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Education : Les quatre leçons d'Asie pour le Maroc, selon Youssef Saâdani

La réussite asiatique constitue une source d'inspiration pour allier développement éducatif et économique. Youssef Saâdani décortique ce modèle qui repose sur 4 piliers. Explications.

Education : Les quatre leçons d'Asie pour le Maroc, selon Youssef Saâdani

Le 15 février 2021 à 18h36

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

La réussite asiatique constitue une source d'inspiration pour allier développement éducatif et économique. Youssef Saâdani décortique ce modèle qui repose sur 4 piliers. Explications.

Youssef Saâdani, économiste spécialiste des questions de croissance, de développement et d’éducation a animé le 5ème séminaire de l’université citoyenne 2021 de la fondation HEM, tenu en ligne ce samedi 13 février. 

Thématique de cet événement : la réussite de la région asiatique où « miracle économique et miracle éducatif » se rencontrent pour former un modèle inspirant. 

Sans en calquer le contenu, Youssef Saâdani appelle à s’inspirer de ce modèle dont il est possible de tirer 4 principales leçons exposées en détail lors de cet événement. Comment les pays asiatiques ont réalisé cette double réussite ? Faut-il en privilégier une sur l’autre ? Par quoi se distingue le modèle asiatique ? Quelles sont les priorités ? Voici les éclairages de M. Saâdani. 

Test PISA 2018 : Un élève marocain a 4 ans de retard sur un élève coréen du même âge

“Le développement économique peut être mesuré par le PIB par habitant, la croissance économique, l’indice de développement humain, etc. Pour le système éducatif, il existe des tests internationaux réalisés auprès des élèves”, indique M. Saâdani. 

L’un d’eux s’est imposé dans la communauté internationale, il s’agit du test PISA qui est réalisé tous les 3 ans par l’OCDE auprès des élèves âgés de 15 ans et porte sur les mathématiques, les sciences et la lecture. Le dernier test réalisé date de 2018 et place le Maroc à la 75ème place sur 79 pays concernés

La moyenne mondiale en mathématiques est de 500 points. Le Maroc a un score de 368 avec 150 points d’écart par rapport à la Corée. Sachant que “les experts de PISA considèrent que 30 points constituent l’équivalent d’une année de scolarité”, cela signifie “qu’un élève coréen a 4 ans d’avance sur un élève marocain du même âge”. 

Mais ce test ne permet pas uniquement de rappeler l’évidence, c’est-à-dire que le Maroc se trouve parmi les derniers de la classe en matière de système éducatif. Les résultats du test PISA permettent, par ailleurs, de remarquer l’efficacité du modèle asiatique

“Sur le top 10 en mathématiques, figurent 7 pays asiatiques qui ont connu des développements économiques fulgurants”. Il en est de même pour le classement en lecture sur lequel figure 5 pays asiatiques sur les 10 premiers. 

Leçon d’Asie n°1 : Le niveau éducatif, un prérequis au développement économique

Il s’agit notamment de la Chine, de Singapour, de la Corée ou encore du Japon. Sachant que “pas loin derrière, se trouvent des pays asiatiques beaucoup plus pauvres, mais sur le chemin du développement, comme le Vietnam”. Ce dernier a un niveau “supérieur à celui de la France et proche de celui de l’Allemagne, avec un PIB par habitant inférieur à celui du Maroc”. 

Ces résultats prouvent que les pays asiatiques ont réussi à développer un système éducatif remarquable, accompagné d’un “miracle économique”, comme le souligne M. Saâdani. Quel élément a permis de développer l’autre ? S’agit-il du système éducatif qui a causé l’essor économique, ou l’inverse ? 

En revenant quelques années en arrière, soit dans les années 60 ou 70, l’on remarque que selon des tests effectués sur certains de ces pays dont le Japon, la Corée ou Taïwan, il s’avère qu’ “avant même de se développer, ces pays-là avaient un niveau éducatif supérieur à celui des Etats-Unis. On a déjà un indice qui montre que le niveau éducatif est une condition initiale”. Mais est-elle suffisante ? 

En effet, selon M. Saâdani “aucun pays ne s’est développé sans avoir, initialement, une base éducative de qualité. Néanmoins, il y a aussi des pays qui ont un bon niveau éducatif mais qui n’ont pas de croissance forte”. Il s’agit notamment des pays de l’Est, dont l’Ukraine ou la Russie où “le niveau éducatif est extrêmement élevé mais qui sont faiblement dynamiques sur le plan économique”. 

Pour Youssef Saâdani “il ne suffit pas d’avoir un capital humain, encore faut-il bien l’employer”. 

C’est justement la première leçon à tirer de l’expérience des pays asiatiques, qui ont réussi à réaliser la “rencontre miraculeuse entre développement économique et éducation”. 

Leçon d’Asie n°2 : Le primaire prioritaire ! 

La deuxième leçon à tirer du modèle asiatique porte sur un élément prioritaire selon M. Saâdani : celui de “bâtir un système éducatif performant à travers un primaire de très haute qualité pour tous”. 

Il convient de préciser qu’au Maroc, on a procédé à la massification du primaire “tardivement”, soit au début des années 2000. Tandis que les pays asiatiques l’ont fait dans les années 50 et 60 et que d’autres l’ont réalisé au 17ème siècle. C’est le cas de la Hollande qui, en 1650, avait un taux d’alphabétisation de plus de 50%, un taux que le Maroc n’a atteint qu’en 2000 justement. 

Il s’agit tout de même d’une “réalisation extraordinaire” selon M. Saâdani qui souligne également que “le taux d’achèvement est élevé au Maroc, puisque le décrochage ne commence qu’à partir du collège”. 

Néanmoins, “on a mis les enfants à l’école mais ils n’apprennent pas grand-chose”, car “toutes les enquêtes nationales et internationales dont on dispose sur le niveau scolaire des enfants marocains indiquent que près des ⅔ ne possèdent pas les compétences de base en lecture et en mathématiques à la fin du primaire”. Il s’agit d’un taux élevé par rapport à d’autres pays. Sachant qu’en Asie on atteint un taux de 90% pour les élèves qui finissent le primaire avec toutes les compétences. 

Pour assurer une bonne construction de “la base de la pyramide” qui est le primaire, Youssef Saâdani explique que l’Asie se démarque par 5 éléments qui peuvent inspirer le Maroc. 

Le premier est celui de la place spécifique de l’enseignant. En Asie, l’enseignant a un statut prestigieux et est considéré comme un expert dans son domaine. 

“Dans des pays comme la Corée, Singapour ou le Japon, les instituteurs sont issus des meilleurs élèves au lycée. C’est l’une des filières les plus sélectives, au même niveau que la médecine”, indique-t-il. 

Le second élément porte sur la méthode d’enseignement adoptée par les instituteurs qui conduisent leurs classes avec des interactions intenses sans recourir aux travaux de groupes. 

De plus, le modèle asiatique a développé “la pédagogie de l’erreur” selon laquelle, lorsqu’un élève fait une erreur, il s’agit d’une occasion d’apprentissage pour l’ensemble du groupe. 

Contrairement à ce que l’on peut croire d’un point de vue extérieur, les jeunes asiatiques sont poussés à réfléchir et n’agissent pas comme “des robots”. C’est pourquoi ils sont en tête des tests PISA qui sont des tests de logique, comme le rappelle M. Saâdani. 

Privatisation du primaire : entre 0% et 2% en Asie, 18% au Maroc

Ces 3 éléments nécessaires à la construction d’un primaire de haute qualité sont réunis dans un espace d’enseignement public, puisque la privatisation est extrêmement limitée en Asie et l’enseignement est considéré comme une “mission régalienne de l’Etat”. Il s’agit du 4ème élément de la construction d’une base solide du système éducatif.  

“En Corée, seul 1 ou 2% des effectifs du primaire” sont concernés par le privé. Au Japon, Taïwan, ou encore au Vietnam la privatisation est entre 0 et 1%, autrement dit quasi inexistante. Tandis qu’au Maroc elle est de 18% sur l’échelle nationale et peut atteindre 50% dans les grandes villes comme Casablanca ou Rabat”. 

Enfin, M. Saâdani cite le rôle de famille et de la société comme 5ème élément constitutif d’un primaire de haute qualité, faisant référence à l’importance de l’éducation à leurs yeux, puisqu’elle est à la limite du “déraisonnable” et constitue ainsi une pression pour les élèves.

Leçon d’Asie n°3 : Les soft skills

Pour revenir aux grandes leçons à tirer du modèle asiatique, M. Saâdani en compte une troisième relative aux soft skills ou compétences comportementales qui sont enseignées de manière intentionnelle au sein des écoles primaires des pays asiatiques. Il s’agit des aptitudes à la rigueur, au travail bien fait, de la capacité à travailler en équipe, celle de communiquer, mais aussi de l’honnêteté, etc. qui sont des éléments déterminants du développement économique à long terme”. 

Ce dernier a des besoins évolutifs auxquels le système éducatif doit s’adapter au fur et à mesure. C’est pourquoi, les pays qui ont réussi sont ceux qui ont “fait évoluer leur système éducatif conjointement avec leur développement économique”. 

Leçon d’Asie n°4 : Des lycées techniques et technologiques 

En effet, pour répondre à un besoin de compétences de base, ils ont massifié le primaire. Et pour répondre au besoin d’une main-d’œuvre ouvrière qualifiée pour l’industrie, ils ont développé des collèges et lycées avec une très forte proportion de lycées technologiques et techniques. 

En Corée, 50% des lycées étaient techniques et professionnels dans les années 80. Aujourd’hui, le Maroc en a moins de 5%

« Nous avons un développement du système éducatif qui n’est pas forcément lié à notre structure économique », souligne M. Saâdani qui indique, par ailleurs, que « sur 100 étudiants qui s’inscrivent à l’université, 48 en sortent sans diplôme ». 

Il s’agit bien d’un problème d’orientation, mais aussi du « fardeau de la qualité du primaire qui persiste », ajoute-t-il. 

Pour Youssef Saâdani, ce fardeau dont il faudra se débarrasser, nécessite non seulement de se pencher, avec enthousiasme, sur l’expérience asiatique, mais aussi d’inventer une stratégie propre au Maroc qui prend en compte les spécificités de notre pays. 

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