Agrumes et primeurs : l’export risque d’être plombé par le fret maritime
Après deux campagnes jugées très moyennes où leurs finances ont été mises à mal, les agrumiculteurs doivent faire face à une troisième campagne compliquée, mais cette fois-ci pour d'autres raisons. En plus du manque de visibilité, ils doivent faire face à d'importants problèmes de fret maritime. Éclairage.
Les opérateurs de la filière des fruits et légumes naviguent à vue. A la veille du démarrage de la campagne d’exportation, ils sont nombreux à relever l’absence quasi-totale de visibilité quant aux prévisions de production et des exportations d’agrumes et primeurs.
Pire, ils doivent faire face également à des perturbations devant affecter le transport maritime, comme nous le confirment des sources dans les milieux exportateurs.
Fermeture de lignes maritimes importantes
Une hausse sans précédent des prix du fret maritime pointe à l’horizon, en cette période de négociation des contrats, anticipent certains milieux professionnels. Ce qui leur complique davantage la tâche, c'est que des lignes importantes risquent de fermer.
C'est le cas notamment des lignes maritimes long courrier Maroc-Russie et Maroc-Canada. Des lignes directes vers de principaux clients des exportateurs marocains. D’ailleurs celle reliant Agadir à Saint-Pétersbourg a été fermée en plein campagne d’exportation 2020-2021.
«Et tout porte à croire que ces deux lignes seront fermées définitivement lors de cette campagne», anticipe un grand opérateur de la filière. Ce qui se traduirait par d’importantes pertes de parts de marché pour le pays.
Ces fermetures obligent les exportateurs et les opérateurs logistiques à chercher des solutions souvent coûteuses et même périlleuses. Selon un grand opérateur de la logistique, la reconfiguration attendue des lignes maritimes comporterait des dangers pour la production marocaine. Certaines expéditions à partir du Maroc seront réalisées à travers des navires venant d’Asie ou d’autres ports et transitant par Tanger-Med. Ce qui représente un risque pour des produits périssables comme les fruits et légumes. C’est cet aspect que certains producteurs marocains sont en train de débattre avec des armateurs avec lesquels ils ont des partenariats depuis de longues années, nous explique-t-on.
Branle-bas de combat chez les opérateurs
Face à cette situation, les opérateurs regroupés dans la Fédération marocaine des producteurs et exportateurs des fruits et légumes (Maroc-Citrus) multiplient les démarches dans l’objectif de sensibiliser le gouvernement sur les retombées négatives de la hausse du coût du transport maritime. Surtout que «le surcoût attendu ne peut en aucun cas être répercuté sur les prix de vente», souligne un opérateur sondé par Médias24. Les contrats de vente ayant déjà été passés avec les gros acheteurs.
Autrement dit, les exportateurs marocains devraient encore grignoter sur leurs marges déjà épuisées lors de la campagne dernière. Celles-ci s’étant certes distinguées par une hausse remarquable des volumes expédiés mais les résultats commerciaux n’ont pas suivi.
Selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture, les exportations de fruits et légumes frais réalisées entre le 1er septembre 2020 et le 30 juillet 2021, ont atteint près de 2 millions de tonnes contre 1,88 million lors de la campagne précédente, soit une hausse de 5%. Parallèlement, l’export des agrumes a enregistré une augmentation de 3% à 537.000 tonnes. La même tendance à la hausse a été constatée pour les produits maraîchers dont le volume exporté a atteint 1, 44 millions de tonnes (+6% par rapport à la campagne précédente).
Néanmoins, les résultats commerciaux se sont inscrits en baisse plus ou moins prononcée. Ceci, suite à deux campagnes jugées très moyennes, voire catastrophiques pour certains opérateurs qui n’ont pas pu couvrir leurs coûts de production et frais d’approche.
En 2018-2019 les pertes globales subies par les agrumiculteurs ont été estimées à près de 2 milliards de DH. Elles résultaient de la conjugaison de plusieurs facteurs : une production exceptionnelle tant au Maroc qu’au niveau du bassin méditerranéen et un retard de maturité de 4 à 5 semaines.
Dans ce contexte, les opérateurs de la filière ont subi un effondrement des prix et l’abandon sur arbre d’une part importante de la production. Malheureusement, le faible niveau de la production enregistrée durant la campagne suivante 2019/2020 (moins de 1,7 million tonnes) avait encore aggravé la situation de trésorerie des producteurs. Résultat, nombreux sont les producteurs qui croulent toujours sous le poids de l’endettement.
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