Rirha. Ce site oublié qui pourrait être une ancienne capitale du Maroc antique
À 8 kilomètres au nord de Sidi Slimane, au cœur des méandres de l’Oued Beht, Rirha s’impose comme l’un des chantiers archéologiques les plus prometteurs du Maroc. Après vingt ans de recherches, la mission franco-marocaine affirme un peu plus l’importance du site : la découverte de thermes romains et de pressoirs à vin inédits vient renforcer l’hypothèse selon laquelle cette cité de dix hectares, longtemps restée dans l’ombre de Volubilis, pourrait avoir été l’une des capitales du royaume maurétanien.
L'archéologie est une science de la patience, et le Dr Mohamed Alaoui Kbiri, professeur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), en est le métronome. Depuis deux décennies, il codirige une mission internationale d'envergure aux côtés d'Elsa Rocca, professeure à l'Université Paul-Valéry Montpellier 3, et de Charlotte Carrato (Mosaïques Archéologies), toutes deux codirectrices de la mission pour la partie française.
Ensemble, ils pilotent ce programme associant l’INSAP de Rabat (Direction du patrimoine culturel relevant du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication), le laboratoire ASM UMR 5140 à Montpellier, la Casa de Velazquez à Madrid, l'Université de Montpellier Paul-Valéry, le Labex Archimede et la Commission des fouilles du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères.
Ce programme bénéficie également d'un soutien institutionnel du ministère français de l’Europe et des affaires étrangères, via l’ambassade de France à Rabat. Pourtant, malgré cet appui, le Dr Kbiri précise, dans un entretien accordé à Médias24, que seuls "3 à 4 % des 10 hectares du site" ont été fouillés.

Pour comprendre la lenteur des recherches à Rirha, il faut regarder vers Volubilis. En 1915, sous le protectorat, les fouilles y étaient menées par des prisonniers allemands sous la direction de militaires français. "C'était du dégagement brut, explique le Dr Kbiri. L'objectif était d'atteindre le dallage romain pour justifier idéologiquement l'occupation française en la présentant comme l'héritière de Rome."
Dans cette précipitation, des siècles d'histoire islamique, notamment idrisside, ont été littéralement balayés, détruits sans aucune documentation. À Rirha, la mission actuelle prend le contre-pied de ce passé. Chaque niveau d'occupation, qu'il soit mérinide (XIVe siècle) ou idrisside (IXe siècle), est documenté, analysé et cartographié avant d'être fouillé pour atteindre les couches romaines et maurétaniennes inférieures.
La recherche est par ailleurs devenue une machine pluridisciplinaire complexe. Sur le terrain, l'équipe ne se limite pas aux archéologues. Des géomorphologues étudient la relation entre la ville et les méandres du fleuve, tandis que des spécialistes de la faune et de la flore analysent les moindres restes organiques.
Zone ouest : cinq siècles d'architecture de terre
À Rirha, les recherches se sont concentrées sur deux secteurs clés. À l’ouest, la "zone du tell" a livré un quartier maurétanien exclusivement construit en briques crues, dont la chronologie s'étend du Ve siècle avant J.-C. jusqu'au début du Ier siècle après J.-C.
L’objectif des fouilles est ici de tracer une "stratigraphie de l'habitat" pour comprendre comment les populations locales ont fait évoluer leurs plans architecturaux et leurs modes de vie sur une période de 500 ans, bien avant la standardisation romaine. Les objets archéologiques découverts dans ces couches de terre permettent aujourd'hui de dater avec précision chaque phase de cette occupation préromaine.

Zone est : une domus romaine et les plus anciennes traces de vin rouge au Maroc
Le secteur oriental du site raconte une histoire plus mouvementée. Les archéologues y ont mis au jour une vaste maison à péristyle (cour intérieure à colonnades) d’époque romaine. Mais l’élément le plus spectaculaire reste l’installation vinicole adjacente.
Grâce à des analyses poussées en laboratoire et à la découverte de résidus de pépins de raisin, la mission a prouvé qu'il s'agissait de pressoirs dédiés à la production de vin rouge. Si ces installations ressemblent, par leur mécanisme, aux pressoirs à olives, leur identification comme unité vinicole constitue une première au Maroc. Ce quartier industriel et résidentiel a cependant connu un destin tragique. Les traces d'un incendie majeur au IIIe siècle après J.-C. témoignent d'une destruction brutale qui a figé les structures dans le temps.
Campagne 2026 : la découverte des thermes publics
Depuis le 6 avril dernier, la campagne de fouilles a pris une dimension nouvelle. Guidés par des prospections géophysiques (imagerie du sous-sol), les chercheurs ont ouvert un nouveau chantier dans la partie centrale, à proximité de l'Oued Beht.
C’est ici qu’une erreur historique a été rectifiée. "On pensait initialement, sur la base d'études anciennes, qu'il s'agissait d'un canal d'eau. Mais les fouilles actuelles confirment qu'il s'agit d'un établissement thermal public romain", explique le Dr Kbiri. Le dégagement de ces bains publics prouve que Rirha possédait des infrastructures urbaines de prestige, comparables à celles de Banasa ou de Thamusida, les deux autres métropoles majeures de la plaine du Gharb.

Une ville "en mille-feuille" : des Idrissides aux Mérinides
Rirha n’est pas qu’un site antique, c'est un "mille-feuille" chronologique. Après le retrait romain, le site a continué d'être un centre de vie. La maison romaine a ainsi été recouverte par des niveaux d'occupation islamique. Les archéologues y ont identifié des structures (fours, fosses) datant du IXe siècle (période idrisside) grâce à la céramique et aux analyses au carbone 14. Plus surprenant encore, des vestiges du XIVe siècle (période mérinide) ont été isolés, prouvant une pérennité urbaine qui s’étend sur près de 2 000 ans, jusqu'aux prémices de l'époque moderne.

à lire aussi
Article : Mondial 2026. Comment le Maroc a rivalisé avec le Brésil
ANALYSE. Après une première demi-heure très aboutie, l’équipe nationale a payé le prix de ses ambitions avant de se rendre à la raison face au Brésil, samedi 13 juin, lors de la première journée du groupe C. Si Ayyoub Bouaddi et Achraf Hakimi ont survolé la rencontre, le capitaine de l’EN n’est pas exempt de tout reproche sur le but égalisateur. Mais il n’est pas le seul.
Article : Fouzi Lekjaa : “Le Maroc ne doit son influence qu’à ses résultats”
Rumeurs d’influence, projet sportif marocain, CAF, FIFA, binationaux… Dans un entretien accordé à Al Jazeera, Fouzi Lekjaa défend une vision globale du football national et un modèle structuré, fondé sur la formation, la performance et l’impact social. Il écarte toute idée d’influence occulte ou de “pouvoir caché”.
Article : Made in EU : Renault et Stellantis plaident pour l’Europe, mais gardent une porte ouverte au Maroc
Dans une position commune adressée aux députés européens, Renault, Stellantis et Volkswagen soutiennent le principe d’un contenu européen de 70% pour les véhicules électriques. Les trois groupes demandent que seules les activités réalisées dans l’Union européenne et l’Espace économique européen soient comptabilisées comme européennes. Le Maroc resterait donc en dehors de ce calcul, mais pourrait continuer à jouer un rôle dans les chaînes de production grâce à la marge de 30% prévue pour les pays tiers.
Article : Qui sont ces Marocains qui traversent la planète pour leur équipe nationale ?
À la suite de la qualification historique des Lionceaux de l’Atlas pour la finale de la Coupe du monde U20 au Chili, près de 600 Marocains ont réussi à rejoindre Santiago en moins de quarante-huit heures. Derrière cette mobilisation exceptionnelle émerge une autre question : qui étaient ces femmes et ces hommes prêts à parcourir plus de 10.000 kilomètres pour assister à une finale mondiale de jeunes ? L’enquête révèle une réalité bien plus complexe et plus riche que l’image traditionnelle du supporter de football.
Article : Fiat prépare le lancement de deux nouveaux modèles : Fastback et Grizzly
Fiat élargit sa gamme avec deux nouveaux modèles destinés au segment C : les Fiat Fastback et Fiat Grizzly, dont le lancement est prévu en Afrique & Moyen-Orient au second semestre 2026.
Article : Gaz naturel : après le repli d’avril, les importations du Maroc repartent à la hausse
Les importations marocaines de gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) retrouvent une dynamique haussière, après un creux en mars et avril qui avait alimenté les craintes d’une crise d’approvisionnement. En cause, non pas les tensions au Moyen-Orient, mais une demande électrique saisonnière plus faible, accentuée cette année par une production hydroélectrique exceptionnelle. Explications.