UMT: Les licenciements abusifs des travailleurs agricoles se multiplient dans le Souss
Plus de 700 licenciements depuis mai 2019. La Fédération nationale du secteur agricole, affiliée à l'UMT, appelle à prendre les mesures nécessaires à l'encontre des employeurs concernés.
La FNSA a organisé dimanche 17 janvier une conférence de presse pour défendre des cas de licenciement abusif de travailleurs agricoles dans quelques plantations de la région Souss-Massa, spécialement dans la préfecture de Chtouka-Ait Baha.
Au total depuis mai 2019, plus de 700 ouvriers qui avaient pour la plupart plus de 18 ans d'expérience, se retrouvent sans revenu, enchaînant grèves et sit-in pour défendre leurs droits. D’après Idriss Adda, secrétaire général de la Fédération, joint par Médias24, "cela fait plus de 2.000 bouches à nourrir, puisque chaque travailleu.r.se fait vivre toute une famille".
Le but de cette conférence était de faire entendre la voix de ces ouvriers, afin de pousser les responsables gouvernementaux concernés à agir au plus vite.
Cinq sociétés pointées du doigt
Lors de cette conférence, la Fédération a cité cinq principales sociétés ayant procédé à ces licenciements abusifs. "Certaines font même des chiffres d’affaires astronomiques", d'après M. Adda.
Il s’agit en premier lieu des sociétés Rosaflor et Soprofel qui constituaient le Groupe Soprofel-Idyl, scindé en deux en 2014. Elles ont fermé leurs portes récemment, apprend Médias24 auprès de Atika Fizazi, membre du Syndicat démocratique de l’agriculture, contactée par nos soins.
Ces deux sociétés, qui étaient spécialisées dans la production et l’exportation de produits agricoles, ont suspendu des centaines de travailleurs, depuis mai 2019 pour Rosaflor et mars 2020 pour Soprofel.
"Après des mois de contestations, Rosaflor a fini par en indemniser quelques-uns à environ 1.600 DH l’année, un montant qui reste loin de celui fixé par le Code du travail", ajoute Mme Fizazi.
Les groupes Saoas (spécialisé en solutions phytosanitaires et dans la production des semences), Pepper Word (spécialisé dans le conditionnement, l’importation et l’exportation des produits agricoles, notamment aux marchés russe, anglais et européen) et Agrumes de Taroudant (حوامض تارودانت) ont également été cités.
D’après la FNSA, Saoas et Pepper Word ont procédé au licenciement abusif de plusieurs salariés en raison de leur activité syndicale, depuis février 2020 pour le premier groupe et novembre 2020 pour le second, sans dédommagement ni indemnité, tandis qu’Agrumes de Taroudant ne paie plus un bon nombre de ses travailleurs depuis fin 2019.
"Ces sociétés ne respectent pas les droits des ouvriers, notamment le droit syndical, la déclaration à la CNSS et la couverture médicale. Et les responsables gouvernementaux continuent d’ignorer cette situation", déplore Idriss Adda.
En signal de protestation, les travailleurs campent depuis plusieurs jours devant ces sociétés pour défendre leurs droits. Notant que la main-d’œuvre de la région Souss-Massa, dont la majorité est d’origine paysanne et constituée de 75% de femmes, vit dans des conditions sociales extrêmes de pauvreté et de précarité.
Quid des responsables ?
La Fédération pointe du doigt trois parties, à savoir la préfecture de Chtouka-Ait Baha, ainsi que les ministères du Travail et de l’Agriculture.
"La préfecture refuse de réunir la commission d’enquête et de conciliation pour établir des PV, prendre les mesures nécessaires à l’encontre des employés et obliger ceux-ci à respecter leurs engagements. Il s’agit d’une étape obligatoire lors d’un conflit qui oppose un salarié à un employeur", souligne M. Adda.
"Les ministères du Travail et de l'Agriculture n'ont pas non plus établi des PV pour non-respect du Code du travail par ces employeurs, ni pris les mesures nécessaires à leur encontre".
La Fédération appelle ainsi à accélérer la visite d'une délégation ministérielle, représentée par ces trois parties, dans la province de Chtouka-Ait Baha, afin de prendre connaissance de la situation sociale désastreuse de ces travailleurs et trouver des solutions définitives dans les plus brefs délais. Dans le cas contraire, différentes formes de manifestations seront programmées au niveau national.
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