Témoignages : les petits métiers du tourisme à Marrakech abandonnés à leur triste sort

A l’instar de l’écosystème sinistré par la pandémie, le microsystème touristique de la ville ocre, représenté par de petits métiers comme les cochers, guides, artisans et artistes ambulants, n’a pas été épargné. Médias24 a recueilli plusieurs témoignages tout aussi poignants les uns que les autres.

Témoignages : les petits métiers du tourisme à Marrakech abandonnés à leur triste sort

Le 3 novembre 2021 à 17h09

Modifié 3 novembre 2021 à 17h09

A l’instar de l’écosystème sinistré par la pandémie, le microsystème touristique de la ville ocre, représenté par de petits métiers comme les cochers, guides, artisans et artistes ambulants, n’a pas été épargné. Médias24 a recueilli plusieurs témoignages tout aussi poignants les uns que les autres.

Si l’on parle souvent de la détresse financière des hôteliers, des restaurateurs et de leurs nombreux employés au chômage technique, les petits métiers de conducteurs de calèche, de guides touristiques, de petits artisans ou artistes de la place Jemaâ El Fna semblent avoir été complètement oubliés par les autorités.

Des conducteurs de calèche désœuvrés obligés de revendre leur outil de travail

Joint au téléphone par Médias24, Soufiane, locataire de calèche, nous annonce en effet que, sans l'aide de bienfaiteurs, sa famille serait déjà à la rue et que le cheval qu’il loue serait mort de faim ou aux abattoirs.

"En effet, les 150 conducteurs de calèche qui sont répertoriés et qui disposent d’un agrément de transport délivré par les autorités locales de Marrakech vivent dans des conditions extrêmement difficiles depuis mars 2020.

"En l’absence de recettes provenant principalement des touristes étrangers, une partie d’entre eux ont dû revendre leurs chevaux.

"De plus, certaines bêtes sont mortes de faim faute de fourrage, ou ont achevé leur triste existence dans des abattoirs."

Aucune subvention publique pour les cochers

"Heureusement que nous avons reçu récemment 84 tonnes de fourrage d’une association d’aide aux animaux qui va nous permettre de nourrir les chevaux de la profession pendant un mois.

"Nous n’avons reçu aucune aide publique et encore moins la fameuse allocation mensuelle, comprise entre 800 et 1.200, réservée aux détenteurs de la carte RAMED car ceux qui ont un agrément et les cochers en sont exclus.

"Sachant que 80% de nos recettes provenaient des étrangers, nous essayons de survivre grâce à l’aide de certains bienfaiteurs, de MRE ou de gens modestes qui font appel à nos services pour nous aider", conclut Soufiane. Il reste cependant optimiste en tablant sur un retour rapide de la clientèle étrangère pour les fêtes de fin d’année.

Des guides reconvertis en marchands de légumes

Bien plus pessimiste, Hamid, guide touristique officiel de la ville ocre, nous confie que la situation de sa profession est tellement catastrophique qu’une bonne partie de ses collègues ont été contraints de changer de métier.

"En effet, avec seulement 20% de la demande de 2019, des guides ont dû se reconvertir comme marchands ambulants de fruits et légumes pour être en mesure de nourrir leur famille."

GPS et informel se sont ligués avec la crise sanitaire

"Sachant que l’essentiel de l’activité de guide repose sur des circuits dans la région ou à travers le Maroc, et qu’il y a très peu d’arrivées étrangères, notre situation financière est plus qu’alarmante.

"De plus, l’arrivée du GPS est en train de tuer notre activité, car les clients n’ont plus besoin de nos services pour s’orienter ou pour découvrir l’histoire d’un monument ou d’une région", déplore Hamid, qui évoque également le manque de structuration du secteur et l’impact négatif des guides informels.

« L’artisanat est en faillite totale »

Même son de cloche pour Abdellatif, propriétaire de plusieurs boutiques d’artisanat, qui affirme que son secteur est à l’agonie, en particulier s'agissant des petits producteurs qui ne peuvent plus écouler leurs produits.

"En l’absence de consommateurs finaux qui sont en grande majorité des touristes étrangers, les petits artisans ne trouvent plus de commerçants pour acheter leur production, même en réduisant leurs marges."

Un secteur qui se vide progressivement de ses maîtres-artisans

"Si les plus aisés sont obligés de stocker leur marchandise en attendant des jours meilleurs, une bonne partie des personnes qui disposent d’un savoir-faire ancestral ont également été obligées de se reconvertir dans d'autres secteurs.

"Ainsi, certains artisans aux mains d'or sont devenus gardiens de voitures, marchands ambulants de fruits et légumes ou ont monté des étals de fortune qui proposent un verre de thé, de café...

"C’est une véritable tragédie qui se déroule dans l’indifférence totale des responsables locaux, car une bonne partie du secteur de l’artisanat qui emploie des maîtres-artisans est en voie de disparition", conclut Abdellatif, qui estime à près d’un million le nombre de personnes vivant de l’artisanat à Marrakech.

Les artistes ambulants de Jemaâ El Fna oubliés par l'État

Poignant, le dernier témoignage de Meriem, chanteuse ambulante de la place Jemaâ El Fna, montre le manque de considération totale des envers tous les animateurs qui exerçaient dans ce lieu mondialement connu.

"Personne ne demande après nous ou ne se soucie de nos vies qui ont été massacrées par cette maudite pandémie. Certaines associations nous donnent un peu d’argent, mais du côté des autorités, toutes les portes nous sont totalement fermées alors qu’auparavant, nous faisions la fierté de la ville", déplore la chanteuse qui tient à souligner qu’avant mars 2020, elle et ses confrères avaient une "dignité sociale".

Une carte d'artiste sans aucune utilité

"Avec trois enfants, chaque jour qui passe est un véritable combat pour pouvoir trouver de quoi les nourrir, et sans la solidarité quotidienne de mes voisins, nous serions affamés.

"À quoi nous sert la carte d’artiste délivrée à grand renfort de publicité médiatique, alors que nous n’avons reçu la fameuse indemnité sociale de 800 dirhams que pendant les trois mois du confinement ?

"À titre personnel, j’ai des arriérés de loyers qui s’étalent sur deux ans, sans parler des factures d’eau et d’électricité qui s’amassent et que je suis incapable de rembourser", avoue Amal, paniquée à l’idée de devoir mendier sur la voie publique pour permettre à sa famille de survivre.

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