Impact des vidéos choquantes: l'avis du psychiatre Mouhcine Benyachou
Depuis quelques années, les Marocains sont confrontés à un nombre croissant de vidéos ultra-violentes sur les réseaux sociaux. Selon le psychiatre Mouhcine Benyachou, le visionnage constant de ces scènes aura pour impact d’aboutir à une société où la liberté des femmes sera encore plus restreinte, sans compter un développement de psychoses chez les personnes présentant un terrain favorable.
En ce début d’été, des images filmées d’extrême violence font le buzz au Maroc avec de nombreux partages sur les réseaux sociaux et in fine des millions de vues.
Tout en faisant peur aux Marocains, ce phénomène semble en fasciner une partie comme si visionner des actes réels de torture répréhensibles était sans conséquence aucune.
Une morbidité qui cartonne sur les réseaux sociaux
Sollicité par Médias24 pour donner son avis sur un éventuel impact psychologique sur les individus, le psychiatre Mouhcine Benyachou avance que le succès rencontré par ces vidéos s’explique en grande partie par leur contenu traumatisant sortant de l’ordinaire.
"Ce principe est valable au plan général c’est-à-dire au niveau de tous les supports qu’ils soient journaux imprimés, presse en ligne, films et bien évidemment les réseaux sociaux.
"Dans une société confrontée à une violence croissante dans l’espace public mais aussi privé, ces vidéos violentes attirent l’attention et cartonnent sur les réseaux sociaux car elles ne font que décrire notre réalité.
"Celle de la malheureuse Hanane entre dans ce cadre car on y voit un homme se livrant à des actes de torture et une victime qui le supplie d’arrêter.
"Sachant que ces actes sont d’une violence insoutenable, cette vidéo a un impact extraordinaire sur notre société qui découvre de quoi sont capables certains.
Des vidéos qui nous ramènent au Moyen-âge
"A travers elle, on se rend compte que les viols deviennent monnaie courante au Maroc et quasi-normaux avec leur médiatisation croissante sur les réseaux sociaux.
"Ce genre de choses se répand de plus en plus dans notre société où l’on voit aussi un nombre croissant d’agressions commises avec des sabres.
"Cela donne l’impression d’être ramené au Moyen-âge et que le système autoritaire est dépassé pour rétablir l’ordre dans nos rues.
"A partir de là, la quête de sécurité devient une priorité pour nos concitoyens mais aussi pour le pays car l’insécurité fera fuir les touristes et les investisseurs.
"Ainsi, s’il y a aussi des viols en Occident, le harcèlement des femmes dans l’espace public est une spécificité des pays sous développés ou en développement comme le Maroc. Car ailleurs, vous ne verrez jamais un piéton ou un automobiliste suivre et importuner une femme dans la rue.
Une banalisation qui entraînera davantage de psychoses
"Ces vidéos décrivant ces actes délictueux partout ailleurs auront forcément des conséquences sur les citoyens tranquilles qui recherchent la paix et la sécurité.
"Certains auront peur de sortir dehors dès la tombée de la nuit et cela ne manquera pas de développer plus de psychoses au sein de la population terrorisée.
"A force d’être visionnées, ces scènes filmées traumatisantes auront un impact psychologique ou même psychiatrique chez un nombre croissant de personnes et en particulier chez celles qui ont déjà des problèmes mentaux.
"Elles peuvent aggraver l’état de personnes qui ont des phobies comme les agoraphobes qui ont peur de sortir dans la rue ou d’être confrontées à des foules.
"Idem pour ceux souffrant d’angoisses psychotiques qui risquent la décompensation.
Terreur sur la ville et libertés en berne
"Visionner ces vidéos va donc installer un climat de terreur et ceci est également valable chez les personnes ordinaires qui n’ont pas d’antécédents psychotiques.
"Confrontés à cette violence, ils vont simplement se replier sur eux-mêmes et par exemple interdire à leurs filles de se promener ou de sortir dans l’espace public.
"En voulant se prémunir contre d’éventuelles menaces, on aboutit à une limitation des libertés en particulier chez les femmes déjà harcelées dans la rue.
"Sachant que notre société crée beaucoup de psychopathes, il faut mettre les autorités devant leurs responsabilités pour trouver des solutions.
"Au risque d’étonner, le psychiatre, que je suis affirme que la psychothérapie ne marche pas avec ces criminels et que la seule solution est d’ordre répressif car ils n’ont pas peur des règles de la société, en particulier les consommateurs de psychotropes capables de tuer sans réfléchir.
Nécessaire réponse musclée
"La balle est donc dans le camp des autorités et en particulier de la justice où il y a une véritable faille avec la libération de criminels très dangereux et récidivistes.
"Faute de réaction ferme, la liberté bafouée continuera à se rétrécir en particulier pour les femmes de notre pays", conclut le psychiatre.
Au final, pour lui, une réponse sécuritaire et judiciaire s’impose.
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