Baisse du budget des communes : situation délicate à Tanger
La crise actuelle se répercute lourdement sur le budget des différentes communes du Royaume. A Tanger, la situation est plus complexe. Voici les explications d’Ahmed Ettalhi, représentant de la commune.
A cause de la pandémie du Covid-19 et de la crise économique qui en découle, la situation financière des collectivités territoriales devient difficile, tant sur le plan des recettes que des dépenses.
La situation de la ville de Tanger est encore plus délicate, compte tenu de la crise financière à laquelle la commune de la ville fait face depuis plusieurs années.
Contacté par Médias24, Ahmed Ettalhi, président de la commission de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire et de la préservation de l’environnement, nous explique que les communes ne sont pas au même pied d’égalité pour affronter la crise du Coronavirus.
Selon lui, il faut distinguer entre 3 catégories de communes : La première est celle des communes qui ne seront pas inquiétées. Elles n'ont habituellement pas de recettes et bénéficient de la subvention du ministère de l'Intérieur.
La seconde est celle des communes qui disposent d'un budget d'investissement. Elles ont donc la possibilité de transférer ce budget pour couvrir les frais de fonctionnement.
La troisième et dernière catégorie, qui concerne la ville de Tanger, est celle des communes qui vont souffrir. Ayant du mal à assurer le financement des dépenses obligatoires, avec un petit budget d'investissement, voire aucun, elles ne pourront pas faire face à la crise sans l'aide du ministère de tutelle.
"Tanger est une ville très riche, avec une commune très pauvre"
"Les grands projets comme Tanger Med, les zones franches, le port de plaisance, etc., engendrent une immigration interne massive de la classe ouvrière. Il faut savoir qu’en 2004 la ville de Tanger comptait 600.000 habitants et qu’en 2014 elle en comptait déjà 950.000. Aujourd’hui, on parle de 1.200.000 Tangerois", précise Ahmed Ettalhi.
"Chaque année, c’est la taille d’une ville moyenne qui s’installe à Tanger, soit à peu près 40.000 nouveaux citoyens par an. Cela signifie que nous avons de nouveaux quartiers clandestins chaque année", ajoute la même source pour illustrer l'augmentation des besoins de la ville alors que les recettes ne suivent pas.
Comme toutes les communes du Royaume, celle de Tanger repose énormément sur le transfert des recettes de la TVA comme une des principales sources de financement. La commune de Tanger reçoit 150 millions de dirhams par an. Un montrant très faible comparé à celui d’autres villes.
"La commune de Tanger n’a pas de budget d’investissement depuis 2010"
"La part de la TVA allouée à la commune est la même depuis 2014 et ce, malgré les changements et l'expansion que connait la ville. Tandis que Meknès a droit à 190 millions de dirhams. Rabat, Salé et Marrakech, qui ont moins d’habitants que la ville de Tanger, touchent entre 240 et 270 millions de dirhams", explique Ahmed Ettalhi.
"Malgré les efforts fournis durant les 5 dernières années, la commune de Tanger continue à payer le prix des mauvaises stratégies du passé. Les conseils communaux précédents ne donnaient pas d’importance à la valorisation des ressources et aux investissements. Avant notre arrivée, seul 19% des citoyens payaient leurs impôts. Nous avons réussi, après beaucoup d’efforts, à augmenter le taux de recouvrement qui varie aujourd’hui entre 24 et 25%, mais ce n’est pas suffisant".
Ressources humaines en chute libre
Les ressources humaines sont également en baisse. Que ce soit à cause des départs à la retraite ou des décès, "nous comptons 100 fonctionnaires en moins par an, et ces personnes ne sont pas remplacées. Nous avons aujourd’hui 1.400 fonctionnaires pour toute la ville, alors que l'arrondissement Sidi Belyout à Casablanca compte à lui seul 1.400 fonctionnaires".
Par ailleurs, la baisse des ressources financières s’explique également par les saisies : "la commune de Tanger a beaucoup de dettes prélevées depuis 2015. Plus de 800 millions de dirhams saisis au total, qui auraient pu servir pour des investissements, mais aussi et surtout pour couvrir les dépenses de la commune", déclare la même source.
Avec ou sans pandémie, les charges ne font qu’augmenter
Les dépenses obligatoires ne peuvent pas être réduites, car comme leur nom l’indique, elles sont essentielles. Il s’agit notamment des salaires des fonctionnaires, des loyers, du budget du nettoiement, celui de l’éclairage public, etc. Ahmed Ettalhi prend l'exemple de l'éclairage et explique que "les points lumineux de la ville de Tanger dépassent les 105.000. Tout en sachant que chaque année, nous en ajoutons 2000 à 3000 et que chaque point lumineux consomme de l’électricité et nécessite un entretien. Il faut donc, augmenter le budget annuel alloué à l’éclairage public de 3 à 5%".
Outre ces charges obligatoires, de nouvelles dépensent apparaissent. En effet, à cause de la pandémie, la commune doit supporter de nouvelles dépenses liées à la désinfection de la ville. Sans oublier les nouveaux projets tel que la nouvelle décharge qui va ouvrir dès cet été, et dont le coût s’élève à 50 millions de dirhams. "En 2015, le budget de la commune était de 520 millions de dirhams, aujourd'hui il est de 770 millions, mais pour améliorer les services communaux, nous avons besoin de 1,2 milliard de dirhams", déclare la même source.
"Nous aurions pu baisser les bras puisque nous n'avons pas le budget pour continuer mais, de notre côté, nous faisons en sorte de maintenir la qualité de vie dans la ville, de protéger l'environnement et en parallèle d’augmenter nos ressources de 50 à 60 millions de dirhams chaque année. Nous continuons à espérer que le ministère de l’Intérieur prendra en considération notre situation pour trouver une solution".
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