Flambée des matières premières : les viandes rouges et la volaille bientôt impactées

Après l’huile de table, la hausse des prix des matières premières à l’international risque de se répercuter sur les prix des viandes rouges, dans une quinzaine de jours, et sur ceux des viandes de volailles, dans environ 6 mois.  

Flambée des matières premières : les viandes rouges et la volaille bientôt impactées

Le 1 mars 2021 à 19h10

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Après l’huile de table, la hausse des prix des matières premières à l’international risque de se répercuter sur les prix des viandes rouges, dans une quinzaine de jours, et sur ceux des viandes de volailles, dans environ 6 mois.  

Cette hausse des prix des viandes sera due à la flambée des prix des aliments composés, fabriqués essentiellement à partir de maïs, de tourteau de Soja et de tourteau de tournesol, qui sont principalement importés du Brésil, des Etats-Unis et d’Argentine, et dont les prix ne cessent de grimper depuis déjà huit mois.

Contactée par Médias24, la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges nous confirme que la hausse des matières premières à l’international finira par impacter les prix des viandes rouges. 

Cet impact n’est pas encore visible à ce jour, selon la Fédération. En effet, les prix sont encore stables actuellement. Le prix de la viande ovine aux abattoirs de Casablanca varie entre 50 à 53 DH/kg, et entre 54 et 59 DH/kg pour la viande bovine. Dans les boucheries, ces prix sont entre 50 et 80 DH/kg (viande ovine et bovine).

« Généralement la hausse met une quinzaine de jours à se répercuter » sur le prix consommateur, ajoute la Fiviar. Elle interviendra ainsi à seulement quelques semaines du mois de Ramadan. 

Selon notre source, les races dont le prix sera le plus impacté sont celles destinées à la boucherie. Les races de pâturage, destinées à l’Aid Al Adha, le seront moins, puisque le couvert végétal est bon cette année, grâce aux pluies généralisées que connaît le Royaume depuis la fin du mois de novembre dernier.

Les éleveurs de bétail ont donc accès à des parcours meilleurs que ceux des deux années précédentes, ce qui implique moins de recours aux aliments composés. Notons que le maïs et le tourteau de soja représentent environ 15 à 20%, chacun, des formules des aliments composés pour le bétail.

Un constat confirmé par la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri), jointe par Médias 24. « Les conditions climatiques au Maroc cette année ont permis d’avoir une production importante de céréales fourragères. S’il n’y avait pas eu de pluie, on aurait eu un problème avec le cheptel. Le Maroc aurait été obligé d’importer de grandes quantités de maïs, d’orge…  » pour nourrir le bétail. « Les éleveurs ont actuellement des parcours gratuits, et dans un état végétatif permettant de réduire le coût de l’alimentation du cheptel ».

Viandes de volailles : vers des prix stables pour Ramadan

Pour ce qui est des viandes de volailles, « la flambée des prix des aliments composés impacte déjà le coût de revient, mais nous n’avons pas encore pu répercuter cette hausse sur le prix de la volaille », nous confie Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc (FISA). « Le coût de revient du poulet est de 12 DH, alors que le kilogramme du poulet vif, sortie ferme, a atteint les 10 DH actuellement ». 

Il en est de même pour le prix de la dinde, qui se maintenait jusqu’au mois de janvier. « Le coût de revient est de 16 DH, alors que son prix, sortie ferme, varie en 12,5 et 13 DH/kg », ajoute pour sa part Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association des producteurs de volailles (APV), selon qui, « l’incidence de la flambée des prix des aliments composés ne sera visible que dans les 6 prochains mois sur le secteur avicole, vu la longueur de son cycle de production ». 

Il est vrai que le coût des aliments composés a augmenté au Maroc depuis quelques mois, « mais les fabricants n’ont pas encore complètement répercuté la hausse des prix des matières premières. Les usines supportent encore une partie de ce renchérissement, pour ne pas déstructurer le marché. Ils procèdent à des augmentations graduelles. Deux hausses ont eu lieu jusqu’au mois de janvier 2021, (dont une première de l’ordre de 0,25 DH/kg, et une seconde de 0,15 DH/kg, soit 40 centimes au total, NDLR) mais il reste encore quelques paliers », ajoute M. Ryadi.

« La flambée des prix des aliments fera perdre de l’argent aux éleveurs, puisque le coût de production va augmenter. Certains vont arrêter de produire. L’offre va donc baisser sur le marché et les prix vont augmenter. La répercussion sur le client final va donc certainement se faire, mais avec un délai très important. Le mois de Ramadan sera donc épargné« .

Notons que l’incidence sur le prix de la dinde pourrait être plus importante que sur le poulet, puisque l’indice de consommation de la dinde est de 2,3, contre 2 pour le poulet.

Rappelons par ailleurs que le maïs et le tourteau de soja constituent, à eux seuls, 80% de la formulation des aliments composés pour volailles. 

Les œufs ne seront pas épargnés non plus

C’est ce que nous confirme Khalid Zaim, vice-président et porte-parole de l’Association nationale des producteurs d’œufs de consommation (ANPO). 

« La hausse des prix des matières premières au niveau international s’est déjà répercutée sur le prix de revient, puisqu’elles constituent 75% de ce coût« , nous explique-t-il.

« Le coût de revient de l’œuf est de 0,85 DH/ pièce, contre un prix de vente actuel, sortie ferme, entre 0,70 et 0,80 DH par pièce, selon son calibre », ajoute notre source. Comme pour les producteurs de poulets et de dindes, les producteurs d’œufs n’ont pas encore pu répercuter cette hausse sur le prix de vente.  

« La poule demande une quantité d’énergie et de protéines pour pouvoir donner une bonne production, des choses qui se trouvent essentiellement dans ces matières premières, dont 95% sont importées de l’étranger. Il ne nous reste que 5% de la formulation des aliments qui est produite au Maroc, notamment le calcium, le phosphate et le sel ».

Baisse des stocks 

En janvier 2021, les prix des céréales ont enregistré une forte hausse mensuelle de 7,1%, tirée par les cours internationaux du maïs, qui ont bondi de 11,2% et sont désormais 42,3% plus élevés qu’en janvier 2020, indique l’indice FAO qui mesure les fluctuations mensuelles des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires de base. Les cours du soja et celui du tournesol ont, eux, augmenté respectivement de 80% et de 90% depuis mai 2020.

D’après la même source, cette situation s’explique essentiellement par le resserrement de l’offre mondiale, des achats importants par la Chine, des estimations de production et de stocks plus faibles que prévu aux Etats-Unis, ainsi que la suspension temporaire des enregistrements des exportations de maïs en Argentine.

« Les répercussions sur les prix n’interviennent qu’après plusieurs mois de hausse, puisque les fournisseurs disposaient, jusqu’ici, d’un stock important, lequel commence à s’amenuiser » nous explique Rachid Benali, vice-président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader).

« En effet il y a un problème de prix au niveau international, mais auquel s’ajoute maintenant un problème de disponibilité ».  

« D’autres produits, dont la composition dépend fortement des matières premières, risquent aussi de voir leurs prix augmenter », ajoute notre source, rassurant toutefois sur les produits locaux, « dont les prix devraient rester stable ».  

Lire aussi: Hausse des prix de l’huile de table, les appels au boycott se multiplient

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