Une étude marocaine établit un lien entre troubles sexuels et consultation excessive des smartphones

L’utilisation excessive des smartphones, particulièrement dans la chambre à coucher, peut conduire à un désinvestissement total des partenaires vis-à-vis de la sexualité. Un détournement qui s’explique par le fait que le plaisir n’est plus éprouvé à travers l’acte sexuel en lui-même, mais par la consultation des notifications.

Une étude marocaine établit un lien entre troubles sexuels et consultation excessive des smartphones

Le 8 juin 2021 à 11h54

Modifié 8 juin 2021 à 15h54

L’utilisation excessive des smartphones, particulièrement dans la chambre à coucher, peut conduire à un désinvestissement total des partenaires vis-à-vis de la sexualité. Un détournement qui s’explique par le fait que le plaisir n’est plus éprouvé à travers l’acte sexuel en lui-même, mais par la consultation des notifications.

C’est une première dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient : une étude scientifique conduite au Maroc, sur la seule ville de Casablanca, a établi un lien significatif entre les troubles de la sexualité, notamment érectiles, et l’utilisation excessive des smartphones. Intitulée « Impact des smartphones sur les troubles sexuels au sein de la population casablancaise », l’étude a été réalisée par le Pr Redouane Rabii, urologue, chef du service d’urologie et de santé sexuelle à l’hôpital Cheikh Khalifa et professeur en urologie à l’université Mohammed VI des sciences de la santé, et le Pr Khalid Balar, professeur en informatique et modélisation statistique à l’université Hassan II de Casablanca. Elle a été publiée en septembre 2020 dans la revue scientifique International Journal of Science and Research (IJSR).

Tous deux ont interrogé les effets d’une surutilisation des écrans sur la santé sexuelle et tenté de savoir si la consultation abusive des smartphones dans les chambres à coucher peut constituer un facteur de risque sur la sexualité de couple. Un échantillon de 600 personnes a été sélectionné aléatoirement, dont 452 personnes ont été retenues (240 hommes et 212 femmes). Seuls des sujets mariés ont été inclus dans l’étude. L’enquête a été réalisée sous la forme d’un questionnaire administré par voie électronique. La collecte des réponses a duré quatre semaines.

Les résultats montrent que 50.5% des sondés se disent insatisfaits de leur vie sexuelle. De plus, 11.5% rapportent une dysfonction érectile sévère ; 35% disent souffrir d’une baisse de libido et 20.4% d’éjaculation précoce. Par ailleurs, 20% des femmes souffrent de dyspareunie (douleurs durant les rapports sexuels).

Les résultats montrent également que 82.9% des patients souffrant de troubles sexuels utilisent des appareils électroniques simultanément à l’utilisation du smartphone (comme la télévision ou l’ordinateur) ; 12.5% des personnes qui utilisent plusieurs appareils électroniques en même temps, souffrent de troubles érectiles, et seulement 14% des patients atteints de ces troubles les associent à une utilisation excessive des smartphones.

« Une analyse détaillée des réponses a montré une augmentation de l’incidence des troubles sexuels, plus précisément sur le groupe d’âge allant de 20 à 45 ans. Cette prévalence est particulièrement élevée chez les sujets utilisant plusieurs appareils électroniques en même temps. Le taux relatif aux troubles sexuels est particulièrement élevé chez les couples utilisant des smartphones dans leur chambre », souligne encore l’étude.

Le plaisir est éprouvé à travers le fait de consulter ses notifications

« Je vois de plus en plus de jeunes personnes, entre 25 et 45 ans environ, qui souffrent de troubles de la sexualité, notamment érectiles, sans pathologie associée. C’est cela qui m’a interpellé. Jusqu’à présent, très peu d’études ont été consacrées au lien entre utilisation excessive de smartphones et troubles de la sexualité, à l’exception de quelques études britannique et américaine », indique le Pr Redouane Rabii, contacté par Médias24.

« Les smartphones sont désormais partout, y compris dans les chambres à coucher. On ne se permettrait pas de fumer ou de manger dans la chambre, mais de naviguer sur son téléphone, oui, largement. Les smartphones se sont donc introduits dans les chambres à coucher sans permission, je dirais. Chacun regarde ses mails professionnels, ses messages WhatsApp, son compte Instagram… Ce ne sont pas les ondes émises par les smartphones qui « tuent » la sexualité, mais bien l’attrait irrésistible que ces appareils suscitent, c’est-à-dire un rapport addictif. L’addiction entraîne une attention dispersée, alors que la sexualité est un domaine où la composante psychologique, notamment l’attention, joue un rôle très important », explique encore le Pr Redouane Rabii.

L’urologue indique également que « 82% des couples interrogés possèdent même une télévision dans leur chambre ». « Cela entraîne une distraction très forte, et même un désinvestissement, un détournement total de l’individu vis-à-vis du rapport sexuel », poursuit-il. Et pour cause : le plaisir est en réalité éprouvé à travers le fait de consulter ses notifications et d’y répondre (et donc d’entretenir l’addiction), et non plus dans l’acte sexuel lui-même. « Ce manque d’intérêt pour la sexualité, détournée par l’addiction aux écrans, s’installe progressivement, sans forcément que l’un des partenaires s’en rende compte, au point de finir par devenir une habitude. Exactement comme n’importe quelle autre drogue », souligne le Pr Redouane Rabii. Et les traitements médicaux s’avèrent souvent inefficaces, puisque la cause de ce désinvestissement n’est pas tant organique, mais bien psychologique.

Le Pr Rabii l’affirme : « L’irruption des smartphones dans nos vies, et surtout leur utilisation abusive, peut causer des troubles de la sexualité. Auparavant, la chambre était strictement réservée au couple : ni la télévision ni les téléphones n’y avaient leur place. Je ne dis pas qu’il faut interdire la présence des smartphones dans la chambre à coucher, mais désactiver les notifications entre le soir et le matin peut être une bonne chose pour limiter leurs effets néfastes. »

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