Le commerce extérieur plombé par le fret maritime, les produits frais davantage pénalisés
Déficit de navires et renchérissement des prix du fret maritime : deux facteurs qui freinent actuellement le commerce mondial et perturbent fortement les exportations marocaines. En cause, l’explosion de la demande, à la suite des signes de reprise économique qui s'esquissent partout dans le monde.
"Le Maroc est, bien évidemment, touché de plein fouet par ce phénomène de dimension internationale", souligne Aziz Mantrach, vice-président de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex) et président de sa commission logistique.
Le problème est vécu avec une intensité remarquable, même par les pays européens qui disposent de méga-transporteurs manipulant 65% du volume mondial, relève M. Mantrach qui est également expert du domaine maritime. Et il ne se limite pas uniquement au transport maritime.
La flambée qui s’est emparée des matières premières, produits énergétiques et composants industriels, renseigne sur l’ampleur de la demande, en cette période d’allègement de la pandémie du Covid 19.
Il n’en demeure pas moins que le fret, dont les tarifs ont explosé de 500% par rapport à 2019, ne représente que 12% de la valeur de la marchandise. Ceci est surtout valable pour les marchandises à forte valeur ajoutée.
Mais, pour le Maroc, le problème se pose surtout pour les produits frais (agrumes, primeurs et poissons). En particulier vers des destinations hors Europe occidentale.
Trouver un bateau disponible est un défi
Aujourd’hui, le défi est de trouver un bateau disponible, dans ce contexte de surcharge des carnets de commandes des armateurs. Et, pour le Maroc, l’enjeu est de taille. Il s’agit d’assurer la moitié des exportations d’agrumes (35% vers la Russie et environ 15% vers l’Amérique du Nord) pour une production qui s’annonce en hausse de 15%, par rapport à la dernière saison, soit 2,4 millions de tonnes.
Pour les primeurs, le volume exporté hors Union européenne représente entre 10% et 15% du total export, qui s’élève à 1,2 million de tonnes (chiffre réalisé en 2020-2021). Le tout, réalisé par conteneur frigorifique.
Et le principal concurrent, l’Espagne en l’occurrence, dispose d’une production d’agrumes en hausse de près de 5%, soit 6, 5 millions de tonnes. Ce qui complique la situation pour les professionnels qui ont également subi de fortes augmentations des autres frais d’approche.
Pour le moment, l’issue qui paraît négociable est d’opter pour les bateaux conventionnels réfrigérés. «Autrement dit par palettisation», recommande le président de la commission logistique de l’Asmex. A ses yeux, la crise du transport maritime se pose, avec plus d’acuité, pour le mode conteneurisé que pour le vrac ou le conventionnel. "Il représente entre 14% et 16% du volume global des échanges extérieurs du Maroc", précise l’expert.
Mais, à l’import, il concerne surtout les marchandises à forte valeur ajoutée : composants automobile, électroménager, médicaments, équipements technologiques, textiles, agroalimentaire…
Mener les négociations en bloc
Il n’en demeure pas moins que des pistes d’atténuation de la crise du transport maritime sont à emprunter. "Certes des négociations avec les armateurs sont en cours actuellement, mais elles sont menées en ordre dispersé", constate Mantrach. Résultat, un effritement du pouvoir de négociation des chargeurs marocains.
L’idéal, selon l’expert, est d’initier des regroupements dans l’objectif de massifier le volume et de disposer ainsi d’un pouvoir de négociation conséquent. "A cet effet, l’Association marocaine des exportateurs est toute disposée à accompagner les chargeurs marocains", s’engage le président de la commission logistique de la profession.
Car même s’il y avait un rééquilibre de l’offre et de la demande, le niveau des prix des tarifs maritimes resterait au-dessus de ceux de 2019, soit 5.000 dollars l’unité. Actuellement, le transport d’un conteneur 40 pieds, au départ de Shanghai, est négocié aux alentours de 10.000 dollars.
Dans le cas des produits frais, cette base est encore à augmenter de 10% à 15%. Car il s’agit de conteneurs frigorifiques dont le nombre par bateau est souvent limité, compte tenu de plusieurs paramètres liés au maintien de la chaîne de froid et de la demande. Cette dernière fait également l’objet d’une compétition entre les pays exportateurs.
"La pratique montre que la préférence des compagnies maritimes va au plus offrant", signale cet expert du domaine maritime. Cela a été constaté chez nos concurrents espagnols, s'agissant des expéditions des agrumes et tomates sur les marchés de l’Amérique du Nord. Et la présente campagne agrumicole sera indubitablement marquée, par une rude compétition.
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