A Casablanca, la crise sanitaire a donné un coup de fouet à l’écosystème de startups

Au Maroc, les startups n'ont pas connu la crise ; elles vivent au contraire une dynamique inédite. A Casablanca, l'ambition de l'écosystème entrepreneurial local consiste désormais à positionner la ville comme un hub de l'innovation à l'échelle africaine.

A Casablanca, la crise sanitaire a donné un coup de fouet à l’écosystème de startups

Le 12 octobre 2021 à 10h33

Modifié 12 octobre 2021 à 10h33

Au Maroc, les startups n'ont pas connu la crise ; elles vivent au contraire une dynamique inédite. A Casablanca, l'ambition de l'écosystème entrepreneurial local consiste désormais à positionner la ville comme un hub de l'innovation à l'échelle africaine.

Casablanca est en train de s’affirmer comme la capitale des startups au Maroc. Une dynamique qui a commencé timidement dans les années 2000, mais qui s’est accélérée durant les dernières années. Pour autant, les acteurs de l’écosystème aspirent à plus ; ils veulent faire de Casablanca un hub africain pour les startups.

Les organisations et les évènements liés à l’entrepreneuriat se multiplient dans la capitale économique du Royaume. L’écosystème casablancais ne cesse de s’enrichir avec de plus en plus d’incubateurs, accélérateurs, hackathons, programmes d’accompagnement… Avec à la clé, de nombreuses startups qui se lancent dans l’aventure entrepreneuriale.

Médias24 a interrogé quelques-uns des acteurs-clés de cet écosystème. Ils sont unanimes :  l’écosystème casablancais est sur une dynamique positive qu’il convient de soutenir pour franchir de nouveaux échelons dans l’ambition de s’affirmer au niveau continental.

L’aventure entrepreneuriale séduit de plus en plus

Khalid Azzouzi, associé à Azur Innovation Fund, estime que « les jeunes générations voient ce qui se passe ailleurs, aux Etats-Unis, en Europe et même en Afrique où des licornes commencent à émerger et de belles réussites commencent à s’écrire. Cela crée une certaine émulation chez eux et contribue à déclencher une dynamique ».

Salma Kabbaj, co-fondatrice d’Impact Lab, témoigne : « Il y a une dynamique qui s’est installée depuis une dizaine d’années autour de la startup au Maroc, mais on assiste aujourd’hui à une montée en puissance, surtout en termes de qualité des entrepreneurs et des projets. Il y a de plus en plus d’entrepreneurs matures qui viennent avec une certaine expertise, avec des projets bien structurés qui répondent vraiment à des besoins du marché et avec des innovations intéressantes. »

L’écosystème concentré sur Casablanca mais avec une vocation nationale

Salma Kabbaj observe cette tendance dans tout le pays : « Ce n’est pas spécifique à Casablanca ; les entrepreneurs couvrent tout le Maroc. D’autres villes comme Agadir et Marrakech montrent une belle dynamique aussi. »

Elle avoue toutefois que « compte tenu du fait que l’activité économique en général est concentrée sur Casablanca, une grande partie des structures d’accompagnement ou des fonds d’investissement, qui sont des acteurs clés de l’écosystème des startups, sont naturellement aussi implantés entre Casablanca et Rabat ». 

Mais pour elle, cet écosystème casablancais a vocation à servir tout le Maroc : « Aujourd’hui, avec la digitalisation de l’activité, les incubateurs et les accélérateurs accompagnent les entrepreneurs de toutes les régions, sans qu’ils s’installent forcément à Casablanca. »

Une nouvelle boîte à outil qui a fait bouger les choses

Pour Lamiae Benmakhlouf, DG du Technopark de Casablanca qui concentre une partie de cet écosystème casablancais, puisqu’il héberge plusieurs structures d’accompagnement et de financement, « cette dynamique est due à plusieurs outils et initiatives qui sont ont amélioré l’offre d’accompagnement et de financement destinée aux startups ».

Elle cite les exemples de la création de l’Agence de développement du digital (ADD), les programmes incitatifs de Maroc PME et de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), ou encore le Centre régional de l’investissement (CRI) dans son nouveau rôle d’accompagnateur.

Mais c’est surtout le fonds Innov Invest géré par la Caisse centrale de garantie (CCG) qui, selon elle, a injecté un nouveau souffle en finançant les startups dans toutes les étapes, de l’idée jusqu’au développement (Innov Idea, Innov Start, Innov Risk). 

Khalid Azzouzi est du même avis : « Partout dans le monde, c’est le capital-risque qui investit dans l’innovation et dans les projets de demain. Avec ses 700 millions de dirhams, l’initiative Innov Invest est venue combler une lacune abyssale dont souffrait l’écosystème marocain. »

« Avant, les fonds dédiés à l’investissement dans les startups étaient de l’ordre de 50 millions de dirhams toutes les décennies. On ne pouvait pas aller très loin avec ces montants-là », explique-t-il.

Aujourd’hui, le financement n’est plus un problème

Pour lui, la vitesse avec laquelle ces fonds importants ont été déployés a pris de court le reste de l’écosystème : « Maintenant que les fonds sont disponibles, on doit monter en régime en termes d’innovation et de qualité des projets. »

Il estime que l’environnement juridique et légal doit aussi évoluer pour accompagner cette dynamique. Il appelle également à une mise à niveau du système éducatif pour préparer les bons profils d’entrepreneurs, autant sur les hard skills que les soft skills

La solution doit aussi venir, selon lui, dans la conception que se font les entrepreneurs de leur marché : « Aujourd’hui, nous vivons dans un marché mondial et ouvert. Une startup ne peut concevoir ses clients et ses concurrents qu’au niveau local. Le projet doit apporter une innovation qui peut être portée à l’international. »

La crise sanitaire a joué le rôle d’accélérateur

Dans cette dynamique, la crise sanitaire a plutôt joué un rôle positif. Lamiae Benmakhlouf en témoigne : « Nos meilleurs chiffres, on les a réalisés en 2020. Si on ne prend que le deuxième semestre 2020, on a accueilli 80 nouvelles start-up. C’est aussi grâce à la crise du Covid-19, qui a été une grande opportunité pour les startups du digital. »

« Beaucoup de startups ont été créées en répondant à des problématiques en rapport direct avec la crise, notamment dans la health tech, la ed tech et l’accélération de la transformation digitale dans les industries », ajoute-t-elle.

Convergence et synergies à développer

« C’est un écosystème en ébullition, mais ce qui a été réalisé jusque-là, malgré que ce soit important, est encore en deçà de nos capacités. Pour franchir un palier, il faudra arriver à plus de convergence et de synergie entre les différents acteurs », poursuit-elle.

Elle pense que cela peut se faire en opérant un rapprochement entre les acteurs privés et publics de l’écosystème, les universités et les opérateurs industriels de la région. « Chaque secteur ou industrie de la région a des besoins et des problématiques auxquels les startups marocaines peuvent répondre. »

« C’est un modèle qui marche et qu’on a expérimenté, notamment avec l’éco-cité de Zenata avec laquelle Technopark a travaillé sur un programme de développement de la smart city, et où nos startups ont développé des solutions innovantes pour la ville qui sont en cours de réalisation. »

Salma Kabbaj est du même avis : « Aujourd’hui on a plusieurs initiatives qui opèrent en parallèle, mais il manque de la coordination et de la synergie dans le cadre d’une stratégie globale pour faire en sorte que le Maroc puisse se positionner à la place qu’il mérite. »

Une ambition africaine

Elle pense aussi que le Maroc doit s’activer rapidement pour préparer l’avenir : « La prochaine étape, c’est qu’on ait une stratégie nationale pour le développement de l’écosystème avec l’ambition de positionner le Maroc comme l’un des principaux hubs de la startup en Afrique. »

« Aujourd’hui on est retard au niveau de l’Afrique, car beaucoup de pays sur le continent ont fait de l’innovation et de la startup une priorité nationale. Que ce soit le Nigéria, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et encore plus proches de nous l’Egypte et la Tunisie, ils ont tous défini l’innovation et la startup comme des éléments de leur compétitivité nationale. Ils ont mis en place un cadre juridique attractif, des incitations pour attirer le talent entrepreneurial et faciliter la croissance des startups. »

« Finalement cela a payé. Quand on compare les montants des investissements étrangers injectés dans les startups de ces pays-là, par rapport aux startups marocaines, on constate qu’on est à la traîne. Alors qu’on est dans le top 5 des économies africaines (PIB), quand il s’agit des investissements étrangers injectés dans les startups, on est classés au 9ème ou 10ème rang. »

Khalid Azzouzi estime qu’il faut concevoir la concurrence à l’échelle mondiale : « Il y a une concurrence internationale même entre les écosystèmes pour débaucher les entrepreneurs. On le constate avec des startups marocaines qui ont déménagé ailleurs, comme vers la French Tech, attirées par des incitations et des avantages qui leurs sont proposés. »

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