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Maroc, Afrique, Sahara... Entretien exclusif avec Olusegun Obasanjo

Pour l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, qui était en visite au Maroc les 15 et 16 juillet, le Royaume est un exemple à suivre par toute l'Afrique. Il pense que le Maroc peut apporter beaucoup au continent et que la Zleca est un rêve qui va devenir réalité. Sur la question du Sahara, sa position est calquée sur celle de l'ONU.

Maroc, Afrique, Sahara... Entretien exclusif avec Olusegun Obasanjo
Samir El Ouardighi
Le 17 juillet 2019 à 15h26 | Modifié 11 avril 2021 à 2h42

Plusieurs personnalités politiques et économiques du Nigeria, d’Afrique du Sud, du Kenya et du Lesotho ont visité les 15 et 16 juillet derniers de grands projets structurants au Maroc comme le port Tanger Med II, la centrale solaire Noor et la LGV.

Membre de cette délégation, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a accepté de commenter pour Médias24 l’évolution économique du Maroc, la place et le rôle du Royaume sur le continent et enfin sa position personnelle sur le conflit du Sahara.

Eclairage intéressant de la part d’un président qui était connu pour son adversité à la cause sacrée du Maroc.

-Médias24 : Est-ce votre première visite au Maroc ?

-Olusegun Obasanjo : Non pas du tout. Quand j’étais le Chef d’Etat militaire de mon pays, le défunt Roi Hassan II m’avait reçu dans ses palais de Casablanca, Rabat et à Fès.

-Après avoir visité plusieurs méga-projets  les 15 et 16 juillet, que pensez-vous du développement du Maroc ces dernières années ?

-En 20 ans, je dirais que le Royaume a accompli des progrès incroyables voire phénoménaux.

-Par exemple ?

-Sur le continent africain, le Maroc se distingue car il produit de tout et pas juste de la nourriture. Ce pays est, par exemple, devenu un grand exportateur en particulier vers l’Europe.

-Dans le livre d’or de Tanger-Med, vous avez écrit que c’est un exemple pour l’Afrique, pourquoi ?

-Pour la bonne raison qu’il n’existe pas beaucoup de pays africains, voire aucune nation africaine qui soit capable d’assurer sa propre sécurité alimentaire et celle des autres en exportant ses engrais et en installant des usines d'engrais dans d'autres pays. En effet, le Maroc est un des rares pays à contribuer à la sécurité alimentaire de l’Afrique voire de la planète.

L’inauguration récente du port Tanger Med II qui porte la capacité globale du complexe portuaire à 9 millions de conteneurs est un autre exemple de la particularité de votre pays. C’est très impressionnant et même exceptionnel en Afrique car je ne crois pas qu’un autre port du continent ait les mêmes capacités que Tanger Med.

Nous avons également visité la centrale NOOR qui est la plus grande unité solaire de la planète sachant que sa puissance est de 580 MW. La stratégie énergétique du Maroc qui lui permettra d’atteindre un mix de 52% d'électricité issue de sources renouvelables à l’horizon 2030 illustre bien la dynamique de développement dont il faut s’inspirer.

Notre délégation a également été très impressionnée par son voyage Tanger-Rabat à bord du TGV Al Boraq qui a duré à peine 1h20 minutes.

Tout cela, c’est du jamais vu en Afrique et c’est pourquoi il convient de parler d’exemplarité à suivre pour notre continent.  

-Quelle était votre vision du Maroc avant cette visite ? Avez-vous changé d’avis à son sujet ?

-Non car je suis avec beaucoup d’intérêt le développement du Royaume depuis des années.

En particulier depuis l’avènement du Roi Mohammed VI qui est à l’origine de ce virage et des nombreuses réformes effectuées ou en cours, qu’elles soient d’ordre économique ou politique.

Pour être honnête, c’est Sa Majesté qui a créé des opportunités et cette dynamique de développement vertueuse qui a indéniablement fait faire un énorme bond à son pays.

Elle a notamment permis d’accueillir de nombreux investissements étrangers et tout cela est merveilleux.

-Que pensez-vous du retour du Maroc à l’Union Africaine ?

-C’est une très bonne chose. C’est un des fondateurs de l’OUA et il ne fait que revenir dans sa famille.

-Quel rôle peut-il jouer après 35 ans d’absence ?

-C’est un membre très important d’autant plus que durant les 20 dernières années, il a signé un nombre incroyable d’accords bilatéraux (ALE…) d’ordre politico-économique, commercial, financier aussi bien avec des pays africains qu'avec le reste du monde (INDE, Chine, Russie, USA…).

Aujourd’hui que le Maroc est de retour, cela va donc lui être très utile pour contribuer au développement du continent.

-Le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Royaume se disputent-ils le leadership du continent ?

-Les pays que vous citez et bien d’autres ont chacun à leur façon une position de leader mais chacun dans son domaine et c’est pourquoi chacun mérite le respect qui lui est dû.

-En ce qui concerne la ZLECA, l’Afrique aura-t-elle un jour une monnaie unique et une zone de libre-circulation des personnes ?

-Bien sûr que cela arrivera car ce siècle sera celui de l’Afrique. Une véritable union continentale au niveau économique et politique est en marche pour ne laisser personne sur le bord de la route.

-Oui mais quand cela sera-t-il effectif ?

-Je ne suis pas un oracle pour vous répondre avec précision.

Les grands projets ont toujours commencé par des rêves et pour réaliser le nôtre, nous avons donné un blanc-seing pour faire aboutir l’accord de la ZLECA.

Sachant que 22 pays viennent de le ratifier, l’Afrique finira par devenir un ensemble économique.

Ainsi, la semaine dernière à Niamey, nous avons avancé sur plusieurs questions relatives à la construction d’infrastructures, d’une monnaie unique, et d’autres points pour un avenir commun.

Nous avons tracé la voie pour que ce 21ème siècle soit celui du continent africain.

-Votre pays reconnait toujours le polisario, avez-vous un commentaire ou une recommandation ?

-Je n'en ai pas mais pour moi la question du polisario est un non-événement.

En effet, je ne parle jamais de polisario mais plutôt de Sahara Occidental pour souligner que c’est un problème régional qui concerne plusieurs parties dont le Maroc, l’Algérie et le polisario ainsi que dans une moindre mesure la Mauritanie

A partir de là, la seule certitude est qu’aucun pays ne pourra venir seul à bout de ce conflit.

 -Pensez-vous que le Nigéria continuera à reconnaître le polisario ?

-Je ne sais pas du tout.

-En conclusion, peut-on dire que vous avez changé d’avis sur le Maroc sachant que désormais vous le défendez, alors que ce n’était pas toujours le cas dans le passé lorsque vous présidiez le Nigéria ?

-J'ai toujours été un grand ami du Maroc.

-Hormis sur la question du polisario que vous avez longtemps soutenu ?

-Au risque de me répéter, je ne parle jamais de polisario mais de conflit du Sahara Occidental et de plus, je n'ai jamais soutenu personne car je suis neutre.

Je n’ai pas changé d'avis à ce sujet car ma position est calquée sur celle de l’ONU qui est la seule organisation habilitée à résoudre ce conflit.

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Samir El Ouardighi
Le 17 juillet 2019 à 15h26

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