Après la débâcle historique, le PJD entre déni et autocritique
Au PJD, gueule de bois au lendemain de l'annonce des résultats des législatives. Des figures du parti appellent à l'autocritique et réclament la tête du secrétariat général. Sonnés, d'autres versent dans le déni. Tous les membres du secrétariat général, dont Elotmani, ont présenté ce jeudi après-midi, une démission collective.
« Les Marocains ont puni le PJD ». La phrase émane de l’une des figures du parti. Amina Maelaianine commente amèrement la déroute de sa formation quelques heures après la proclamation des résultats des législatives.
13 sièges contre 125 en 2016. Une débandade historique. Si l’on se réfère au règlement intérieur de la Chambre des représentants, le PJD n’aura même pas droit à la constitution d’un groupe parlementaire. Le seuil pour ce faire est fixé à 20 sièges.
Premier parti du Maroc depuis deux législatures, la formation islamiste devient seulement la 8ème force politique à la première Chambre, où elle vire de facto dans l’opposition.
« La réalité est que, pendant toute la période précédente, notre grand parti était géré par un petit commandement », estime Maelaianine. Une pique au « frère » El Otmani qu’elle invite à « présenter sa démission » du secrétariat général du parti.
Le même appel a été formulé plus tôt dans la journée par Abdelilah Benkirane. Lequel impute implicitement cette « défaite douloureuse » à son SG dont il espère une démission « dans les plus brefs délais ». Les désaccords entre Elotmani et son prédécesseur sont notoires. Ils semblent atteindre leur paroxysme avec cette nouvelle sortie de Benkirane.
« Le parti doit reconnaître sa défaite et examiner ses causes latentes ou manifestes avec audace et courage », estime Maelainine. « Il faudra méditer le nombre de voix et le comportement de l’électeur dans les villes, à commencer par la circonscription Rabat-Océan », ajoute la militante. Une autre manière de critiquer El Otmani, défait dans cette circonscription très disputée.
Le PJD a « besoin d’autocritique », dit laconiquement Abdelali Hamidine. Aujourd’hui privé de toute candidature, l’ancien conseiller adopte une posture de lucidité vis-à-vis du dernier scrutin.
Au sein du même parti, d’autres positions oscillent entre l’incompréhension et le déni. « Je n’ai aucune explication à ces résultats catastrophiques », soutient Aziz Rabbah. Dans une lettre au ton testamentaire, le président sortant du conseil communal de Kenitra semble s’excuser auprès de ses habitants. Et affirme qu’en additionnant les votes de « membres, sympathisants, leurs familles, proches, amis (…) », cela aurait pu lui garantir « la première place et par excellence ».
El Habib Choubani dit peiner, lui aussi, à analyser le désaffection des électeurs pour son écurie. « Il n’y a d’explication ni dans la science politique, ni dans la science sociale aux résultats du scrutin du 8 septembre, même en étant des ennemis crachés de toutes les couches populaires sans exception », fustige le président sortant de la région Daraâ-Tafilalet. L’ancien ministre réitère les critiques, déjà redondantes, sur l’usage de l’argent dans la dernière campagne électorale.
Dans le communiqué qui annonce la démission collective des membres du secrétariat général, ces derniers sont également entre le déni et la responsabilité. Ils déclarent ne pas comprendre ces résultats "illogiques et incompréhensibles".
La fin d’une séquence
De ces élections, on semble retenir davantage la débâcle du PJD que la victoire écrasante du RNI. Et pour cause, « jamais un parti n’a perdu autant entre deux élections », commente David Goeury. L’analyste voyait venir ce « crash » à des kilomètres, comme en attestent ses déclarations à Médias24.
« Avec l’absence des réalisations sur le terrain, l’épuisement des réseaux militants et le vieillissement de ses cadres, il n’a pas su mobiliser une nouvelle génération dès 2015 ou 2016 », explique le géographe, sollicité dans une deuxième interview.
Interrogée par nos soins, une autre source place cet épisode dans un contexte plus global. Celui d’une « fin de séquence » pour « l’Islam politique dans le monde arabe », citant les cas de la Tunisie et de l’Egypte. Ce fin connaisseur des mouvements islamistes questionne leur capacité « à anticiper les évènements et au final, à gérer la cité ». Il donne l’exemple de grandes mairies au Maroc (Casablanca ou Fès) dont la gestion, sous le mandat PJD, aura été marquée par une « absence de vision ».
PJD : Démission d'El Otmani et des membres du secrétariat général du parti
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