Des enseignants peu enthousiastes à l’idée d’une réouverture des écoles
Certains enseignants proposent de repousser le baccalauréat à septembre afin que tous les élèves, surtout les plus défavorisés en termes d’accès à internet et aux outils informatiques, puissent bénéficier de révisions dans de meilleures conditions sanitaires.
A l’instar des parents d’élèves, les enseignants et directeurs d’écoles ne sont pas favorables à une réouverture rapide des établissements scolaires à l’issue du confinement.
Plutôt qu’une reprise des cours en présentiel, Jacques Knafo, opérateur dans l’enseignement privé marocain contacté par Médias24, préconise d’intensifier l’enseignement à distance. Il estime qu’il faut ''équiper les familles qui n’ont pas d’outils informatiques pour que leurs enfants puissent suivre les cours à distance, ou bien mettre en place des foyers locaux pour qu’ils puissent accéder à des ordinateurs et être encadrés par des enseignants, en respectant bien sûr la distanciation sociale''.
Cet opérateur reste de toute façon très sceptique sur une réouverture des établissements scolaires : ''Est-on suffisamment outillé pour recevoir tous les élèves ? Comment sera-t-il possible de faire respecter la distanciation sociale, de surcroît dans des classes parfois surchargées ? Avons-nous les moyens de mettre en place les structures d’accueil nécessaires, que ce soit au niveau du savon, des désinfectants, des masques ? Tant que toutes ces dispositions ne sont pas claires, il ne me semble pas judicieux que les élèves retournent en classe'', estime Jacques Knafo.
Même son de cloche du côté du syndicat du SNES-FSU qui représente les enseignants des établissements de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). ''La reprise des cours en présentiel ne peut être conçue qu’avec la priorité de préserver la santé des élèves et du personnel'', nous dit Hamid Laaroussi, président du syndicat du SNES-FSU et professeur de mathématiques au lycée Descartes à Rabat.
La réouverture des établissements de l’AEFE ne pourra être envisagée qu’en trois temps : à l’annonce d’une date de réouverture des établissements scolaires par les autorités locales, une réunion se tiendra entre les directions des établissements et l’ambassade de France pour voir si la réouverture est envisageable. Après confirmation, les directions des différents établissements analyseront, en liaison étroite avec l’ambassade de France, la possibilité de rouvrir les écoles. ''Cette analyse devra ensuite remonter aux Affaires étrangères et à l’AEFE et à partir de là, des consignes de sécurité et d’organisation pédagogique et administrative seront mises en place. In fine, c’est l’ambassade de France qui autorisera ou non la réouverture des écoles'', précise Hamid Laaroussi.
Permettre à tous de réussir dans les mêmes conditions
Pour Naji Choukri, président de l’Association marocaine des enseignants de français (AMEF), le problème se pose surtout pour les élèves de la troisième année de collège et la dernière année de lycée, qui passent respectivement le brevet et le baccalauréat. ''Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de faire revenir tous les élèves; peut-être seulement ceux qui passent le brevet et le baccalauréat. Dans ce cas, il faudrait réquisitionner les salles des établissements qui ne sont pas occupées afin de répartir ces élèves, à raison d’une petite dizaine par salle, y compris pour les révisions'', estime Naji Choukri.
Mais globalement, Naji Choukri n’est pas enthousiaste à l’idée d’un retour des élèves à l’école. Comme la Fédération nationale des associations de parents d’élèves (FNAPEM), il suggère de reporter les examens à septembre et de ne les faire porter que sur ''le programme du premier et du deuxième trimestres, avec 15-20 jours de révision au préalable'', et de décaler la prochaine rentrée scolaire à début octobre, quitte à réduire le programme. ''A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle'', glisse Naji Choukri.
Contacté par Médias24, un inspecteur pédagogique de l’enseignement primaire estime au contraire que les examens du brevet et du baccalauréat doivent être organisés avant le mois de septembre car ils conditionnent l’accès à un cycle supérieur. ''Il faut répartir les élèves, entre 10 à 15 par classe. Les classes vides, les réfectoires et les internats peuvent être utilisés pour accueillir les élèves, ainsi que certaines salles au niveau des académies régionales'', indique-t-il.
Problème : si la continuité pédagogique – comprendre l’enseignement à distance – a certainement fonctionné pour certains, elle a en revanche été beaucoup plus difficile pour d’autres, notamment pour les élèves du milieu rural qui ont difficilement accès à internet et aux outils informatiques. ''Il faut garantir l’égalité des chances. Reporter les examens à septembre et pouvoir ainsi organiser les révisions dans de meilleures conditions sanitaires me paraît plus convenable'', conclut Naji Choukri.
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