L’opération mains propres va-t-elle changer les rapports Maroc-Algérie?
Deux mois après la démission du président Bouteflika, le régime multiplie les arrestations des dignitaires de l’ancien clan qui avait un discours violemment anti-marocain. Si la reconfiguration du champ politique peut laisser penser que la situation va changer en faveur du Maroc, El Moussaoui El Ajlaoui, expert en géopolitique affirme que l’armée, vraie détentrice du pouvoir, continuera à soutenir le polisario car elle a tout à perdre en abandonnant la carte stratégique du conflit du Sahara qui lui permet de se maintenir au pouvoir.
Après quatre mois de manifestations contre le régime, qui ne faiblissent pas, le pouvoir en place en Algérie, incarné par le général Ahmed Gaïd Salah multiplie les mises à l’écart et les arrestations des personnalités naguère proches du clan présidentiel déchu.
Anciens premiers ministres, hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, personne n’est désormais épargné par les foudres d’une justice voulant subitement punir les dignitaires corrompus de l’ancien régime.
Sachant que ces derniers s’étaient maintes fois illustrés par des déclarations anti-marocaines (Ahmed Ouyahya, Abdelmalek Sellal…), on pourrait croire que la carte politique va changer et laissera la place à une génération de décideurs en quête de relations plus apaisées à l’égard du Maroc.
Beaucoup moins optimiste, l’expert en géostratégie El Moussaoui El Ajlaoui, affirme à Médias24 que le système algérien ne connait pas de véritable transformation mais un simple repositionnement.
Le régime en quête de nouveaux fusibles pour remplacer les lampistes interpellés
"Il n’y aura pas de changement radical mais un simple repositionnement des composantes du régime algérien. Les récentes arrestations montrent qu’il sacrifie ses lampistes qui jouaient le rôle de figurants politiques pour donner les apparences d’un régime démocratique.
"En réalité, les vrais décideurs ont toujours été ceux de l’armée et des services de sécurité. Il n’y a qu’à voir comment la télévision Dzaïr Tv chante désormais les louanges de l’armée alors qu’elle avait été créée pour soutenir le clan Bouteflika par l’homme d’affaires Ali Haddad désormais emprisonné.
"C’est d’ailleurs le cas de plusieurs autres médias qui ont changé leur fusil d’épaule pour rejoindre le camp de la première force décisionnaire, composée de l’armée et des services de sécurité incarnés par l’ex-DRS.
"Les civils interpellés comme Sellal, Ouyahya, Tahkout, Haddad constituaient la façade d’un régime qui a décidé de les sacrifier et de leur trouver des remplaçants pour plaire à la révolution. Sachant que le régime a du mal à trouver de nouvelles marionnettes, il y a plusieurs négociations en cours.
"Ainsi, il met en avant un forum de l’opposition prévu le 16 juin prochain, adoubé par l’armée, qui regroupera des personnalités comme Ali Benflis et Ahmed Benbitour, tous deux anciens Premiers ministres.
"Il reste à savoir si le peuple va accepter ces arrangements et si les récentes arrestations permettront de redessiner une nouvelle carte politique sachant que la question du Sahara est toujours d’actualité dans les médias algériens", s’interroge El Ajlaoui.
L’Algérie de Gaïd Salah soutient toujours le polisario
Selon notre expert, il n’y a eu aucun changement d’attitude sur le soutien algérien au polisario.
"Ils n’ont pas bougé d’un pouce sachant que le régime a même prêté récemment à Brahim Ghali l’ancien avion présidentiel de Bouteflika pour qu’il se rende en Afrique du Sud.
"Au niveau des médias, le traitement de la question du Sahara n’a absolument pas changé sachant que l’agence de presse APS (Algérie Presse Service) continue à reprendre les dépêches de l’agence du polisario.
"De plus, lors d’une récente rencontre avec le SG de l’ONU, Antonio Gutteres, le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a réitéré le soutien de l’Algérie au polisario, ce qui montre bien que l’Algérie n’a pas changé de position.
"L’armée qui décide de tout depuis 1962 ne lâchera jamais cette carte qu’elle utilise aussi bien au niveau national que régional pour se donner un rôle de leader en Afrique du Nord et dans le Sahel.
"Si on lui retire la carte de l’ennemi marocain responsable de tous les malheurs du pays et de la région, il ne lui restera rien de convaincant pour asseoir son pouvoir auprès de son peuple", avance l’expert.
Un éventuel rapprochement commencera par l’ouverture des frontières
Interrogé sur le degré de sympathie du peuple algérien à la cause du polisario, El Ajlaoui affirme qu’il n’a jamais participé à des manifestations pour ce mouvement en rappelant que lors des émeutes de 1988 à Alger, les manifestants n’avaient pas hésité à brûler l’ambassade du polisario dans la capitale.
"Ce conflit ne les intéresse pas du tout car leur priorité actuelle est de passer à une 2ème République.
"La seule chose qui les intéresse vraiment est ce qui se passe à l’intérieur de leur pays. C’est pourquoi, s’il y a un rapprochement avec le Maroc, il commencera d’abord par l’ouverture des frontières terrestres qui leur apportera une prospérité, puis, après, par un règlement définitif du conflit du Sahara.
"Tant que les 20 véritables décisionnaires d’Algérie (Ahmed Gaïd Salah, les 6 chefs des régions militaires, les patrons des services de sécurité et certains officiers supérieurs) resteront accrochés au pouvoir, il y a peu de chances que cela arrive rapidement", conclut, pessimiste, le géo-politologue.
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