Au Maroc, les stations services menacées plus que jamais par le Covid-19
Les mesures de prévention et de restriction imposées pour lutter contre la pandémie du coronavirus ont logiquement fait chuter le trafic routier et, de surcroît, la consommation de carburant. Entre désertion de pompes et licenciements du personnel, le secteur de distribution des carburants est déjà ébranlé par de profondes mutations.
Sur le boulevard Mohammed V à Kénitra, une station-service compte ses clients, lesquels se font de plus en plus rares en raison du confinement. "Nous passons par une période très difficile. Notre chiffre d'affaires (CA), qui est en chute libre, accuse déjà une perte de près de 60%", a déploré Abdessamad, gérant de cette station.
En effet, a-t-il poursuivi, cette crise n'a été ressentie qu'à partir d'avril, puisque le CA du mois de mars a été soutenu par un mouvement de panique ayant poussé les citoyens à se précipiter vers les stations-service pour faire le plein.
"Rien ne va plus pour nous. Nos gains habituels d'une journée sont actuellement à peine générés en une semaine, ce qui nous a poussé malheureusement à nous délester de deux de nos employés, mis en chômage partiel".
Cette réduction à peau de chagrin des recettes "ne nous a pas empêchés de veiller à la mise en place des mesures de précaution face au virus avec le nettoyage systématique des pompes à carburant, des comptoirs des boutiques ainsi que des terminaux de paiement", a révélé Abdessamad à la MAP.
"Nous faisons en sorte à ce que le personnel observe les directives relatives au lavage fréquent des mains, au port d'un masque et au respect de la distanciation sociale minimale", a-t-il indiqué, précisant que tous les clients sont invités à utiliser les moyens de paiement sans contact, telles que les cartes bancaires.
De l'autre côté de la ville, Abdelaziz, gérant d'une autre station-service, a confirmé une baisse de 50% de son CA, ainsi qu'une chute de 80% de ses clients, en ces circonstances actuelles exceptionnelles, où les prix à la pompe ont dégringolé depuis le 1er avril, se soulageant d'une moyenne de 2 DH.
"Les bus scolaires, qui se ravitaillaient pratiquement quotidiennement, sont nos clients les plus importants. Mais avec la fermeture des établissements scolaires, ces transports à l'arrêt ont ainsi provoqué la chute d'une partie importante de notre CA", a-t-il regretté.
Quant aux conducteurs de taxis, qui avaient l'habitude de faire le plein à la fin de chaque journée avant le coronavirus, leur consommation s’est écroulée de 70%, ne dépassant pas les 60 DH par jour, compte tenu des déplacements urbains et interurbains qui se font très rares en cette période de confinement, a ajouté Abdelaziz.
Il a, en outre, noté qu'en plus des quelques pompistes qui ont été mis en chômage, les autres services de la station à savoir la vidange et le lavage ont connu un arrêt total et ce, dans la quasi-totalité des stations de la ville.
L'arrêt partiel d'un grand nombre d'usines dans la zone franche de Kénitra, ainsi que dans les autres zones avoisinantes, à notamment impacté l'activité de la station, qui a toujours connu un fort engouement de la part du transport du personnel.
En raison du ralentissement drastique de l'activité, d'autres stations-service à Kénitra, ont été contraintes soit d'accorder des congés ou d'organiser des roulements pour leurs salariés, écartant ainsi tout licenciement, en attendant une reprise prochaine de l'activité économique.
(Avec MAP)
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