troisième dose, particulièrement chez les personnes atteintes de maladies chroniques et âgées, ayant dépassé six mois après la seconde dose. « Cela permettra de briser la vague. »

« La prochaine vague sera celle des non-vaccinés« , ajoute notre interlocuteur. Le pays risque ainsi d’enregistrer de nombreux décès et des cas graves nécessitant des hospitalisations parmi cette catégorie, ce qui posera un grand problème à notre système de santé. « Il faut donc protéger les non-vaccinés, et protéger les vaccinés des non-vaccinés », en mettant en place les mesures restrictives nécessaires, et en respectant les gestes barrières.

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