Reportage. Au point de passage Bab Sebta, retour progressif à la normale
Depuis mardi 18 mai, les candidats à la migration vers l’enclave de Sebta sont bloqués par les forces de sécurité marocaines qui les empêchent de s’approcher du point de passage. Si certains restent agglutinés à proximité et que d’autres continuent d’affluer des villes du centre et du sud, la grande mobilisation sécuritaire n’offre plus aucun moyen de passer vers la ville.
Sur la route vers Fnideq, on les croise par paquets de trois ou quatre, des jeunes, sac à dos, qui marchent (si, si) le long de la route, ou qui font du stop. D'autres, plus fortunés ou moins démunis, ont pris les transports collectifs pour approcher cet endroit dont parle Facebook et toutes les vidéos WhatsApp. Cette ville où il suffit maintenant d'enjamber quelques centaines de mètres et de se déclarer mineur, pour y rester.
Certes, des bruits font état d'une parenthèse vite refermée. Mais il s'agit certainement de racontars de gens envieux. Ou méchants. Ou mal informés.
Ils y ont donc cru jusqu'au bout et bouffé du bitume pour y arriver.
Au final, quel désenchantement!! Au dernier rond-point qui précède le point de passage, sur cette route coincée entre la mer et les hauteurs, des policiers lourdement casqués barrent la route. Le lieu convoité n'est qu'à quelques centaines de mètres. Mais personne ne passe.
Certains rebroussent chemin ou s'en vont chercher fortune à Fnideq, Tétouan ou Tanger. D'autres restent, s'accrochent à l'espoir. Peut-être qu'on les laissera passer au cours de la nuit. Ou le lendemain. Ils sont donc là, sur le gazon communal, et s'occupent comme ils peuvent, tous regardant les forces de l'ordre qui à leur tour les observent.
Trois jours après le passage d’environ 10.000 personnes vers l’enclave de Sebta, un nombre difficile à estimer de candidats d’origine marocaine et subsaharienne continuent de croire qu’ils pourront traverser clandestinement le point de passage pour rejoindre la péninsule ibérique.
Avant d’arriver à Fnideq, nous avons eu l’occasion d’interroger les gendarmes des barrages routiers, qui nous ont affirmé que de nombreux candidats à la migration de plusieurs nationalités continuaient à affluer vers la frontière du nord et que certains venaient même de villes lointaines comme Agadir.
Selon nos interlocuteurs, le flux a commencé à se tarir mardi 18 mai après l’arrivée et l’intervention de nombreuses compagnies mobiles d’intervention (CMI) qui ont interpellé momentanément des centaines de migrants potentiels pour les déplacer dans des fourgonnettes vers des villes lointaines.
En effet, juste avant d’arriver à Fnideq, nous avons remarqué que de nombreux jeunes qui avaient compris que la frontière était désormais sous contrôle rebroussaient chemin vers leur ville d’origine.
Si la majorité des candidats notamment subsahariens ont préféré reporter leur tentative de passage vers l’Espagne, plusieurs centaines de jeunes, dont une bonne partie de mineurs, sont restés regroupés dans le dernier rond-point de Fnideq qui mène au point de passage vers Sebta.
Bloqués par des agents en tenue anti-émeute présents dans tous les points d’accès menant à l’enclave, ces jeunes originaires pour la plupart de Casablanca ont tenté plusieurs fois sans succès de forcer le filet sécuritaire présent sur la route mais aussi sur les plages attenantes à Sebta.
Lors de nos déplacements, plusieurs nous ont assuré qu’ils ne « lâcheraient pas l’affaire » et qu’ils renouvelleraient à la nuit tombée leur tentative de passage par la plage à la nage ou avec des bouées.
Au regard de l’intense mobilisation des forces de sécurité, leur pari a très peu de chances de réussir d’autant plus qu’un officier nous a affirmé sous couvert d’anonymat que la récréation serait bel et bien terminée au cours de la journée de demain, ce jeudi 20 mai ..
Ci-après, les photos de notre reportage entre Rabat et Fnidek :
PHOTOS MEDIAS24
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