Neila Tazi : “Notre message sur l’importance de la culture a été entendu”
La 1ère édition des Assises de la culture a rassemblé plus de 500 participants au cours de sa journée inaugurale. Malgré l’absence de 3 ministres qui devaient intervenir, la présidente de la fédération des industries culturelles et créatives se dit optimiste sur l’impact de cet événement, organisé en partenariat avec le ministère de la Culture. Selon Neila Tazi, les responsables gouvernementaux ont enfin compris l’attrait économique d’un secteur ignoré par tous les décideurs politiques depuis des décennies.
Médias24 : Que faut-il retenir au terme de cette première journée des Assises ?
Neila Tazi (présidente de la Fédération des industries culturelles et culturelles- CGEM) : Des témoignages et des interventions sincères et concrètes de la part de nos hauts responsables politiques qui ont compris les enjeux et la réalité de ce secteur. Les intervenants sollicités pour ces premières assises ont permis d’amener toutes les parties prenantes (secteur public, privé, législateur, professionnels …) à débattre pour améliorer l’écosystème de la culture.
Ces experts ont débattu de sujets très importants pour créer une véritable industrie de la culture. Cette première permettra de donner un coup d’accélérateur à ce secteur trop longtemps ignoré.
- Le Chef du gouvernement, les ministres des Finances et de l’Education nationale étaient absents. On a l’impression que la culture n’est toujours pas prise au sérieux par le gouvernement ?
- La décision d’organiser les assises a été prise le 9 juillet dernier, quand notre fédération de la CGEM a signé un partenariat public-privé avec le ministère de la Culture. Après quoi, il y a eu le discours royal de la fête du Trône du 30 juillet et l’annonce d’un remaniement gouvernemental.
A partir de là, nous nous sommes posés la question de savoir s’il fallait maintenir les assises ou les reporter. D’un commun accord avec le ministre de la Culture, nous avons décidé de les maintenir pour créer une dynamique. Ce n’est pas parce qu’il y aura peut-être un nouveau ministre de la Culture à l’issue du remaniement que cela doit nous empêcher d’avancer.
Les débats qui ont eu lieu aujourd’hui, nous confortent en tant qu’acteurs de cette dynamique sur le fait que des choses doivent être dites et que des prises de conscience doivent se produire.
Même si nous savions que nous prenions un risque, jusqu’à hier soir 21 heures, la présence du Chef du gouvernement était confirmée et acquise mais ce matin, les choses ont changé. Ceci dit, cela n’a pas empêché de grandes personnalités d’assister à la séance d’ouverture.
-La perspective du remaniement n’a pas empêché la présence des ministres de la Culture et du Tourisme...
- Oui et celle du ministre de la Justice, qui a permis d’évoquer les problèmes juridiques, de droits d’auteur et de propriété intellectuelle.
De plus, la présence du président de la Chambre des représentants a été fondamentale car le cadre législatif dans lequel travaillent les acteurs culturels est très faible et a besoin d’être renforcé.
Les propos de Habib El Malki sont très importants comme par exemple la nécessité d’une loi sur le mécénat ou sur l’octroi plus facile du statut d’utilité publique à certaines associations.
Est-il normal qu’une association comme celle de Mahi Binebine qui crée des centres gratuits pour des jeunes en difficulté n’ait pas ce statut ? Idem pour l’association Yama Gnaoua qui œuvre pour inscrire les Gnaouas au patrimoine mondial de l’UNESCO et qui n’en bénéficie pas.
Ce sont toutes ces choses que nous discutons pour faire passer des messages avec une volonté de construire et d’aller de l’avant.
- Qu’est ce qui urge vraiment pour développer la culture au Maroc ?
- Tout simplement ce que nous faisons aujourd’hui, à savoir oxygéner l’atmosphère en posant les bonnes questions. Pour exemple, Zouhir Chorfi, le secrétaire général du ministère des Finances a parlé de budgets publics pour la culture qui n’ont pas été consommés.
Il y a donc un problème de communication et de fluidification des mécanismes. Nous devons prendre conscience de ces problèmes pour pouvoir les résoudre et changer les choses. Ainsi, n’ayant pas de véritables chiffres du HCP sur les habitudes de consommation culturelles des Marocains, nous aimerions qu'ils consacrent des études à ce secteur.
- Un vrai gage du virage culturel ne serait-il pas d’augmenter le budget du ministère de la Culture ?
- Evidemment que nous souhaitons qu’il augmente, mais ce n’est pas la chose la plus difficile.
- Ca serait un premier pas symbolique sachant que ce budget dépasse à peine 1 MMDH ?
- Renforcer ce budget dans le PLF 2020 est important mais ce qui l’est davantage est de faire prendre conscience de l’apport du secteur culturel à l’économie de notre pays. Nous devons évidemment aller vers plus de budget public car le Maroc a le plus petit budget de la région alors que notre potentiel et notre rayonnement international sont largement reconnus.
- Hormis les belles déclarations d’intentions, pensez-vous qu’il y a une vraie volonté politique ?
- Pour être honnête, elle nous a fait défaut au niveau des partis et des responsables politiques alors que tous les Marocains savent que Sa Majesté accorde une grande place à la culture. La preuve en est qu’il nous a accordé son haut patronage pour cette première édition des Assises de la culture.
Ceci dit, les responsables gouvernementaux ont besoin d’être encouragés pour s’engager davantage et donner plus de place à la culture. Nous avons organisé ces assises pour qu’ils comprennent que ce secteur est profitable à travers des synergies économiques comme par exemple tourisme et culture.
Toutes les études montrent que 40% des voyageurs de la planète choisissent leur destination à partir de son offre culturelle. Partant de là, nous nous devons de renforcer et de structurer notre offre.
- Quand pensez-vous que votre message passera au niveau du gouvernement ?
-D’ores et déjà, nous sommes convaincus d’avoir été entendus.
- Une vraie industrie de la culture au Maroc, c’est pour quand ?
- Je ne peux pas vous donner un horizon mais ce qui est sûr, c'est que nous sommes arrivés au bon moment même s’il va falloir poursuivre nos efforts dans les prochaines éditions des assises ...
Ci-après, l'interview filmée de Neila Tazi:
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