Chez les asthmatiques, les vertus protectrices du masque contre virus et pollution
Les grands insuffisants respiratoires peuvent être dispensés du port du masque, et uniquement sur présentation d’un certificat médical, mais ils doivent absolument porter une visière et appliquer les mesures barrières. Chez les asthmatiques, le port du masque a au contraire des effets protecteurs, notamment en termes de pollution atmosphérique.
Le port du masque est incontestablement de rigueur pour lutter contre la transmission du Covid-19, mais il présente toutefois quelques effets indésirables, notamment chez les personnes qui souffrent d’importants troubles respiratoires. "En termes de respirabilité, le port du masque ne pose pas de problèmes particuliers pour la majorité d’entre nous, contrairement aux patients atteints de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) post-tabagique et aux grands insuffisants respiratoires", explique Abdelkrim Moumen, président de l’Association des pneumologues privés du Maroc (APPM), contacté par Médias24. La BPCO est une maladie chronique inflammatoire des bronches, très souvent associée à d’autres pathologies. Elle se caractérise par un rétrécissement progressif et une obstruction permanente des voies aériennes et des poumons, entraînant une gêne respiratoire
Ces personnes peuvent se voir délivrer un certificat médical les autorisant à ne pas porter le masque mais, prévient Abdelkrim Moumen, "elles doivent absolument porter une visière lorsqu’elles sortent et appliquer les mesures barrières, notamment la distanciation". Il insiste : "Il ne s’agit pas de délivrer des certificats médicaux à tout bout de champ. C’est du cas par cas et ce sont des exceptions."
Moins de cas de grippes ?
En revanche, les personnes asthmatiques ne sont pas dispensées du port du masque, "au contraire !". Car le masque protège certes contre le Covid-19, qui peut avoir de lourdes répercussions chez les personnes qui souffrent habituellement de fragilités respiratoires, dont les asthmatiques, mais il protège aussi contre d’autres virus, notamment celui de la grippe. "Je vois beaucoup moins de cas de grippe cette année. Chaque année, je traite en moyenne deux épisodes grippaux. Or jusqu’à présent, grâce au port du masque, je n’en ai fait aucun", souligne Abdelkrim Moumen.
Même son de cloche auprès de Leila Tazi Daoudi, allergologue spécialiste dans le traitement de l’asthme, qui dit observer une très nette baisse des cas de grippe. "Je reçois habituellement des patients qui viennent pour des grippes ou de fortes toux post-grippales. Cette année, je n’en ai pas vu. Est-ce que cela signifie toutefois qu’il y a statistiquement moins de grippes cette année que l’année dernière ? Je ne saurais le dire. Des grippes peuvent avoir été confondues avec des cas de Covid-19, d’autant que toutes les personnes qui présentent des symptômes ne vont pas forcément se faire tester pour diagnostiquer une éventuelle contamination positive au Covid-19", explique Leila Tazi Daoudi.
Le masque évite l’inhalation d’air froid et de pollens allergènes
Rachida Chami, pédiatre et allergologue, rejoint quant à elle son confrère Abdelkrim Moumen, insistant sur la nécessité du port du masque chez les asthmatiques : "Le masque protège contre les autres infections virales courantes et la pollution atmosphérique, notamment industrielle et automobile, ce qui peut améliorer l’état respiratoire des asthmatiques et réduire les crises d’asthme induites par les virus environnants." Elle cite en exemple certaines populations asiatiques qui ont adopté le port du masque bien avant la pandémie de Covid-19 pour se protéger de la pollution de l’air. "Les masques que ces populations portent ne sont pas aussi protecteurs que ceux que nous portons, mais ces derniers ont tout de même un certain degré de protection contre des particules plus ou moins grosses", souligne-t-elle.
Chez les enfants asthmatiques, le port du masque permet de réchauffer l’air inspiré et diminue également le risque de crises. "En hiver, on demande aux enfants asthmatiques de porter une écharpe autour de la région buccale (la bouche et le nez) pour réchauffer l’air qui est respiré et ainsi éviter l’inhalation d’air froid, qui peut provoquer des crises", indique Rachida Chami. Cette année, ce n’est donc pas forcément l’écharpe qui est recommandée, mais bien le masque.
La pédiatre souligne que certains enfants supportent cependant mal le port du masque, "mais ils sont très peu nombreux : s’ils en comprennent le bien-fondé, ils l’acceptent facilement". Chez les enfants, le port du masque FFP2 est déconseillé, "car il est difficilement supportable", constate Rachida Chami, qui suggère de leur faire porter "de petits masques chirurgicaux adaptés à la taille de leur visage", jugés plus protecteurs que les masques en tissu.
Le masque "protège également contre le pollen et est donc favorable aux personnes qui ont des allergies, même dans les grandes villes où les graminées se déplacent, portées par le vent", souligne la pédiatre. Et d’ajouter : "Dans certaines villes comme Oujda ou Marrakech, où il y a des oliviers (dont le pollen est allergène), les particules sont inhalées ; le masque peut donc avoir un intérêt contre les allergies." Toutefois, les enfants vivant en milieu rural "font majoritairement moins d’allergies que les enfants qui vivent en ville", souligne encore Rachida Chami. "L’air y est plus pur et ils vivent dans un environnement qui les protège : le contact régulier avec la nature et les animaux permet à leur système immunitaire d’être plus stimulé par des agents infectieux ; les allergies y sont donc moins fréquentes."
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