Fusions-acquisitions : Le marché redémarre après une période d'essoufflement (experts)
Les opérations stratégiques des entreprises ont récemment repris. Les investisseurs saisissent de nouvelles opportunités et les étrangers renforcent leurs projets au Maroc. Mais ces constats ne font pas l'unanimité auprès des avocats d'affaires.
La fermeture des frontières et de plusieurs administrations, décidée au début de la pandémie, ainsi que le manque de visibilité découlant de la crise sanitaire et économique, combiné à la paralysie de certains secteurs d’activités ont bousculé plusieurs opérations stratégiques des entreprises.
Entre reports et annulations, les fusions-acquisitions, scissions, cessions, entre autres types de projets, ont été freinés par la pandémie et son impact économique.
C’est en effet ce qui ressort des explications recueillies par Médias24 en juin dernier, auprès de 3 avocats de cabinets internationaux.
Suite au déconfinement et à la reprise des activités économiques et commerciales, la question qui se pose désormais est de savoir comment la situation a évolué depuis. Voici les réponses de 3 avocats de grands cabinets d’affaires à Casablanca.
"Une rentrée plus active"
Selon Maître Rim Tazi, avocate au barreau de Casablanca, le redémarrage des opérations stratégiques des entreprises (qui comprend les fusions-acquisitions, cessions, acquisitions d’actions ou de parts sociales, développement de projets ,etc.) a été constaté à partir du mois de juillet.
Cela dit, les principales opérations réalisées depuis, ont été initiées avant la pandémie et suspendues pendant le confinement.
“Les entreprises ont commencé à reprendre leurs opérations stratégiques qui étaient entamées voire bien avancées. Depuis le mois d’août, la rentrée a été plus active”, précise-t-elle.
“Il y a eu un essoufflement pendant un moment et certaines opérations ont été mises en stand by. Mais ce n’est pas général car certaines entreprises n’ont jamais arrêté leurs projets, puisque de grands groupes ont effectué d’importantes opérations pendant la pandémie. Ces derniers établissent des stratégies sur le long terme et sont conscients que la pandémie est passagère”, explique Maître Salima Bakouchi, avocate d’affaire associée au cabinet HB Law Firm.
Depuis la reprise de ce type d’opérations, Maître Bakouchi indique avoir été sollicitée pour des consultations et accompagnements juridiques dans le cadre d’opérations qui portent surtout sur la restructuration des entreprises par l’augmentation du capital ou la création de holdings par exemple, mais aussi sur des affaires de cessions ou encore des retraits de participation.
Pour Maître Jaafar Laidi, avocat d'affaires au barreau de Casablanca, le constat est différent. Selon lui, "ce type d'opérations a largement baissé depuis le début de la crise Covid et cette tendance se maintient encore. Seules les opérations entamées avant la crise Covid se poursuivent", indique-t-il.
“Les investisseurs étrangers renforcent leurs projets au Maroc”
En matière d’investissements internationaux, Maître Bakouchi constate que les investisseurs étrangers “renforcent leurs projets au Maroc”.
“Plusieurs investisseurs étrangers nous ont sollicités dans le but d’élargir leurs business. Les plans des sociétés étrangères qui ont des projets au Maroc n’ont pas changé, bien au contraire”, martèle l’avocate.
“Désormais, les problèmes liés à la fermeture des frontières ont été dépassés, les opérations sont menées à distance, via appels vidéos, avec des investisseurs partout dans le monde. La seule chose qui freine encore c’est la signature de documents lorsque les originaux sont nécessaires et que la signature électronique n’est pas suffisante. C’est uniquement dans ces cas-là que nous sommes confrontés à un retard”, précise la même source.
Là encore, la position de Maître Jaafar Laidi est divergente. Selon lui, "les investissements étrangers au Maroc sont toujours sur une tendance baissière qui persistera certainement pendant les prochains mois et pourrait s’accentuer du fait de la crise économique internationale qui se profile à court terme".
La pandémie a créé de nouvelles opportunités
Maître Tazi soulève des changements directement liés à la pandémie, qui impactent la nature des opérations d’investissement.
“Les entreprises solides financièrement, qui ont réussi à traverser la crise sans trop de heurts, saisissent des opportunités d’acquisition offertes par des entreprises moins résilientes. Le marché qui était majoritairement pro-vendeurs, se rééquilibre en faveur des acheteurs. Les clauses de “locked-box” (fixation du prix en amont) diminuent en faveur de divers mécanismes d’ajustement de prix et “d’earn-out”, qui prennent en compte les fluctuations en termes de besoins en fond de roulement et de trésorerie”.
“Au Maroc, des fusions-absorptions de compagnies qui se portent bien, (telles que la fusion-absorption de Sanad par Atlanta pour créer un assureur marocain de référence), risquent de se développer en vue de créer des « champions nationaux », afin de répondre à la concurrence internationale”, indique Maître Tazi.
“La CGEM a d’ailleurs proposé, dans le cadre du projet de loi de finances 2021, des mesures censées faciliter et encourager les opérations de restructuration des entreprises. Il a été proposé de réduire les droits d’enregistrement des fusions, scissions, apports partiels d’actifs à 0,5% au lieu des 1% actuels”, rappelle l’avocate.
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