Pic de pollution de l'air aux particules fines à Casablanca
Dans la nuit du mercredi au jeudi (31 mars - 1er avril), la pollution de l'air a atteint des niveaux extrêmes à Casablanca. Des taux élevés de particules fines en suspension de type PM10 et PM 2,5 ont été enregistrés.
En l'absence de données officielles sur la qualité de l'air dans la ville de Casablanca, des citoyens ont lancé une alerte suite à un épisode de pollution extrême aux particules fines sur la métropole.
Sur la plateforme de mesure Plume Labs, l'indice de qualité de l'air (AQI) s'élevait à 223 dans la nuit du mercredi au jeudi, contre une moyenne annuelle de 27. L'AQI prend en compte les concentrations de plusieurs polluants différents.
A 1h du matin, l'indice affichait un niveau de particules fines de 74 µg/m³ en PM2,5 et de 281 µg/m³ en PM10 : des niveaux extrêmes selon la plateforme spécialisée dans la mesure de la pollution atmosphérique. Ce niveau reflète une qualité "très mauvaise" de l'air selon d'autres indices de mesure de la qualité de l'air.

Pour la journée du 31 mars, l'indice ne dépasse pas 32 : "un air modérément pollué, supérieur à la limite maximum pour un an établie par l'OMS".
Effets immédiats sur la santé
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air est à l’origine du décès de 3 millions de personnes, ce qui représente 5% des décès annuels mondiaux.
Ce sont les particules fines, composantes solides en suspension émis notamment par la combustion des moteurs, qui constituent les principaux facteurs de pollution de l’air.
Nous avons essayé d’apporter une meilleure compréhension du pic enregistré à Casablanca auprès de différents services concernés au niveau du département de l'Environnement. En l'absence de données, l'origine demeure inconnue. Son impact sur la santé, est, lui, avéré.
"Bien que relativement commun, il est rare qu’un événement de ce type se produise avec une telle fréquence la nuit", s'étonne Dr. Rachid El Khettar, pneumologue allergologue, exerçant à Casablanca.
"Cet épisode de pollution aux particules en suspension PM10 et PM2,5 trouve son origine dans la présence de masse d’air chargée en poussières, combinée à des émissions locales (transport, chauffage, chantiers...) notamment pendant les heures de pointe", nous explique Dr. El Khettar, également président de l'Association des pneumologues privés de Casablanca.
Interrogé sur la dangerosité de ces particules, notre interlocuteur en distingue deux types selon le diamètre : les PM2,5 (particules d’un diamètre inférieur à 2,5 μm), qui s’infiltrent jusqu'aux alvéoles pulmonaires et les PM10 qui atteignent les voies respiratoires.
"La taille des particules est directement liée à leur dangerosité : plus elles sont fines, plus elles ont la capacité de pénétrer profondément dans les voies respiratoires", explique Dr. El Khettar.
Parmi les conséquences les plus fréquentes de la pollution de l'air, Dr. Khettar cite une augmentation observée des crises d’asthme, des troubles cardio-vasculaires, des maladies respiratoires, notamment chez les personnes vulnérables : enfants, femmes enceintes, personnes âgées...
Les enfants sont les plus vulnérables aux particules fines
Au-delà des pics, c’est la pollution de fond que nous connaissons à Casablanca, qui a des effets néfastes sur la santé des enfants.
"Plus ils sont exposés jeunes, plus les conséquences seront importantes", dit Dr. Khettari, qui constate des asthmes de plus en plus sévères et qui surviennent tôt".
Au niveau de nos services à Casablanca, nous constatons beaucoup de pneumonies et d'infections : rhinites allergiques, otites à répétition, au-delà des crises d'asthme survenant notamment durant les heures de pointe.
Outre l’asthme et les allergies respiratoires, la pollution de l’air va avoir des répercussions sur la croissance pulmonaire des plus jeunes. Leur appareil respiratoire étant en cours de développement.
Des études ont même montré que des mères exposées à la pollution pendant leur grossesse présenteraient un risque de prématurité voire de mort fœtale.
Quelle surveillance de la qualité de l'air ?
En 2012, la Direction générale de la météorologie nationale avait démarré la mise en place d'un système de supervision et de prévision "haute résolution" de la qualité de l’air à l’échelle de Casablanca.
Un indice, qui n'est plus en service actuellement, fournissait quotidiennement des données sur la qualité de l'air dans l'agglomération. Le système est désormais supervisé par le département chargé de l'Environnement, qui a installé un réseau de surveillance de la qualité de l'air dans plusieurs régions du Maroc.
Ce programme devrait inclure Casablanca, Tadla, Azilal, Fès, Gharb Chrarda, Safi, El Jadida, Youssoufia, Tanger, Tétouan, Rabat, Salé, Temara, Marrakech, Essaouira, Benslimane, Khouribga et Settat.
Le programme porte sur la réalisation des cadastres des émissions atmosphériques dans les grandes villes du Royaume. Ces cadastres devraient décrire la répartition spatiale et l’évolution temporelle des émissions atmosphériques.
Les polluants atmosphériques choisis pour ces études (SO2, NOx, CO2, CH4...) caractérisent un type de source de pollution (industrielle ou automobile). Ils ont généralement des effets néfastes sur la santé et/ou l’environnement.
Une bonne communication sur ces données ne peut que favoriser la réflexion sur ce problème de santé publique, qui exige des chiffres, des détails et des explications.
Lire aussi : Comment le Maroc veut accélérer la lutte contre la pollution de l'air
Grâce au confinement, la pollution de l'air en nette baisse au Maroc
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