Révocation de Said Nachid de l’éducation nationale: ce que l’on sait

La révocation du chercheur, écrivain et enseignant de philosophie, Said Nachid, de l’éducation nationale fait débat. Ce dernier accuse le PJD. Le parti, lui, réclame des preuves concrètes. Le ministère de l'Education met en avant des manquements, dans l'exercice de ses fonctions. Round up.

Révocation de Said Nachid de l’éducation nationale: ce que l’on sait

Le 21 avril 2021 à 23h48

Modifié 22 avril 2021 à 13h29

La révocation du chercheur, écrivain et enseignant de philosophie, Said Nachid, de l’éducation nationale fait débat. Ce dernier accuse le PJD. Le parti, lui, réclame des preuves concrètes. Le ministère de l'Education met en avant des manquements, dans l'exercice de ses fonctions. Round up.

La décision finale de révoquer Said Nachid de l’éducation nationale est intervenue, il y a trois jours, selon ce dernier, joint par nos soins. « L’affaire n’est toutefois pas nouvelle, puisqu’elle a débuté vers la moitié de l’année scolaire précédente », nous a-t-il précisé.

Pour nous raconter son histoire et les multiples péripéties qu’il a connue, tout au long de son parcours d’enseignant et d’écrivain, cet enseignant, philosophe et écrivain nous renvoie vers un post sur sa page Facebook, où il confirme ce qui suit:

« J’ai débuté ma carrière, en tant qu’enseignant de français, dans une école primaire puis je suis devenu enseignant de philosophie au secondaire, dans des écoles à Fès et à Settat. Grâce au soutien de feue Assia El Ouadie (magistrate et femme de terrain, décédée en novembre 2012, NDLR), et de trois organisations de défense des droits de l’Homme, j’ai, ensuite, réussi à obtenir le poste de directeur éducatif, dans un centre de réforme. Malheureusement, bien qu’elle ait été signée par les ministères de l’Education nationale et de la Justice, la décision relative à cette nomination ne m’est jamais parvenue ».

« J’ai ainsi continué mon métier d’enseignant, tout en me mettant à l’écriture ». Après la publication de son deuxième livre, « la direction provinciale de l’éducation nationale de Settat a décidé que je devais retourner à l’enseignement primaire, dans une région reculée, pour combler le manque d’enseignants. Malgré les interventions de l’inspecteur de philosophie et du directeur du lycée où j’exerçais pour me défendre ainsi que mon travail, la direction a maintenu sa décision ». Des jours après, M. Nachid « a, ensuite, été surpris par une décision lui interdisant de quitter le pays, pour participer aux séminaires internationaux, auxquels il était invité, sous prétexte que son retour à l’enseignement primaire le prive de ce droit ».

« Après avoir absorbé le coup, j’ai continué à écrire plus vigoureusement, publiant ainsi mon troisième livre, ‘la modernité et le Coran’. Puis la maladie m’envahit. J’ai souffert de trois hernies discales lombaires qui m’ont empêché de marcher, durant un an et demi. J’ai, ainsi, décidé de soumettre un dossier médical complet au ministère de l’Education nationale, pour bénéficier de la retraite, en raison de mon état de santé, mais en vain. J’ai, donc, dû continuer mon travail dans des conditions difficiles. Je me suis, également, battu pour mon droit de quitter le territoire national, pour participer aux conférences auxquelles j’étais invité ».

Said Nachid reçoit, ensuite, un autre coup plus dur que les précédents. « J’ai été convoqué par le directeur provincial de l’Education national de Settat, vers la moitié de la précédente année scolaire. Dans son bureau, il était accompagné d’une autre personne. Je n’ai su que, plus tard, qu’il s’agit d’un membre du PJD. Le directeur m’a, ainsi, signifié que je passerai devant le conseil de discipline, me disant ‘un professeur malade n’a pas le droit d’écrire des livres, il doit prendre des médicaments et dormir’. Il m’a, également, informé qu’il choisira, lui-même, les membres dudit conseil qui aura lieu, au sein de sa direction ».

« J’ai alors adressé un courrier au ministère de l’Éducation nationale, lui demandant d’enquêter sur cette convocation qui viole la loi, vu la présence d’un membre du PJD, un parti avec lequel j’ai des désaccords intellectuels ».

« Après trois réunions du conseil disciplinaire, il a été décidé de ma révocation définitive de la fonction publique. Une décision acceptée par le Chef du gouvernement et qui m’a été signifiée, il y a trois jours ».

« D’un point de vue administratif et professionnel, sur près de 20 ans d’expérience, je n’ai jamais eu de problème ni avec un directeur, ni un inspecteur. Je n’ai aucune absence non justifiée, et je n’ai jamais dérapé sur le programme scolaire… Bien au contraire, tous les collèges, avec lesquels j’ai travaillé, attestent de ma compétence et de mon éthique ».

« La décision de me renvoyer, définitivement, de la fonction publique ne peut ainsi s’expliquer que par le fait que des parties puissantes veulent me voir mendier, pour se venger de mes positions à leur encontre ».

Notons que Said Nachid est un anti-islamiste qui a toujours « alerté, intellectuellement, contre le danger que représente le PJD sur l’Etat et la société », nous confie-t-il. Il est, également; connu pour ses positions assez tranchées sur certains sujets, notamment l’affaire de pédophilie qui implique le fquih de Tanger.

Slimane El Omrani: « Said Nachid doit apporter des preuves concrètes »

Médias 24 a, ensuite, donné la parole au PJD pour avoir sa version des faits. « Ce sujet concerne deux parties: cet enseignant et la direction en question », nous confie Slimane El Omrani, vice-président du parti.

« Le parti a été cité dans cette affaire, mais il faut que l’académie régionale de l’éducation (de Casablanca-Settat, NDLR) éclaircisse les choses ».

« C’est une relation contractuelle entre un fonctionnaire et la direction qui l’a recruté, le PJD n’a, donc, rien à voir avec ce sujet », poursuit-il.

Par ailleurs, « si cet enseignant veut être clair avec l’opinion publique, il doit préciser le type d’intervention du membre du PJD, dont il a parlé, à son encontre. A ce moment, le PJD prendra les mesures nécessaires ».

Au sujet des désaccords intellectuels qui opposent le parti et Said Nachid, M. El Omrani estime qu' »au Maroc il y a une constitution et des lois. Celles-ci donnent à cette personne le droit de s’exprimer, mais cela ne déstabilisera pas le parti ».

« De manière générale, le PJD est, toujours, visé à travers des sorties médiatiques et politiques, mais il est toujours là. Et pour cet enseignant, ce n’est pas une manière de s’adresser au parti. S’il dit vrai, même si j’en doute, il doit se présenter de manière officielle au parti, et apporter des preuves concrètes. Le PJD n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires, à l’encontre du membre visé par cette affaire ».

Le ministère réagit

Le ministère de l’Education nationale a, également, réagi à cette affaire. Dans un communiqué publié, ce mercredi 21 avril, dans la soirée, il dément les informations qui circulent sur les réseaux sociaux, selon lesquelles la décision de révoquer M. Nachid a été prise à cause de ses écrits intellectuels et précise qu’il s’agit d’une décision purement administrative, encadrée par les lois en vigueur qui s’appliquent, à tous les fonctionnaires du secteur public.

L’intéressé a été traduit devant le conseil de discipline régionale, le 11 décembre 2020, en raison de son manquement à ses obligations professionnelles, son absence injustifiée du travail, son exploitation des certificats médicaux, pour des raisons autres que le traitement, son manque de respect pour ses responsables directs ainsi que le fait d’avoir quitté le territoire national sans autorisation, lit-on sur le document.

La sanction proposée par le conseil est une exclusion temporaire avec privation de son salaire, excepté les indemnités familiales, pour une durée de trois mois. Mais puisque cette sanction ne correspond pas à la nature des actes commis par cette personne et pour mettre fin à ces phénomènes, dans le domaine éducatif, le ministère de l’Education nationale a suggéré de le licencier, sans suspendre son droit à la retraite. Cette proposition a été acceptée par le Chef du gouvernement, conformément à l’article 71 du règlement de la fonction publique. La lettre notifiant ladite sanction a été adressée à l’intéressé le 2 avril 2021. Il a accusé réception le 19 avril 2021, conclut le communiqué.

Communiqué du ministère de l’Education nationale

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