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Récit. Dans le Maroc rural, des bénévoles décrivent l'enfer glacé des habitants

Qu’ils soient nomades ou sédentaires, les habitants des régions rurales et reculées du Maroc vivent un véritable calvaire, surtout lors des vagues de froid. Des bénévoles qui viennent en aide à ces populations décrivent leur quotidien infernal.

Récit. Dans le Maroc rural, des bénévoles décrivent l'enfer glacé des habitants
Solène Paillard
Le 15 janvier 2021 à 17h44 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

La vidéo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux : on y voit un jeune garçon d’une petite dizaine d’années, dans un village à proximité d’Azilal, demander de l’aide pour tenter de survivre malgré des conditions de vie rudimentaires, de surcroît en cette saison hivernale où les températures sont, dans certaines régions, glaciales. La vidéo, qui ne dure pas plus d’une minute, en dit suffisamment long sur la précarité dans laquelle vivent de nombreuses familles des régions reculée du Maroc rural.

W. G. en sait quelque chose. Depuis quatre ans, ce cadre originaire de Casablanca fournit des aides matérielles à 15.000 habitants répartis entre 35 villages de la vallée des Aït Bouguemez, dans les montagnes du massif du M’goun, dans le Haut Atlas, à deux heures et demie de route d’Azilal.

Avant la crise sanitaire, il s’y rendait en moyenne une à deux fois par mois pour apporter sa pierre à l’édifice, épaulé par les autorités locales et des membres du tissu associatif, fins connaisseurs des problématiques de terrain. En temps normal, il y a les grands rendez-vous annuels : la rentrée scolaire et la saison hivernale, ainsi qu’une opération pour fournir des denrées alimentaires, dont l’organisation dépend de la période de l’année où les difficultés se font particulièrement sentir.

L’idée a germé en 2016, alors que W. G. faisait du trekking avec des amis dans la région. Le groupe est sollicité par quelques fillettes en quête de stylos pour faire leur rentrée scolaire. De retour à Casablanca, il initie une collecte de fournitures scolaires et fait parvenir dans la vallée stylos et cahiers pour les élèves. "La dynamique a pris beaucoup d’ampleur. Je me suis progressivement constitué un petit réseau sur place, avec des personnes en qui j’ai entièrement confiance. Les associations locales avec lesquelles j’organise des actions établissent le recensement des habitants pour pouvoir répartir les aides, supervisent la logistique et assurent la coordination avec les autorités locales. Pour chaque opération, une autorisation est demandée", explique W. G.

Du matériel inadapté au froid

Actuellement, avec le froid hivernal, les conditions de vie sont particulièrement rudes. L’enclavement de ces régions n’arrange rien. "Beaucoup de maisons sont de type traditionnel, construites en terre. Le froid est tel que vous avez presque l’impression qu’il vous perce les os. Le bois ne peut pas chauffer la totalité des maisons, donc les familles se regroupent dans une ou deux pièces. Dans certaines maisons, il n’y a pas non plus de salle de bain à proprement parler mais des hammams traditionnels à l’extérieur. Or en période de neige ou de pluie, c’est très, très inconfortable", décrit-il

Chaque année, il organise une à deux opérations pour fournir aux habitants de grosses couvertures. Récemment, il a envoyé des vêtements chauds, ainsi que des bottes adaptées à la neige, pour 200 enfants et une centaine d’adultes. Il cible principalement les enfants et adolescents qui, malgré la crise sanitaire et le froid, continuent de se rendre à l’école. "Ce sont les plus fragiles car ils sortent le matin très tôt. Ils s’y rendent à pied avec des chaussures totalement inadaptées à la neige", souligne-t-il.

"La plupart des habitants vivent grâce à la petite agriculture et au tourisme – chose sur laquelle ils ne comptent plus depuis la crise sanitaire. Le confinement a été très respecté, mais pour un certain nombre d’habitants, les aides ont tardé." W. G. leur a fait parvenir du matériel sanitaire, notamment des masques, des produits désinfectants pour les écoles et des distributeurs de gels hydroalcooliques. "Habituellement, les gens se procurent en nourriture dans le grand souk du village, Tabant, chaque samedi et dimanche. Tout s’est arrêté à l’annonce du confinement, à l’exception d’une poignée d’épiceries qui ont continué à tourner. Avec un groupe d’amis, on est parvenus à faire acheminer entre 600 et 700 paniers alimentaires", raconte-t-il encore.

Des enfants habitués au plein air

Répondre aux besoins de la population en termes de santé est l’une de ses grandes préoccupations, mais aussi l’une de ses grandes frustrations. "Je n’ai jamais vraiment pu leur apporter une aide concrète. Les infrastructures sanitaires sont limitées, ce qui oblige les habitants, dans les cas les plus graves, à se déplacer dans la ville la plus proche, qui se trouve à deux heures de route."

Le volet relatif à l’éducation est au contraire source de motivation. "Chaque année, je retrouve des enfants qui continuent à s’instruire. Avec l’aide de plusieurs associations sur place qui m’ont contacté, nous avons rénové trois pensionnats, mis en place trois unités d’alphabétisation pour femmes adossées à sept crèches, ainsi qu’une bibliothèque. J’avais été interpelé par le très fort taux d’abandon scolaire et le manque criant d’unités préscolaires. Les enfants arrivent à l’école à l’âge de sept, huit ans, donc tardivement, et ont du mal à rester toute la journée en classe alors qu’ils ont l’habitude de passer leur journée en plein air."

Loin du cliché de la carte postale

Dans une autre région elle aussi désertée par le tourisme, près de Merzouga, les habitants ne sont pas mieux lotis. Les nomades n’en sont plus vraiment, contraints de se sédentariser faute de pouvoir vivre de leur bétail.

Contactée par Médias24, Maha Nabil, membre du VerdePassione49, un groupe de supporters du Raja de Casablanca, a pris part, le week-end dernier, à une opération de fourniture de couvertures et de vêtements chauds. La vidéo est disponible ici.

"Après trois, quatre années de sécheresse, ces nomades ont été obligés de vendre leurs bêtes et de rester sur place, à proximité des villes et des villages, notamment Erfoud et Merzouga, pour trouver de quoi vivre. Chaque année, l’élan de solidarité est beaucoup tourné vers le Moyen-Atlas. Avec le groupe, on s’est dit que ce n’était pas la peine de se mobiliser pour ces régions. Les nomades, personne ne se mobilise pour eux. Ils ne reçoivent aucune aide", déplore-t-elle.

Sur place, Maha Nabil décrit des conditions de vie "très loin de la carte postale". "Les tentes ressemblent plutôt à des camps de fortune. Ce sont des semblants de tentes, avec des bâches en plastique. Femmes et enfants marchent pieds nus ; on est très loin des clichés vendus aux touristes…" Le groupe de supporters dont elle est membre a pu distribuer 23 sacs de vêtements et couvertures pour 23 familles.

Une Marocaine résidant à l’étranger a également lancé une cagnotte au profit de ces populations. Enfin, le groupe a obtenu une promesse de dons de 300 kg de pâtes, de pois chiche et de vermicelles "que l’on récupérera cette semaine afin de les acheminer par camion aux familles, en plus de quelques personnes de la twittosphère qui veulent donner des vêtements chauds".

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Solène Paillard
Le 15 janvier 2021 à 17h44

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