Elections 2021: les différents scénarios de coalition gouvernementale (expert)

Sachant que la rentrée parlementaire de la future onzième législature aura lieu le deuxième vendredi d’octobre, soit le 8, le gouvernement aura donc un mois pour être constitué après le scrutin législatif du 8 septembre. Si personne n’est en mesure d’assurer quel sera le parti qui arrivera en tête pour diriger le futur gouvernement, le chercheur David Goeury, membre de Tafra et du laboratoire Médiations de Sorbonne Université présente ses scénarios de coalition gouvernementale.

Elections 2021: les différents scénarios de coalition gouvernementale (expert)

Le 16 mai 2021 à 17h54

Modifié 16 mai 2021 à 17h55

Sachant que la rentrée parlementaire de la future onzième législature aura lieu le deuxième vendredi d’octobre, soit le 8, le gouvernement aura donc un mois pour être constitué après le scrutin législatif du 8 septembre. Si personne n’est en mesure d’assurer quel sera le parti qui arrivera en tête pour diriger le futur gouvernement, le chercheur David Goeury, membre de Tafra et du laboratoire Médiations de Sorbonne Université présente ses scénarios de coalition gouvernementale.

Cinq mois avant l’ouverture de la 11e législature, les pronostics vont bon train pour savoir qui dirigera le futur exécutif et quels seront les partis qui feront partie de la coalition gouvernementale.

Médias24 a sollicité le chercheur David Goeury au sujet des combinaisons possibles.

Le quotient électoral, une épine dans le pied du PJD

A la question de savoir si une coalition gouvernementale se dessinait d’ores et déjà à l’horizon, Goeury rappelle que la réforme du quotient électoral va clairement défavoriser le PJD.

« Le PJD est arrivé à performer avec une double victoire aux législatives de 2011 et de 2016. Cette réforme soutenue par l’ensemble des partis politiques de la majorité et de l’opposition est apparue comme étant le seul moyen de le battre et de mettre fin à son hégémonie.

«En 2016, le PJD est arrivé à avoir un élu dans 69 circonscriptions sur 92 et que dans d’autres il n’a pas obtenu d’élu mais était proche d’en décrocher un, ce parti urbain a réussi entre 2011 et 2016 à étendre son assise dans plusieurs petites villes.

«Avec la réforme du quotient, le PAM serait arrivé devant le PJD en 2016»

« Le seul parti qui arrivait à faire mieux que le PJD était le PAM qui a obtenu un élu dans 74 circonscriptions et selon nos calculs, s’il y avait eu la réforme du quotient électoral en 2016, le PAM serait arrivé légèrement devant le PJD en nombre de sièges.

« Mais en réalité, la prouesse du PAM, aux dernières législatives, s’explique surtout par le fait que le parti du tracteur a réussi à débaucher 12 députés issus des rangs du RNI, du PI et même du MP.

«Le phénomène de migration ne se fera plus dans un seul sens»

« Aujourd’hui, ces partis ne sont aucunement disposés à laisser leurs candidats migrer vers le PAM et c’est plutôt le contraire qui se passe car ils sont en train de récupérer d’anciens transfuges.

« De leur côté, les militants du PJD qui sont assez fidèles à leur parti ne risquent pas de migrer vers d’autres horizons.

« Le PAM ne pourra pas rééditer son exploit de 2016 »

« Par conséquent, il y aura un phénomène de jeu à somme nulle dans les 59 circonscriptions à deux ou trois sièges où le PJD devrait en obtenir un et les trois autres (RNI, PI et PAM) devront se partager le siège ou les deux sièges restants.

« A partir de là, le PAM aura beaucoup de mal à rééditer sa prouesse de 2016 et l’Istiqlal ou le RNI auront beaucoup de mal à devenir le nouveau parti hégémonique. Mécaniquement, le PJD aura de fortes chances d’arriver en tête, même si cela sera de façon beaucoup moins écrasante.

Une coalition PJD-Istiqlal-PAM-PPS, scénario crédible

« En cas de victoire, le parti de la lampe pourra s’allier avec l’Istiqlal comme il l’avait déjà fait en 2011 avant que les prises de position de Chabat ne fassent sortir son parti de la coalition de Benkirane.

« L’Istiqlal, le PAM et le PPS ont fait une déclaration commune qui condamnait les visées électoralistes de la fondation Joud comme mise au service du RNI avant d’être reçus la semaine suivante au domicile du chef du PJD, une alliance des quatre n’est par conséquent plus à exclure. Par contre, une coalition RNI-PAM-Istiqlal comporte un gros risque de blocage car ces partis vont lorgner les mêmes ministères.

PJD + Opposition : Au bas mot, 210 sièges sur 395

« A partir de là, une alliance PJD-PAM-Istiqlal est bien plus probable et crédible.

« S’il y a une contre-performance du PAM en septembre avec 60 ou 70 sièges, une remontée probable de l’Istiqlal avec le même nombre d’élus, et un PJD qui fera au moins 80 sièges, la majorité requise sera largement dépassée avec au moins 210 sièges sans compter le PPS qui pourrait venir en force d’appoint avec une dizaine de sièges », estime David Goeury en rappelant qu’en 2016, le score législatif du PJD additionné à celui du PAM aurait été largement suffisant pour mener un gouvernement à deux (224 sièges sur 395).

L’appétit gouvernemental sépare trop le RNI du PAM et de l’Istiqlal

« En fait, l’Istiqlal et le PAM pensent qu’il est plus facile de négocier avec un PJD à la primature que de le faire avec le RNI d’autant plus que les ministères qui intéressent ces deux partis d’opposition sont les mêmes que ceux convoités par le parti de la colombe.

« Les ministères à forte dimension économique comme celui de l’Agriculture se révèlent stratégiques pour entretenir les réseaux de clientèle qui soutiennent ces partis notamment dans l’accès aux subventions pour le développement agricole ou d’aides d’urgence après des aléas climatiques …

« Idem pour le département de l’Industrie où il y a déjà eu plusieurs confrontations entre le RNI et l’Istiqlal qui dénonçait la mainmise du RNI sur la CGEM et sur les chambres de commerce et d’industrie », précise le chercheur qui tient cependant à rester prudent sur le scénario d’une coalition PJD-PAM-Istiqlal-PPS.

« L’alliance PJD-PAM-Istiqlal-PPS peut être balayée par des aléas personnels »

« Si une telle alliance est crédible, il faut cependant préciser que ce scénario peut être bouleversé dans les quatre mois qui nous séparent du scrutin sachant qu’il peut se passer beaucoup de choses.

« Il est donc préférable de rester prudent car le jeu politique n’est jamais à l’abri d’aléas personnels lié au chef de parti comme ce fut le cas avec l’Istiqlal en 2016.

«Si le PJD arrive deuxième, une coalition PAM-Istiqlal avec le RNI pourrait voir le jour»

« S’il devait arriver après le RNI, le PAM ou l’Istiqlal, il y a très peu de chances que le PJD participe au prochain gouvernement d’autant plus qu’en l’absence d’accord formel avec les trois partis d’opposition, rien n’empêchera ces derniers de chercher d’autres alliés.

 » Dans ce cas, il est possible que les trois partis trouvent un compromis pour gouverner ensemble.

«Echaudé par la trajectoire de l’USFP, le parti de la lampe préférera aller dans l’opposition plutôt que de s’accrocher au pouvoir»

« Par ailleurs, si le PJD devait arriver second, le chef du PJD sera certainement tenu responsable de cet échec et la majorité de sa base préférera basculer dans l’opposition pour mieux rebondir en 2026.

« Sachant qu’il existe une forte démocratie interne au sein du PJD et que de nombreux militants redoutent d’avoir à terme la même trajectoire que l’USFP, les militants privilégieront un retour à l’opposition plutôt qu’une participation au gouvernement qui finirait par provoquer un effondrement de son assise électorale », conclut David Goeury, en précisant que dans ce cas de figure, il y aura un effet d’opportunités où tout sera renégocié entre le RNI, le PAM ou l’Istiqlal en fonction de celui qui obtiendra la chefferie du gouvernement pour s’adjuger les ministères clés.

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