Tourisme: Le risque de quarantaine dissuade les nationaux de voyager

La décision des autorités de confiner les habitants de Safi a provoqué la crainte de nombreux Marocains désireux de voyager de se retrouver, à leur tour, enfermés dans la ville de leur séjour touristique. Selon le vice-président de la CNT, Fouzi Zemrani, cette annonce risque de faire chuter la fréquentation hôtelière des touristes nationaux mais également des étrangers, le jour où les frontières rouvriront, sachant que l’affaire a été médiatisée à l’international.

Tourisme: Le risque de quarantaine dissuade les nationaux de voyager

Le 6 juillet 2020 à 16h27

Modifié 10 avril 2021 à 22h45

La décision des autorités de confiner les habitants de Safi a provoqué la crainte de nombreux Marocains désireux de voyager de se retrouver, à leur tour, enfermés dans la ville de leur séjour touristique. Selon le vice-président de la CNT, Fouzi Zemrani, cette annonce risque de faire chuter la fréquentation hôtelière des touristes nationaux mais également des étrangers, le jour où les frontières rouvriront, sachant que l’affaire a été médiatisée à l’international.

Si la fermeture des issues de la ville de Safi s’impose pour des considérations sanitaires, il n’empêche que cette décision gouvernementale a provoqué plusieurs annulations de la part de Marocains qui avaient réservé un séjour hôtelier dans plusieurs villes touristiques du pays.

En effet, la crainte de se retrouver incapables de rentrer chez eux si les autorités décident de les confiner sur place après la découverte d’éventuels clusters a eu pour résultat de les décourager de se rendre dans des destinations comme Tétouan, Agadir …

La mise en quarantaine de Safi a aggravé la situation

Sollicité par Medias24, Fouzi Zemrani affirme que la détérioration de la situation sanitaire dans certaines villes inquiète déjà les éventuels clients d’hôtels qui réfléchissent à deux fois avant de voyager.

« Confrontés à ce risque, ils préfèrent rester dans leur cocon avec leur famille et leurs proches et ne pas sortir de leur cercle de confort pour aller ailleurs.

« Et le confinement de la ville de Safi a aggravé les choses, même si la ville n’est pas connue pour être une destination touristique.

« A partir de là, les nationaux ne seront pas chauds pour voyager même si de nombreux hôteliers leur ont proposé un remboursement des frais avancés en cas de deuxième vague ou de confinement.

Une médiatisation qui va aussi décourager les futurs touristes étrangers

« De plus, les étrangers notamment français seront également réticents à venir au Maroc si demain les frontières devaient ouvrir, car cette publicité ne joue pas en faveur du tourisme.

« En effet, sachant que les journaux français ont titré sur le confinement de 300.000 personnes dans une ville marocaine, cela ruine tout le travail qu’ont effectué les opérateurs pour assurer les étrangers.

« Par ailleurs, la quarantaine de 9 jours qui est toujours d'actualité pour les visiteurs internationaux et les MRE ne risque pas de les encourager à venir chez nous.

Des mesures restrictives qui n’arrangent rien

« Ainsi, quoi qu'il arrive et quelles que soient les mesures d'encouragement gouvernementales, l'été est très mal parti en termes de remplissage car ni les nationaux ni les étrangers ne seront au rendez-vous.

« Avec les nombreuses mesures de restriction comme la fermeture des restaurants à 23 heures ou des plages à 18h, les gens préfèreront rester chez eux en attendant que cela passe.

Des faillites à la clé

« Quand même une compagnie comme Royal Air Maroc décide de licencier 850 personnes et de vendre une vingtaine d'avions qui représentent des centaines de milliers de sièges par an, il y aura certainement de nombreuses faillites chez les opérateurs et notamment les hôteliers.

« Dans l’état actuel des choses, certains n’ouvriront pas car ils n'ont pas l'assurance d’avoir une clientèle.

D’autres pays touristiques ont été en mesure de rassurer les clients locaux et étrangers

« Si la santé des Marocains passe avant les considérations financières, il y a tout de même des mesures alternatives à mettre en place car nous devons apprendre à vivre avec le coronavirus.

« Il convient de ménager la chèvre et le chou à l'image de pays touristiques comme l'Espagne, la Turquie, la France et l'Italie qui n'ont toujours pas vaincu le coronavirus mais qui ont mis en place un plan pour accueillir dans les meilleures conditions les touristes et pour faire redémarrer le tourisme.

Le tourisme doit apprendre à vivre avec la pandémie

« S’il est acquis que nous ne reviendrons pas au rythme pré-pandémie avant au moins avril 2021, nous ne pouvons pas sous prétexte de cette crise sanitaire arrêter de vivre complètement.

« En effet, si les gens ne sortent pas de chez eux et ne consomment pas, comment l'État va-t-il récupérer des impôts et pouvoir faire face à ses engagements ?

Nécessité de responsabiliser les clients

« Ceci dit, je me dois de rajouter que, malheureusement, nombre de nos concitoyens confondent déconfinement et fin du virus.

« Ainsi, si le plan sanitaire est obligatoire pour ouvrir tous les hôtels, il faut aussi que les conditions sanitaires soient respectées dans les taxis, les restaurants, les souks et que le touriste soit responsable.

Un taux de remplissage de moins de 15% est attendu

« Au final, face aux risques encourus, il est compréhensible que des nationaux veuillent reporter leur voyage.

« Avec un tourisme national qui représente 30 % de taux de remplissage hôtelier en période normale et des autorités qui imposent aux hôteliers de réduire leur capacité d'accueil de 50 %, il reste en théorie 15 % d’éventuels clients marocains mais avec la crainte instillée par des villes comme Safi, Tanger sans compter les clusters qui risquent d'émerger ailleurs, on n’atteindra certainement pas ce pourcentage », conclut le vice-président qui s’attend au pire été de l’histoire du tourisme marocain.

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