Le confinement, une prison pour les enfants victimes de violences
Les enfants sont aussi sujets aux violences domestiques, qui sont en hausse en cette période de confinement. Ce dernier a toutefois drastiquement réduit la marge de manœuvre des professionnels de la protection de l’enfance. Le tissu associatif essaie de pallier ces dysfonctionnements.
Il y a quelques jours, nous écrivions que le confinement, en vigueur depuis le 20 mars et prolongé jusqu’au 20 mai, met les nerfs des enfants à rude épreuve. Que dire alors de ceux qui sont victimes de violences dans des foyers dont ils ne peuvent s’échapper ? Sans compter que les dispositifs de signalement d’enfants maltraités manquent cruellement ; plus encore dans ce contexte.
Il y a bien le dispositif de signalement et de défense des enfants victimes, mis en place par l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE) en 2016 et qui consiste en un numéro vert simplifié (2511) et une plateforme web. Ces deux outils permettent à toute personne de signaler des actes de maltraitance et toutes formes d’abus et d’exploitation contre les enfants. Mais voilà, le confinement a drastiquement réduit le champ d’action des acteurs de la protection de l’enfance.
« La crise sanitaire a beaucoup restreint les ressources qui étaient auparavant disponibles. L’enfant est isolé : son lien avec l’extérieur – l’État, l’école et d’autres personnes auprès desquels il peut reporter des abus et qui peuvent lui venir en aide – est aujourd’hui très limité », reconnaît l’ONDE, contacté par Médias24. Preuve que les moyens sont limités : les membres de la plateforme 2511.ma ne peuvent désormais plus se déplacer, confinement oblige.
L’encadrement des adultes est pourtant primordial durant cette période de confinement, plaide l’ONDE, en l’occurrence dans les familles qui font face à des conditions de vie difficiles et doivent cohabiter dans des espaces très restreints. « Il faut les sensibiliser à l’importance de la santé mentale, aussi bien la leur que celles de leurs enfant. »
Des enfants réinsérés et des familles accompagnées
L’association Bayti, active auprès des enfants en situation difficile, se dit elle aussi contrainte dans ses déplacements, mais a décidé de réorienter ses actions. Depuis le début du confinement, 25 enfants pris en charge dans la structure de l’association, à Casablanca, ont pu regagner leurs familles. Trente y sont en revanche confinés avec l’équipe éducative, épaulée par une psychologue, et 25 autres, principalement des enfants qui vivaient auparavant dans la rue, sont actuellement dans une ferme-école de la région de Sidi Allal Tazi.
« Le retour de ces enfants dans leur famille a été décidé sur la base de plusieurs critères, afin de s’assurer qu’ils ne sont pas exposés à des risques de violences dans leurs foyers », nous explique Amina L’Malih, présidente de l’association Bayti. « Nous travaillons depuis plusieurs années avec certaines de ces familles. Les enfants avaient déjà l’occasion de retourner chez eux pendant les week-ends et les vacances. Cette période de confinement va nous permettre d’évaluer la réinsertion sociale définitive de ces enfants », souligne Amina L’Malih. En contact régulier avec les familles, qui bénéficient également d’une aide financière et alimentaire, l’association n’a pour l’heure eu aucun retour d’enfants. « On a bien sélectionné celles chez qui il n’y avait aucun risque de violences », se félicite la présidente.
Violence symbolique
Car l’enjeu est grand. « Le confinement est évidemment propice aux violences physiques, y compris sur les enfants », prévient Ghita Alami, psychologue clinicienne et présidente de l’Association marocaine de psychologie de l’enfant et de l’adolescent (AMPSY). « Les enfants violentés sont des éponges : ils absorbent les problèmes familiaux et conjugaux et deviennent le réceptacle de tout ce qu’on ne peut pas déverser sur le conjoint », explique-t-elle.
Membre d’une cellule d’écoute mise en place dans le cadre du confinement par le Réseau des psychologues du Maroc (Résopsy), Ghita Alami dit recevoir beaucoup d’appels de mères en dépression. « La dépression peut les rendre plus agressives, moins patientes et moins disponibles pour leurs enfants. Certaines n’ont pas l’aptitude mentale et psychique à prendre en charge leurs enfants et en arrivent à être violentes physiquement, avec toute la culpabilité qui va avec… Ce sont des appels récurrents depuis le début du confinement », souligne Ghita Alami.
Une autre forme de violence est également ressortie avec la mise en place de l’enseignement à distance, plus symbolique celle-là. « Beaucoup de parents ont énormément d’attentes de leurs enfants. Ce sont souvent des parents anxieux, perfectionnistes, avec une anxiété de performance et qui attendent de leurs enfants qu’ils excellent. Avec l’école à la maison, certains ont déchanté lorsqu’ils se sont rendu compte que leurs enfants n’étaient pas aussi brillants qu’ils le pensaient. Au final, les parents sont frustrés car l’enfant ne correspond pas à l’enfant idéal : c’est justement cet écart entre l’enfant réel et l’enfant fantasmatique qui créé cette violence symbolique. L’enfant, lui, est violenté sur le plan psychique car il comprend qu’il n’est pas à la hauteur. »
Encore faut-il pouvoir avoir accès à ces contenus pédagogiques en ligne. « Le non-accès à l’éducation à distance est une violence sociale. Nous connaissons beaucoup d’enfants qui n’ont pas d’accès à internet, ni même d’ordinateur. De fait, ils sont marginalisés du système scolaire », déplore enfin Amina L’Malih.
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