Elections 2021: la campagne va s’accélérer (avis d’expert)

Après la divulgation du calendrier électoral dont les dates se situent entre août et octobre, Médias 24 a sollicité le chercheur David Goeury pour analyser le déroulement de ces élections. Si le membre de Tafra et du laboratoire Médiations de Sorbonne Université avance que le fait de réunir le même jour le scrutin national, communal et régional augmentera sûrement le taux de participation électorale, cela ne facilitera pas pour autant les négociations pour désigner le futur gouvernement.

Elections 2021: la campagne va s’accélérer (avis d’expert)

Le 16 mai 2021 à 12h34

Modifié 16 mai 2021 à 16h23

Après la divulgation du calendrier électoral dont les dates se situent entre août et octobre, Médias 24 a sollicité le chercheur David Goeury pour analyser le déroulement de ces élections. Si le membre de Tafra et du laboratoire Médiations de Sorbonne Université avance que le fait de réunir le même jour le scrutin national, communal et régional augmentera sûrement le taux de participation électorale, cela ne facilitera pas pour autant les négociations pour désigner le futur gouvernement.

Trois mois avant le premier scrutin professionnel prévu le 6 août prochain suivi le 8 septembre par les législatives, les locales et les régionales, puis des élections préfectorales et provinciales le 21 septembre et enfin du scrutin à la chambre des Conseillers, le 5 octobre, la campagne électorale va s’accélérer.

La campagne électorale va commencer dans les syndicats affiliés aux partis politiques

Sollicité par Médias24, le chercheur David Goeury pense que le fait d’avoir priorisé les élections professionnelles dans le calendrier électoral permettra aux partis politiques de se lancer dans la campagne, en commençant par mobiliser leurs réseaux professionnels avant leur électorat national.

« Aujourd’hui, il y a déjà une intense activité auprès des centrales syndicales avec lesquelles certains partis sont liés.

« Les partis vont essayer de privilégier leur relation avec les syndicats pour s’assurer la mobilisation des militants et également nourrir leur programme par rapport à l’agenda social qui est très important dans le contexte de la pandémie actuelle.

« C’est un premier enjeu extrêmement important qui permettra de faire bloc avec les militants et même de pouvoir contourner certaines discussions idéologiques où il peut y avoir des clivages au sein des partis.

« En mobilisant leur structure syndicale, ils se remobilisent sur des questions sociales qui font consensus.

« Ainsi, le PJD travaille avec l’UNTM sur l’amélioration des conditions salariales sans aborder certaines questions polémiques comme la légalisation du cannabis à fins médicales.

Les militants et les syndicats multiplient les réunions virtuelles

« Les militants et les syndicats se mobilisent à travers des discussions menées par l’outil numérique (Zoom, Meet, Facebook live …)

« En effet, il y a eu beaucoup d’événements qui ont été organisés pendant le mois de Ramadan avec pratiquement un webinaire de réseaux militants tous les deux ou trois jours.

« Le problème est que cette mobilisation qui permet de préparer les événements programmatiques n’a pas une grande audience d’autant plus que le taux de syndicalisation au Maroc, qui est de 2,7%, est très faible.

Les candidats aux chambres professionnelles multiplient les réunions sur le terrain

« Actuellement, on voit une mobilisation très forte au sein des chambres professionnelles (agriculture, pêche, artisanat, commerce).

« Sachant que les réseaux professionnels, hormis la CGEM, organisent rarement de grands congrès, ce sont le plus souvent des petites réunions provinciales qui se tiennent autour de grandes figures locales et se font à l’occasion de transactions entre clients et fournisseurs.

« Pour préparer les élections à la chambre d’agriculture, les candidats investissent les coopératives, les associations d’irrigants. Pour les chambres de pêche, la concentration des professionnels dans les ports permet alors aux candidats de facilement faire campagne au jour le jour.

Des élections qui vont réactualiser les rapports de force entre les 3 gagnants de 2015

« L’intérêt de ces élections professionnelles sera d’actualiser les rapports de force entre les partis de notabilités professionnelles. En 2015, ce même scrutin avait mis en avant le fait que le PAM arrivait en tête avec 18,7% des élus issus des chambres professionnelles devant l’Istiqlal 16,1%et le RNI 14 ,9%.

« Il y a beaucoup de transhumance des figures de notabilités entre ces trois partis politiques. Or, en 2016, le PAM avait réussi à réaliser une percée électorale en débauchant des élus adverses, principalement du RNI et de l’Istiqlal.

« Il sera donc intéressant de voir comment évolueront les équilibres entre ces trois partis.

« Au regard du nombre relativement restreint d’électeurs, qui sont par ailleurs dispersés territorialement et par conséquent plus faciles à gérer dans un contexte de respect des règles sanitaires, les élections professionnelles sont moins difficiles à organiser que les élections générales.

« Par ailleurs nous aurons donc, à leur issue, une meilleure idée des rapports de force partisans entre ces trois partis», explique David Goeury avant d’analyser le regroupement durant la même journée des scrutins législatifs, communaux et régionaux.

L’électorat rural des communales va booster la participation aux 3 élections générales

« Le fait de regrouper les trois élections le même jour aura pour effet d’augmenter la participation électorale d’autant plus, qu’historiquement, il y a toujours eu au Maroc plus de mobilisation aux élections locales qu’aux élections législatives.

« En effet, ce scrutin est très important dans les campagnes marocaines car les électeurs ruraux y sont très attachés pour être en mesure de notifier les rapports de force politique au niveau local mais aussi pour s’assurer d’avoir un élu qui les représente et défende leurs intérêts au conseil communal, de peur de subir une décision communale qui impacte leur village.

Des électeurs des grandes villes qui zappent la représentation pour interpeller directement les autorités

« Cet attachement au scrutin local tranche avec les électeurs des grandes villes comme Casablanca ou Rabat où il y a une mobilisation très faible du fait de la complexité des logiques d’arrondissements. Par ailleurs, les citoyens de ces deux grandes villes se sentent proches des lieux de pouvoir et préfèrent interpeller directement les autorités.

« En effet, quand vous êtes à Rabat ou Casablanca, vous pouvez soit faire pression sur le président de la commune ou faire remonter directement vos doléances au ministère concerné ou alors au Wali.

« Or, en interpellant directement l’administration concernée au lieu de passer par le circuit de la représentation électorale, vous aurez beaucoup plus de chance en tant que citoyen d’obtenir une réponse rapide.

« C’est souvent le cas dans la capitale où des collectifs de citoyens vont interpeller les ministères via des associations qui déposent des dossiers auprès d’un responsable de premier plan de la dite administration.

La mobilisation urbaine aux législatives sera moindre que dans le monde rural

« Sachant cela, les grandes agglomérations vont donc moins se mobiliser que les électeurs ruraux », précise le chercheur en ajoutant que la mobilisation pour le scrutin législatif est moins importante dans les grandes villes avec un taux de participation très faible.

« Idem dans certaines grandes provinces rurales comme Settat, l’intérêt pour les élections législatives est beaucoup plus faible que pour les élections locales. Les habitants ont l’habitude de moins voter car les enjeux nationaux ne sont pas perçus comme prioritaires pour leur ville. Or, cette année, ces électeurs ruraux s’exprimeront le même jour pour les élections locales et les élections nationales.

Les circonscriptions avec plusieurs sièges n’encouragent pas à aller voter

« Par ailleurs, les grandes circonscriptions des élections législatives avec 5 ou 6 sièges dans des grandes provinces rurales, les électeurs pensent que leur vote ne changera pas grand-chose.

« Certains pensent qu’il est même positif que toutes les tendances politiques soient représentées. En revanche, les électeurs urbains sont plus dans des logiques de privilégier des blocs avec des partis hégémoniques mais la réforme du quotient électoral rend mécaniquement cette situation de plus en plus difficile.

« La participation électorale sera plus forte qu’aux législatives de 2016 »

« S’il faut s’attendre à ce que la participation électorale soit plus forte qu’en 2016 (5,3 M), la vraie question sera de savoir s’il y aura un vrai renouvellement comme en 2015 où il y avait eu un regain d’intérêt politique avec 7,3 millions d’électeurs même si au final, le taux de participation était resté faible avec seulement un citoyen sur trois qui s’était déplacé pour voter.

« Ceci dit, Il est difficile d’estimer le surplus d’électeurs car au Maroc il n’y a pas de dynamique de sondage régulier et encore moins de système de redressement des enquêtes pour avoir des tendances.

« Pour se projeter, nous devons donc nous appuyer sur des éléments historiques (scrutins de 2015 et de 2016) mais aussi tenir compte du contexte actuel très particulier relatif à la pandémie.

Beaucoup de choses peuvent se passer d’ici les scrutins prévus en septembre

« Comme il y a de nombreux paramètres en jeu et que personne ne sait ce qui va se passer d’ici le mois de septembre, il est difficile de savoir s’il y aura une mobilisation électorale ou au contraire une désaffection.

« C’est d’autant plus vrai que l’impact des grandes réformes en cours comme la généralisation de la sécurité sociale et la mise en place de l’état social est encore inconnue.

« En effet si en théorie, ces grandes réformes à caractère social devraient avoir un effet de mobilisation qui encourage les citoyens à aller voter, il est quand même compliqué de faire des prédictions sur la dynamique électorale à venir alors que la pandémie reste toujours active», précise David Goeury.

La désignation d’un gouvernement sera plus ardue qu’en 2016

Sur les scrutins indirects provinciaux et préfectoraux qui auront lieu le 21 septembre, notre interlocuteur rappelle d’abord que ce rendez-vous électoral permettra de désigner une partie des différents collèges d’électeurs qui désigneront le 5 octobre les membres de la chambre des conseillers.

« En effet, les syndicats de salariés désigneront 20 conseillers, les organisations patronales 8, les Chambres Professionnelles 20, les conseillers communaux 48 et enfin les conseillers régionaux 24.

« Sachant qu’il faut que les scrutins soient terminés pour que les élections indirectes aient lieu, il y aura au soir du 8 septembre bien plus de négociations qu’en 2015 ou 2016 et la situation sera plus compliquée pour désigner un nouveau gouvernement dans un délai plus court qu’en 2016 », conclut David Goeury en précisant que ces tractations qui devraient durer 10 jours seront d’autant plus importantes que ces accords vont structurer le champ politique à toutes les échelles, sur une durée de cinq ans.

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